Les chiffres vont-ils parler ? Les urnes vont-elles dire si, oui ou non, Aoun garde les 70 % dont son courant se prévaut et dont Geagea se gausse ? Le CPL a-t-il vraiment beaucoup perdu au change, du fait de son pacte avec le Hezbollah, comme l’affirment ses détracteurs ?
De la réponse à ces questions d’actualité dépend, en partie, la présidentiabilité du général. Il y va aussi de la position et de la durabilité de son mouvement qui est en quelque sorte un rooker, un débutant sur la scène chrétienne. Alors que les Kataëb, et la famille Gemayel faut-il dire, gardent, malgré de notoires hauts et bas, une place de choix. Surtout au Metn, leur berceau, pour ne pas dire leur fief.
Leur ancien allié, Michel Murr, rallié à Aoun mais qui met en exergue son autonomie, se retrouve en situation d’arbitre. Il constitue en effet, on le sait, et comme l’avait été un Joseph Skaff, un exemple-type de pôle local tirant toute sa force de son potentiel électoral. Et non, comme un Rafic Hariri ou un Raymond Eddé, de son entregent international ou de ses convictions idéologiques. L’ancien vice-président du Conseil (et de la Chambre !) doit tenir sous peu une réunion de concertations avec ces sous-clés électorales que sont les présidents de municipalités.
Bien entendu, Murr, qui a endossé dernièrement sur le plan national un costume de conciliateur relié à Amr Moussa, a développé d’intenses efforts pour un règlement à l’amiable entre le président Amine Gemayel et le général Michel Aoun, dans « sa » circonscription. Ses proches ne désespèrent pas qu’en toute dernière minute (le délai pour le retrait des candidatures expire demain !) l’on parvienne à un arrangement. Mais ils avouent que les premiers contacts ont été décevants, les deux camps opposés se montrant pareillement intransigeants.
Mais que ferait Murr, en cas d’impasse ? Conséquent avec lui-même, avec son rôle d’intermédiaire, il refuse de livrer ses intentions avant que les dés ne soient jetés. On peut penser que, comme les Arméniens du Tachnag, ses liens avec le général l’amèneraient à soutenir le candidat du CPL, Camille Khoury. Mais du moment qu’il se déclare hostile à une bataille déchirant sa région, il pourrait également s’abstenir de donner des consignes de vote à ses partisans ou sympathisants.
Cela paraît d’autant plus plausible que le CPL laisse lui-même, par le méli-mélo de sa position, par son ambiguïté, une large marge au non-vote, si l’on peut dire. En effet, selon ses cadres, le mouvement aouniste ne participe à la partielle que pour être en mesure de demander au Conseil constitutionnel d’invalider la convocation du collège électoral. En effet, pour présenter un tel recours, il est nécessaire d’être concerné (et lésé, ce qui sous-entend que Khoury serait battu) par l’échéance.
En d’autres termes, le CPL s’inscrit dans la compétition pour la faire annuler ! Une approche subtile qui lui vaut cependant, de la part d’Ahmad Fatfat, la constatation élémentaire qu’en ce faisant, il reconnaît la légalité du gouvernement. C’est-à-dire qu’en prenant acte du décret de convocation des électeurs, et en y répondant favorablement, il renonce à considérer que les décisions de l’équipe Siniora, devenue « illégitime » à ses yeux après la démission des ministres chiites, sont nulles et non avenues.
Il est du reste intéressant de noter, au sujet de la validité du décret de convocation, que les cadres du CPL mettent eux-mêmes l’accent sur une jurisprudence feu vert du Conseil constitutionnel. Cette instance, saisie en 2003 d’un recours en invalidation de l’élection de Gabriel Murr, avait en effet jugé à cette époque que la convocation était juridiquement classée comme simple « acte administratif ». Qu’elle ne faisait pas « partie intégrante du processus électoral ». Autrement dit, qu’elle ne procédait pas d’un acte de gouvernement à caractère politique.
Malgré cet arrêt, et malgré donc l’automatisme obligatoire de la mesure, Baabda a refusé de contresigner le décret.
P. I.
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De la réponse à ces questions d’actualité dépend, en partie, la présidentiabilité du général. Il y va aussi de la position et de la durabilité de son mouvement qui est en quelque sorte un rooker, un débutant sur la scène chrétienne. Alors que les Kataëb, et la famille Gemayel faut-il dire, gardent, malgré de notoires hauts et bas, une place de choix. Surtout au Metn, leur berceau, pour ne pas dire leur fief.
Leur ancien allié, Michel Murr, rallié à Aoun mais qui met en exergue son autonomie, se retrouve en situation d’arbitre. Il constitue...