Dans un creux de rocher, une mare de pétrole, épaisse et visqueuse. Un an après la marée noire qui a souillé le littoral du Liban, pendant l’offensive israélienne de 2006, cette plage de Amchit, au nord du pays, est l’un des sites oubliés de la dépollution, raconte Sylvie Groult, de l’AFP.
Tout au long de la plage caillouteuse de Amchit, la roche est maculée de taches noires dans ses moindres replis. Les détritus, noyés dans la masse gluante, s’amoncellent sur le littoral bordant un site industriel. Cinq kilomètres plus au sud, Byblos, joyau touristique, port de pêche traditionnel et site antique classé au patrimoine de l’humanité. Les plages, de sable ou de galets, ont été nettoyées.
En apparence du moins. Mais sur une dune artificielle de sable crasseux, à deux pas des baigneurs et des parasols, des dizaines de bidons remplis de mazout s’entassent dans une décharge sauvage, certains crevés, laissant écouler sur le sol une pâte noire et brillante.
« Une trentaine de kilomètres de côtes au nord de Byblos n’ont pas été nettoyés. Les sites touristiques ou historiques ont été privilégiés, ailleurs rien », lance Fifi Kallab, responsable de l’association de défense de l’environnement Byblos Ecologia.
En juillet 2006, après le bombardement israélien qui a percé les réservoirs de la centrale électrique de Jiyeh, 15 000 tonnes de pétrole se sont écoulées dans la mer, provoquant la plus grave marée noire jamais survenue dans l’est de la Méditerranée. Un an plus tard, le ministère de l’Environnement assure que 60 à 70 % du pétrole répandu sur 150 kilomètres de côtes a été nettoyé, mais reconnaît que 26 sites rocheux n’ont pas été lavés. Une partie est située au nord de Beyrouth, sur une trentaine de kilomètres entre Byblos et Enfeh. Le nettoyage y est financé, à hauteur de 4,7 millions de dollars, par l’Agence américaine pour l’aide au développement international (USAid).
« Le nettoyage d’une marée noire ne se fait pas du jour au lendemain. Cela prend des années », explique une responsable de l’USAid à Beyrouth, sous le couvert de l’anonymat, en réponse aux écologistes qui critiquent la lenteur des travaux. « Il est admis par les normes internationales que la nature doit faire une partie du travail, c’est pourquoi nous avons arrêté pendant l’hiver », souligne-t-elle, en ajoutant « qu’une seconde phase des travaux va prochainement commencer ».
La première phase, entre octobre et décembre 2006, s’est concentrée en priorité sur les sites historiques et touristiques, puis sur les secteurs moins fréquentés ou industriels. Viendra ensuite le nettoyage, plus difficile, des sites rocheux, comme celui de Amchit, pour lesquels des appareils à haute pression doivent être utilisés.
Mais les défenseurs de l’environnement s’impatientent, dénoncent les dangers pour l’écosystème et pour les riverains, qui continuent à pêcher et se baigner dans les zones polluées. « Le nettoyage doit reprendre immédiatement dans les zones rocheuses, avec de l’eau chaude sous pression ou de la vapeur », affirmait récemment le scientifique américain Richard Steiner, professeur à l’Université de l’Alaska, en mission au Liban. Il avertissait aussi que « les déchets non traités continuent à mettre en danger l’écosystème ».
Le gouvernement projette de faire retraiter ces déchets à l’étranger, une solution rejetée par les écologistes qui la jugent trop coûteuse, entre 13 000 et 17 000 dollars par tonne. « Nous avons proposé différentes solutions qui permettraient un recyclage des déchets au Liban, mais elles ont été rejetées par le ministère » de l’Environnement, explique Mohammad Sariji, de l’association Bahr Loubnan, qui a nettoyé les plages au sud de Beyrouth.
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