Toute la semaine écoulée, on aura parlé de ceinture. De la hauteur réglementaire de la ceinture. De ce qu’il se passe sous la ceinture. De ce qu’il y a sous la ceinture, et qui n’est ni orteils, ni chevilles, ni jambes, puisque le général a laissé planer le doute. Ne restaient que les bijoux de famille. Pas possible ? Il n’a pas voulu dire ça, le général ? Il n’a quand même pas mis ses breloques à l’encan de l’histoire, voir qui de ses parties intimes ou des partis adverses aura le dernier mot ? Heureusement, il y eut une mise au point. C’est tout de même écœurant, la mauvaise foi des journalistes. Le général est tout simplement fâché avec les figures de style. Quand il a dit « Gemayel et son histoire, je les situe sous ma ceinture », il ne parlait que de hauteur. Il faut vraiment avoir l’esprit ailleurs pour songer à d’autres longitudes ! On se doute bien que le général n’est pas la papesse Jeanne, et que dans cet âpre combat dont l’enjeu est de placer un député fantôme dans le siège d’un député disparu, il faut montrer qu’on en a. Mais de là à en faire étalage, même à mots couverts, c’est un peu raide, si j’ose dire.
De son côté, Amine Gemayel fait une campagne étonnante. Ses portraits affichés dans le Metn ne portent que son prénom : « Amine », qui signifie « fidèle ». Ni la famille Gemayel ni le cèdre pyramidal du parti phalangiste n’ont cours dans ce nouvel appel aux électeurs. Ainsi se présente-t-il au verdict des urnes : dépouillé de toute appartenance, sinon la mémoire de son fils assassiné. Une campagne less is more, minimaliste s’il en est, autour d’un simple prénom. C’est un fait suffisamment rare pour qu’on s’y attarde. Car un prénom qu’est-ce ? Le premier cadeau reçu à la naissance, quand on ne possède encore rien et qu’on n’est encore personne. Le premier mot par lequel on existe. Amine, vierge de toute histoire. Cette histoire qui lui a pris frère, fils, neveux et compagnons, et qui s’égare à présent sous la ceinture du général, Amine en fait table rase. Le sens de son prénom suffit à justifier sa présence : il fait campagne par fidélité. Sans plus. Pour la mémoire des siens et des deux Pierre, son père et son fils qu’il a sans doute appelé « papa » lui aussi, comme on le fait souvent au Liban. Voilà pourquoi il lui était humainement impossible de céder la place à n’importe quel autre candidat de son parti, comme l’auraient souhaité ses détracteurs.
Deux mots résonneront donc, ce dimanche, à l’oreille des électeurs. Le grivois « ceinture » et cet « Amine » teinté de deuil. Eros et Thanatos ? Mais les deux à la fois puisque ces compères sont inséparables. Le discours du général est aussi vif que mortifère, lourd des scories du passé et nauséabond de comptes mal réglés. Celui de Gemayel, douloureux avec ses résonances d’outre-tombe, a l’avantage de la dignité, et contient malgré tout un appel à la vie et à la tolérance. Le seul hic c’est qu’au Liban, il est difficile de faire peau neuve. Le peuple n’est pas dupe et n’oublie rien des douleurs incalculables que sa classe politique ne cesse de lui faire subir depuis trente ans. Mais qui comprendra sa lassitude de reprendre les mêmes et de recommencer ?
Fifi ABOU DIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Toute la semaine écoulée, on aura parlé de ceinture. De la hauteur réglementaire de la ceinture. De ce qu’il se passe sous la ceinture. De ce qu’il y a sous la ceinture, et qui n’est ni orteils, ni chevilles, ni jambes, puisque le général a laissé planer le doute. Ne restaient que les bijoux de famille. Pas possible ? Il n’a pas voulu dire ça, le général ? Il n’a quand même pas mis ses breloques à l’encan de l’histoire, voir qui de ses parties intimes ou des partis adverses aura le dernier mot ? Heureusement, il y eut une mise au point. C’est tout de même écœurant, la mauvaise foi des journalistes. Le général est tout simplement fâché avec les figures de style. Quand il a dit « Gemayel et son histoire, je les situe sous ma ceinture », il ne parlait que de hauteur. Il faut vraiment avoir l’esprit...