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Actualités - Opinion

De la démocratie…

La question en elle-même est déjà une provocation, une interpellation dérangeante : faut-il croire désormais que le chantage paie ? Faut-il admettre, la mort dans l’âme, que la politique du revolver sur la tempe est celle qui comporte les arguments les plus convaincants ? L’histoire mondiale est riche en compromissions, en arrangements fatals supposés enrayer le mal, éviter le pire, et qui n’ont finalement conduit qu’à de plus grandes catastrophes. La question de fond, n’y allons pas par quatre chemins, est la suivante : les démocraties sont-elles suffisamment armées pour lutter contre les régimes totalitaires, ont-elles les moyens radicaux, dissuasifs, dans le respect des lois et des règles constitutionnelles, de neutraliser le fléau du terrorisme ? Un fléau qui s’est infiltré, qui s’est incrusté dans les démocraties occidentales en détournant à son profit les avantages conférés par l’État de droit, en en usant et en en abusant. Les pays démocratiques sont-ils condamnés, à terme, à se transformer en États policiers pour mieux se défendre contre un virus qu’ils ont, à leur corps défendant, aidé à se développer ? Ce serait là concéder que les régimes totalitaires, où les libertés sont muselées, sont plus à même de contrôler les situations à risque que les démocraties. A contrario, maintenir la situation en l’état, c’est accepter de « faire avec », de laisser les terroristes exploiter, essorer le système à l’ombre duquel ils vivent et prolifèrent. « La démocratie est le pire système de gouvernement à l’exception de tous les autres », se plaisait à dire Winston Churchill. C’était des décennies avant que la pieuvre terroriste ne frappe à New York un certain 11 septembre, des décennies avant que Londres et Madrid ne tremblent sous les coups des « fous d’Allah ». Que dirait aujourd’hui Winston Churchill ? Vaste débat, question éminemment existentielle, alors que le Liban, et c’est l’objet de notre propos, est soumis depuis de longues années aux mêmes attaques, est livré, pieds et poings liés, aux estocades répétées des assassins, aux volontés criminelles du « grand manipulateur ». Depuis l’assassinat de Rafic Hariri, depuis la plongée du Liban dans l’engrenage des meurtres ciblés, les démocraties occidentales se sont tenues, comme un seul homme, à nos côtés, solidaires du pays du Cèdre dans sa recherche de la vérité, dans sa quête de justice. Non pas pour le seul crime dont a été victime l’ancien Premier ministre, mais pour toutes les souffrances, les vilenies subies par le peuple libanais. Sollicitude généreuse pour un pays partageant les mêmes valeurs, mais aussi message implicite adressé au voisin envahissant et envahisseur : « On sait que c’est vous, on vous a à l’œil. » Plus de deux ans se sont écoulés entre-temps, les crimes se sont poursuivis, les « fous d’Allah » ont été mis à contribution et la Syrie, puisqu’il faut bien la nommer, continue de narguer et le Liban et les démocraties occidentales. Solidement installé dans le confort de son totalitarisme, le régime Assad a tout simplement tablé sur le temps, sur la lassitude des démocraties, sur la faiblesse des États de droit confrontés au mur du « niet » hérité de l’ère soviétique. Et c’est ainsi que des voix commencent à se faire entendre sous le label du « pragmatisme », que des contacts sont renoués avec Damas et que la diplomatie est de nouveau privilégiée au détriment de sanctions timidement exhibées. Si on en est arrivé là, c’est que dans la politique de la carotte et du bâton pratiquée jusqu’alors par la communauté internationale c’est la carotte qui a été favorisée aux dépens du bâton, et le régime syrien, rassuré sur son front avec Israël, meilleur garant de sa pérennité, en a évidemment largement profité. Dans une interview accordée il y a trois jours à L’Orient-Le Jour, le chef de la Délégation de la Commission européenne à Beyrouth a encouragé les Libanais à « construire des ponts » entre eux et avec la Syrie, dans le respect de la résolution 1701. Patrick Laurent a parfaitement raison, mais il aurait dû ajouter que les ponts, pour rester solides, gagneraient à être empruntés dans les deux sens et, même, dans un sens plus que dans l’autre. Relations diplomatiques, contrôle et tracé des frontières, notamment à Chebaa, fermeture de bases palestiniennes prosyriennes, quasiment terroristes, en plein territoire libanais : à ce jour, la Syrie a opposé une fin de non-recevoir à toutes les sollicitations, à tous les appels au fameux « pragmatisme ». Des « ponts entre les Libanais » : cela est plus qu’évident, cela est plus que nécessaire, mais peut-on ignorer que là aussi la Syrie joue l’empêcheur de tourner en rond, que ce sont les alliés de cette même Syrie qui ont pris le Parlement en otage, tenté de paralyser le gouvernement, bloqué les institutions ? Une manipulation flagrante en réaction à la mise sur pied du tribunal international, processus auquel a souscrit la communauté internationale, l’Europe en premier. Très clairement, le défi n’est pas seulement adressé au Liban, il l’est aussi à tous ceux qui ont voulu mettre un terme à l’engrenage de la terreur, de la mort. Baisser la garde, céder au chantage par peur du pire, c’est ouvrir la voie aux compromissions, celles-là mêmes qui, depuis Munich, pèsent lourd sur la conscience du monde. Les semaines, les mois à venir s’annoncent cruciaux pour le Liban, pour son avenir, pour sa pérennité en tant qu’État libre et indépendant. Bernard Kouchner ne s’y est pas trompé qui a prévenu qu’à moins d’une solution rapide, le pays du Cèdre risque de plonger de nouveau dans la guerre. La guerre des autres sur notre sol, le sacrifice d’une nation souveraine sur l’autel des intérêts, des enjeux régionaux. L’Histoire, décidément, a la mémoire courte : ce sont toujours les mêmes plats empoisonnés qui lui sont servis à intervalles réguliers. Nagib AOUN
La question en elle-même est déjà une provocation, une interpellation dérangeante : faut-il croire désormais que le chantage paie ? Faut-il admettre, la mort dans l’âme, que la politique du revolver sur la tempe est celle qui comporte les arguments les plus convaincants ?
L’histoire mondiale est riche en compromissions, en arrangements fatals supposés enrayer le mal, éviter le pire, et qui n’ont finalement conduit qu’à de plus grandes catastrophes.
La question de fond, n’y allons pas par quatre chemins, est la suivante : les démocraties sont-elles suffisamment armées pour lutter contre les régimes totalitaires, ont-elles les moyens radicaux, dissuasifs, dans le respect des lois et des règles constitutionnelles, de neutraliser le fléau du terrorisme ? Un fléau qui s’est infiltré, qui s’est incrusté...