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Actualités - Chronologie

PORTRAIT Adnane Kassar, le rassembleur qui n’appartient à aucune famille politique Liliane MOKBEL

Adnane Kassar n’a pas de famille politique. Il n’appartient à aucune génération partisane. Car les valeurs qu’il porte haut et fort dépassent le cadre national. Il croit peut-être démesurément à l’efficacité du pouvoir économique. La « méritocratie » et la grandeur de la nation nourrissent son discours. Après avoir servi l’État comme ministre de l’Économie et du Commerce pendant un laps de temps relativement court au sein du gouvernement Omar Karamé, une mission qu’il souhaitait à la hauteur de ses espérances qui confinent pratiquement au chauvinisme, il a définitivement claqué la porte de la politique. Il vit cette expérience passée comme une incapacité à entrer dans un moule politique trop formaté pour lui. Lui qui a été son propre patron dès l’âge de 19 ans n’a pas pu souffrir de recevoir des instructions et des ordres d’autrui. Il affirme qu’un ministre n’est quasiment pas libre de ses mouvements. Au nom de considérations de tous genres, le Conseil des ministres réuni lui force la main, dit-il, pour signer par moments des décisions ne pouvant pas servir son pays comme il l’entend. Le ministre ajoute-t-il est soumis à des sollicitations souvent « aberrantes » pour ne pas changer les choses en place. Adnane Kassar a été déçu par la façon avec laquelle les politiques gèrent la chose publique. Selon lui, le Liban, ce n’est ni l’opposition ni les loyalistes. Ce sont les Libanais, tous les Libanais. Pour Adnane Kassar, on ne sort pas d’un ministère comme on y est entré. « Après mon passage au ministère de l’Économie et du Commerce, j’ai mûri et j’ai même beaucoup appris », dit-il. Aujourd’hui, Adnane Kassar, un banquier qui s’est attaché la confiance de la communauté des affaires, souhaite simplement s’imposer sur l’échiquier politique comme l’indispensable mais efficace courroie de transmission entre les secteurs public et privé. C’est dans cette position qu’il croit fermement pouvoir servir les intérêts de son pays. En un mot comme en mille, la politique n’a jamais été envisagée au sein de sa famille comme une profession et ne le sera jamais. « Ce que j’ai fait correspondait à un engagement, non pas à un métier », dit-il. Conformisme politique Son exceptionnelle connaissance du marché et son sens des rapports de force lui permettent de trouver le juste milieu dans une négociation. Ce qui lui vaut d’être taxé de conformiste du politiquement correct. Une classification qu’il rejette catégoriquement. Il se défend et rappelle à titre d’exemple sa déclaration sur le perron du Sérail invitant le Premier ministre Fouad Siniora a cesser de prendre en otage le centre-ville en y organisant les sessions du dialogue national entre les protagonistes. Il évoque aussi les appels à la grève décretés par les organismes économiques pour dissocier les tiraillements politiques de l’économie. Il avoue rechercher la reconnaissance qui, à son avis, est un comportement humain après 36 ans de vie publique et de labeur. Les Libanais qui l’abordent alors qu’il se promène dans les rues de Beyrouth lui mettent du baume au cœur. « Ils me disent de continuer à parler comme je le fais, et cela me donne une certaine joie de vivre », dit-il simplement. Il tient le micro Adnane Kassar n’est pas pour autant à l’abri des critiques. On lui reproche surtout d’accaparer le micro et de parler au nom des autres forces économiques actives. « Je suis président des organismes économiques. Mais pour autant, je ne peux et ne veux empêcher personne de parler. Fadi Abboud, Nadim Assi… Tout ce monde passe normalement à la télé et dans des talk-shows », souligne-t-il. Le PDG de Fransabank affirme mi- figue mi-raisin que le fait qu’il tienne toujours le micro arrangeait toutes les parties. L’ancien ministre a aussi une drôle de relation avec la presse. Il est vrai qu’il a réussi à tisser des relations solides avec le monde des médias. Des relations de nature à développer et faciliter les confidences entre les deux parties. Mais ce n’est jamais lui qui ira distiller à la presse des « inside informations » sur la teneur des réunions et les réactions des participants. Dans con cas, il dit avoir appris sur le tas le métier de banquier. Tout a commencé pour lui en 1980 (en pleine guerre du Liban) lorsqu’il a acheté avec son frère Adel la Fransabank (ex-Crédit foncier d’Algérie et de Tunisie). En 1984, alors que les ressortissants français étaient pris en otages au Liban, il convainc le Crédit agricole (français) de prendre une participation au capital de la Fransabank qui devient établissement international. L’affaire est conclue par la force de la persuasion ou grâce à sa bonne étoile ? « Ce qui est certain, dit-il, c’est que mon moteur est ma volonté et que je ne suis pas intuitif mais stratège. Tout ce que j’entreprends est planifié. L’intuition joue un rôle minime dans ma vie », martèle-t-il. Attachement à la famille Adnane Kassar l’homme préfère plutôt parler de ce qu’il fait que de ce qu’il est. Côté famille, il est peu loquace et plutôt réservé. Pourtant, la famille Kassar au sens large du terme donne l’image d’une famille unie. Un cas rare au sein des familles où les intérêts financiers sont importants. « On est une famille très unie. C’est dans cette ambiance que mon père Wafic nous a élevés à mon frère et à moi », dit-il. Adnane Kassar parle d’un ton affectueux de de sa fille Roula, de son gendre Walid Daouk et de ses neveux, Nadim et Nabil. Tous associés aux affaires de la banque. « Cela dit, Adel et moi cherchons à faire de Fransabank une institution. Les décisions sont prises en comité de professionnels. On s’est entouré à la banque de vrais professionnels », ajoute-t-il. À la question de savoir où il aurait souhaité être s’il n’était pas là où il est à présent, sa réponse fuse sans hésitation : « Rien qu’un homme d’affaires, comme ça a toujours été le cas dès l’âge de 19 ans lorsque je vendais du coton syrien en Chine. » Le goût de l’effort et de l’amélioration continue sont quasiment génétiques chez Adnane Kassar. De l’ambition, justement, il en a à revendre. Dans son jet privé, il continue, pendant les deux tiers de chaque mois pratiquement, à sillonner les couloirs aériens à la recherche d’horizons nouveaux où il pourrait apprendre encore une fois les secrets de la vie. Il a envie de tout connaître, tout comprendre, tout posséder. Comme cela est impossible, il essaie toujours sans se décourager.
Adnane Kassar n’a pas de famille politique. Il n’appartient à aucune génération partisane. Car les valeurs qu’il porte haut et fort dépassent le cadre national. Il croit peut-être démesurément à l’efficacité du pouvoir économique.
La « méritocratie » et la grandeur de la nation nourrissent son discours.
Après avoir servi l’État comme ministre de l’Économie et du Commerce pendant un laps de temps relativement court au sein du gouvernement Omar Karamé, une mission qu’il souhaitait à la hauteur de ses espérances qui confinent pratiquement au chauvinisme, il a définitivement claqué la porte de la politique. Il vit cette expérience passée comme une incapacité à entrer dans un moule politique trop formaté pour lui. Lui qui a été son propre patron dès l’âge de 19 ans n’a pas pu souffrir de...