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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE La cible mouvante des élections russes

Par Georgy Satarov* Il n’y a pas longtemps, un petit événement a causé de grands remous dans la sphère politique russe. Un aide du président Vladimir Poutine, Igor Chouvalov, a dit qu’il était réaliste de s’attendre à l’apparition d’une nouvelle personnalité que Poutine considérerait comme un successeur potentiel. L’annonce a fait l’effet d’une bombe, et a produit une explosion de commentaires. Il n’y a rien d’étrange à cela. La politique quelque peu archaïque de la Russie personnifie excessivement le pouvoir. Les perceptions et les estimations de l’avenir du pays dépendent souvent beaucoup de la personnalité de son chef d’État, de sa détermination, et de ses qualités intellectuelles et morales. En outre, Poutine lui-même trouve un intérêt à entretenir aussi longtemps que possible l’incertitude quant à celui qui lui succédera. En agissant ainsi, il évite les brèches à son autorité qui adviendraient en attendant que soit investi son successeur, étant donné la servilité de la bureaucratie de la Russie, son manque d’institutions fiables et de traditions de passation des pouvoirs en douceur. Enfin, différents clans de l’entourage du président ont longtemps essayé de mettre en avant leur propre candidat à la succession. Des annonces similaires à celle de Chouvalov ont déjà été faites, et on peut s’attendre à en entendre d’autres. La discussion actuelle sur les mérites et défauts des différents candidats rappelle la manière dont les avions se défendent des attaques de missiles en lançant une fausse cible. L’intérêt du public est le missile, et la cible est la « puissance régnante », qui se protège en fournissant un leurre sous la forme de gloses. Il existe une question plus fondamentale, et elle consiste à savoir pourquoi les politiciens, les journalistes et les analystes russes (et parfois occidentaux) se prêtent volontiers à ce stratagème. En ce moment, savoir qui succédera à Poutine n’importe pas : ce qui compte, c’est le processus duquel résultera le choix du troisième président russe. La réelle signification historique du choix auquel la Russie sera confrontée en 2008 sera déterminée non pas par les qualités personnelles du prochain président, mais par ses loyautés – c’est-à-dire, à qui il devra son poste. Le successeur de Poutine, quel qu’il soit, parviendra au pouvoir au moyen d’un accord à l’intérieur d’un petit cercle élitiste. Cela signifie qu’il devra rendre des comptes et sera dépendant de ceux qui l’auront fait accéder au pouvoir, non pas dans un sens symbolique, mais dans le sens très concret qu’il aura à tenir ses promesses et risquera des sanctions s’il ne le fait pas. Ce cercle étroit comprend non seulement des gens très riches et influents, mais aussi des membres d’organisations informelles mais très efficaces (auxquelles on se réfère souvent, peut-être pas tout à fait justement, sous le terme de « mafia »). Ainsi, la mise en place d’opération Successeur (qui pourrait bien impliquer la prorogation du mandat du président actuel) copie la manière dont Poutine est lui-même parvenu au pouvoir, et laisse la Russie sur le même chemin sur lequel Eltsine l’avait mis dans les dernières années de sa présidence, un chemin qui, au choix, ruinera le pays ou le mettra dans un cul-de-sac. Les politiciens qui parviennent au pouvoir en remportant une élection libre et juste doivent d’abord rendre des comptes aux électeurs. Cela ne les conduit pas nécessairement à travailler uniquement pour le bien public. Même les vainqueurs d’élections compétitives ont des engagements à tenir à l’égard de leurs équipes de campagne et de leurs sponsors. Cependant, l’existence d’une vraie opposition politique crée une ambiance très différente, qui continue au-delà des élections. Les élections libres ne déterminent pas le comportement des politiciens, et ne garantissent pas que les plus hautes fonctions seront remplies par des gens de bonne moralité, énergiques et intelligents. Mais la liberté et la démocratie restreignent l’arbitraire et le vol, et encouragent les politiciens, quelles que soient leurs qualités morales, à prendre en compte l’intérêt général. Si le prochain président accède au pouvoir par une élection libre et juste, la Russie aura une vraie chance de connaître un avenir correct. En revanche, si le successeur de Poutine, ou si Poutine lui-même, est imposé au pays sans qu’il y ait de compétition, la Russie restera sur la même voie sans issue. La Russie vit un moment critique. Malheureusement, ce qu’il importe le plus de comprendre en ce moment est à peine reconnu, encore moins débattu. *Georgy Satarov dirige Indem, un think-tank moscovite. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.
Par Georgy Satarov*

Il n’y a pas longtemps, un petit événement a causé de grands remous dans la sphère politique russe. Un aide du président Vladimir Poutine, Igor Chouvalov, a dit qu’il était réaliste de s’attendre à l’apparition d’une nouvelle personnalité que Poutine considérerait comme un successeur potentiel. L’annonce a fait l’effet d’une bombe, et a produit une explosion de commentaires.
Il n’y a rien d’étrange à cela. La politique quelque peu archaïque de la Russie personnifie excessivement le pouvoir. Les perceptions et les estimations de l’avenir du pays dépendent souvent beaucoup de la personnalité de son chef d’État, de sa détermination, et de ses qualités intellectuelles et morales.
En outre, Poutine lui-même trouve un intérêt à entretenir aussi longtemps que possible...