De l’arrogance, de la hargne, une volonté irrépressible d’en découdre, d’envoyer l’adversaire sur le tapis, de le mettre K.O. : ainsi se fait la politique au pays du miel et de l’encens, au pays de la douceur de vivre, de la vie en commun…
Du cynisme, de l’ironie mal placée ? Nullement. Mais une évidence tragique, pitoyable qui jette une lumière crue sur des hommes pour qui la nuance est une aberration, le dialogue, l’arme du faible, l’entente, la reconnaissance d’une défaite.
La politique, c’est au bulldozer, au bas de la ceinture qu’elle se pratique, c’est à la hache qu’elle se conclut. Et qu’il ne vous vienne surtout pas à l’esprit de vous en étonner, de balbutier une protestation, ce serait là une atteinte flagrante à la démocratie, la soumission, l’inféodation au pouvoir de l’argent, de la corruption…
Ainsi se construisent les temples de l’autoritarisme, ainsi se créent les voies menant à la pensée unique. Ainsi se façonnent les plans d’avenir, les décisions unilatérales, celles-là mêmes qui ont conduit à la catastrophe de juillet dernier, celles-là mêmes qui menacent d’implosion les régions chrétiennes, qui risquent d’en faire le duplicata, la triste copie des cassures qui ensanglantent le monde musulman, qui divisent chiites et sunnites au Liban.
La boucle serait ainsi bouclée et le pays du Cèdre renouerait alors avec ses vieux démons, ses conflits interminables, des guerres contre lesquelles a mis en garde Bernard Kouchner confronté aux dures réalités d’une crise prise au piège des enjeux régionaux, gérée par des personnages plus dignes d’un théâtre de marionnettes que d’un débat d’idées serein et productif.
Quand l’argumentation se fait à coups d’insultes, de mots orduriers, quand le linge sale est étalé dans les meetings électoraux, quand la diffamation devient preuve historique, c’est qu’au pays du Cèdre éternel Ubu est devenu roi, monarque absolu.
1990-2007 : l’histoire se répète. Aujourd’hui, dans le Metn, dans les régions chrétiennes, ce n’est pas le fusil qui tue, c’est le verbe qui assassine, un verbe meurtrier que manient avec volupté, avec un humour abject ceux-là mêmes qui se disent d’une probité absolue, d’une honnêteté irréprochable.
Par-delà les provocations des uns, les ripostes cinglantes des autres, par-delà le langage ordurier devenu moyen de persuasion, le devoir de vérité s’impose. Et c’est aux hommes libres, aux représentants d’une société civile qui dit « khalass », qui crie son ras-le-bol, que revient la tâche urgente, vitale, de sonner le tocsin.
Dix-sept ans plus tard, les chrétiens méritaient mieux que ce nauséabond crêpage de chignon, que cette désastreuse dérive : le venin, le poison, crachés avec jubilation fertilisent une terre réceptive, sèment les graines des combats à venir.
Michel Aoun s’est fourvoyé, s’est trompé de combat. De quelle démocratie peut-il se prévaloir ? De celle qui veut se frayer un chemin sur le cadavre de cette même démocratie, de celle qui veut s’imposer à force de slogans confessionnels, de croisades contre le « sunnisme envahisseur », une démocratie dévoyée qui a réduit les chrétiens au statut de comparses, qui les a ramenés du rang de décideurs à celui de « suiveurs » et qui fait dire à leurs contempteurs qu’il n’y a plus désormais que des chrétiens chiites et des chrétiens sunnites ?
Que cessent donc les mensonges, que s’arrêtent les vociférations plaidant pour une « bataille démocratique ». La victoire, quelle qu’elle soit, ne sera qu’imaginaire parce qu’elle aura consacré la déliquescence de la composante chrétienne du pays, parce qu’elle aura enfoncé le dernier clou dans le cercueil de ce qui fut le Liban-message.
Il ne reste plus qu’une petite semaine pour que la raison revienne à ceux qui l’ont hypothéquée. Le patriarche Sfeir a tracé le chemin à suivre, plaise au ciel que Michel Aoun s’y engage. Il gagnerait là ce qu’aucune victoire électorale ne pourrait lui accorder : la reconnaissance que l’intérêt général a été pris en compte.
Dans le cas contraire, la « bataille de la vindicte » ne pourrait mener qu’à une victoire à la Pyrrhus, celle-là même qui a coûté si cher au Liban, l’an dernier, qui a compromis son avenir et poussé ses enfants sur les chemins de l’exil.
Nagib AOUN
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Du cynisme, de l’ironie mal placée ? Nullement. Mais une évidence tragique, pitoyable qui jette une lumière crue sur des hommes pour qui la nuance est une aberration, le dialogue, l’arme du faible, l’entente, la reconnaissance d’une défaite.
La politique, c’est au bulldozer, au bas de la ceinture qu’elle se pratique, c’est à la hache qu’elle se conclut. Et qu’il ne vous vienne surtout pas à l’esprit de vous en étonner, de balbutier une protestation, ce serait là une atteinte flagrante à la démocratie, la soumission, l’inféodation au pouvoir de...