Rechercher
Rechercher

Actualités

Kaboul devant un dilemme tragique

Les autorités afghanes font face à un dilemme tragique dans l’affaire des otages sud-coréens et allemand : ou elles acceptent la demande des talibans de libérer des prisonniers, les incitant à multiplier les rapts, ou elles refusent, au risque de voir tous les otages tués. Les talibans, qui en ont déjà exécuté deux, détiennent toujours depuis deux semaines 21 évangélistes sud-coréens, mais aussi un ingénieur allemand, pour lesquels ils réclament aussi un échange de prisonniers. Un conseiller du gouvernement, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, estime que Kaboul, « sous la pression énorme de Séoul », ne peut sauver les otages « sans libérer quelques prisonniers talibans et verser beaucoup d’argent ». « Sinon, ils vont les tuer un à un et cette affaire va encore durer des semaines », poursuit-il, estimant que les autorités afghanes étaient en train de payer « pour l’erreur immense » qu’elles ont commise en libérant des prisonniers talibans contre le journaliste italien Daniele Mastrogiacomo, en mars. Cet échange, une première depuis le début de l’insurrection des talibans, avait été très critiqué par Washington ou des associations afghanes qui craignaient une recrudescence des enlèvements. La suite leur a donné raison avec plus de 45 rapts depuis la mi-mars. Le président afghan Hamid Karzai avait assuré qu’un tel échange ne se reproduirait jamais plus. « Nous ne devrions pas, par principe, encourager les enlèvements en acceptant les demandes » des ravisseurs, a estimé mardi le porte-parole de M. Karzai, Humayun Hamidzada, sans se prononcer clairement contre un tel échange dans le cas des Sud-Coréens. Reçu par M. Karzai, le représentant de la présidence sud-coréenne, Baek Jong-chun, a dit, selon Kaboul, être « conscient des problèmes auxquels le gouvernement afghan est confronté dans la guerre contre le terrorisme » et assuré « respecter toute position des autorités afghanes pour résoudre cette affaire ». Face à une multiplication des rapts depuis l’affaire Mastrogiacomo, le ministère de l’Intérieur a demandé à tous les étrangers de s’enregistrer auprès de la police et de l’informer de leurs déplacements hors de la capitale, notamment dans le sud et l’est, où se concentre l’insurrection. « Ce qui s’est passé dans le cas des Sud-Coréens n’est pas dû à l’insécurité, mais à leur insouciance et leur négligence », a déclaré Zemarai Bashary, porte-parole du ministère. À l’été 2006, un millier de chrétiens sud-coréens avaient été expulsés d’Afghanistan où ils étaient venus officiellement pour participer à une marche pour la paix. Kaboul avait invoqué des raisons de sécurité. « Ces gens se mettent en danger et nous créent des problèmes, mais nous faisons de notre mieux pour les libérer », a poursuivi M. Bashary. « Mais c’est une arme pour les talibans », a-t-il regretté. Un chef taliban, Mansour Dadullah, a récemment reconnu que les prises d’otages étaient un moyen « efficace » d’obtenir la libération de talibans et assuré que ses hommes avaient reçu l’ordre d’enlever des étrangers « partout où ils pouvaient en trouver ». Proche d’el-Qaëda, il faisait lui-même partie des cinq responsables talibans relâchés en échange de Mastrogiacomo. Les talibans ont aussi obtenu, selon Rome, deux millions de dollars pour le photographe italien Gabriele Torsello, détenu pendant 23 jours fin 2006. « Qu’il paie une rançon ou libère des prisonniers, le gouvernement afghan est perdant », estime un responsable gouvernemental. Et dans le drame des Sud-Coréens, il est « trop tard » pour tenter de les libérer par la force, estime l’analyste Hamid Elmi, en expliquant que « les otages étaient désormais gardés par petits groupes à plusieurs endroits différents ». Sylvie BRIAND (AFP)

Les autorités afghanes font face à un dilemme tragique dans l’affaire des otages sud-coréens et allemand : ou elles acceptent la demande des talibans de libérer des prisonniers, les incitant à multiplier les rapts, ou elles refusent, au risque de voir tous les otages tués. Les talibans, qui en ont déjà exécuté deux, détiennent toujours depuis deux semaines 21 évangélistes sud-coréens, mais aussi un ingénieur allemand, pour lesquels ils réclament aussi un échange de prisonniers.
Un conseiller du gouvernement, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, estime que Kaboul, « sous la pression énorme de Séoul », ne peut sauver les otages « sans libérer quelques prisonniers talibans et verser beaucoup d’argent ». « Sinon, ils vont les tuer un à un et cette affaire va encore durer des semaines »,...