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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Chaleurs

Serait-il soudain devenu de règle de dire tout à la fois la chose et son contraire, quand bien même on serait animé des meilleures intentions ? Et pour s’y retrouver, les malheureux Libanais à l’affût de quelque lueur d’espérance devront-ils apprendre à naviguer en permanence entre les mots, à slalomer entre petites phrases et mises au point, à faire la part des choses entre tirs au jugé et immédiates corrections de tir ? L’été sera chaud, proclamait ainsi, jeudi à Damas, le président iranien Ahmadinejad, célébrant résolument à l’avance les victoires successives qui, selon lui, attendent les peuples de la région face à leurs ennemis. Voilà bien le genre de prévision météorologique qui, tout au contraire, vous glace le dos ; car enlisé déjà dans une crise interne chargée de périls, le Liban se passerait bien d’une réédition de cette victoire, divine si l’on y tient vraiment mais effroyablement coûteuse, qui clôtura la guerre de l’été dernier. Pas de panique cependant, ce n’était apparemment là que canicule de rhétorique, que pyromanie de circonstance. Car le doux Ahmadinejad, qui, outre le président Assad, a rencontré à Damas les chefs du Hezbollah et de Hamas, a chanté aussi avec une chaleur tout à fait inhabituelle les vertus de l’unité et de la cohésion internes, du calme et de la sérénité domestiques, de la stabilité : toutes perspectives autrement plus rassurantes que les incendies, séismes et autres catastrophes très peu naturelles que nous prédisait Assad, à peine était institué sur le papier le tribunal international pour le Liban. On peut dès lors en déduire que la République islamique veut bien laisser toutes ses chances à l’initiative française amorcée avec la rencontre interlibanaise de La Celle-Saint-Cloud. Peut-on en dire autant de la Syrie ? Tel est en tout cas le pari engagé par la France qui, sans renier d’aucune façon les fondements de sa politique libanaise, tente en ce moment une approche nouvelle de la question. L’entreprise ne manque pas d’aléas certes, le régime de Damas risquant à son habitude de trouver matière à encouragement, sinon à tonitruants bulletins de victoire, dans chaque ouverture occidentale pratiquée dans sa direction : d’où les savantes contorsions auxquelles se trouve astreint le langage officiel de la France, tel qu’énoncé tour à tour (et même parfois du tac au tac, serait-on tenté de dire) par l’Élysée et le Quai d’Orsay. Le Hezbollah, terroriste ? Pas tout à fait, puisqu’il ne figure pas sur la liste noire des organisations qualifiées de telles et qu’en tout état de cause, il est un partenaire incontournable sur la scène libanaise. La visite arrêtée, différée et finalement effectuée de Jean-Claude Cousseran à Damas avant Ryad, Le Caire et Beyrouth où il est attendu aujourd’hui ? C’était, pêle-mêle, un geste d’apaisement répondant à des signaux positifs de la part des Syriens ; une mission d’information à profil bas, encore que l’émissaire de Paris, lui-même ancien ambassadeur et ex-patron des services secrets, a rencontré le vice-président et le ministre des AE de Syrie ; et enfin une démarche à caractère strictement diplomatique et non politique, du moins pas encore. De relever tout ce luxe de précautions ne réduit en rien certes l’immense mérite des autorités françaises. C’est d’un coup de cœur pour ce Liban qu’il a bien connu et secouru alors qu’il se débattait dans les affres de la guerre qu’a fusé en Bernard Kouchner, telle une illumination, l’idée d’un dialogue salvateur en terre de France. Pour avoir été convié, le mois dernier, par l’infatigable ambassadeur Bernard Émié à une rencontre entre le chef de la diplomatie française et des représentants de la société civile, je peux d’ailleurs témoigner de ce véritable petit big-bang qui a littéralement emballé le chef de la diplomatie française. En un temps record, l’idée passablement candide s’est étoffée puis matérialisée, une dynamique de paix a été initiée, une authentique initiative a pris corps, qui par la force des choses déborde largement désormais le cadre purement libanais. De Chirac à Sarkozy, le changement dans la continuité est en marche. Que la politique libanaise de la France soit désormais dépersonnalisée ainsi que le souhaitaient ses détracteurs, que Paris se résigne à emprunter des itinéraires naguère interdits ne devrait pas inquiéter les uns ou donner des espoirs insensés aux autres. L’essentiel en effet est que, sous Sarkozy comme sous Chirac, la France est pour l’indépendance et la souveraineté d’un Liban uni où coexistent harmonieusement toutes les communautés, d’un Liban rescapé pour toujours de la tutelle étrangère, d’un Liban définitivement mis à l’abri des ingérences et aussi du chantage, de l’extorsion, des assassinats, du terrorisme. D’un Liban pour lequel le tribunal international représente une véritable assurance sur la vie. « Paix et sécurité au Proche-Orient, l’engagement de l’Espagne au Liban » : tel est le thème des Journées libanaises qui se dérouleront tout au long de la semaine prochaine au palais de l’Escorial, et cela à l’initiative conjointe de l’Université de Madrid et du ministère espagnol de la Défense. Au cours de ce séminaire international organisé dans le cadre des cours d’été de l’université, Issa Goraieb exposera les aspects internes et extérieurs de la crise libanaise. Un compte-rendu de cette manifestation sera publié dans nos colonnes. Le prochain éditorial paraîtra le mercredi 8 août.

Serait-il soudain devenu de règle de dire tout à la fois la chose et son contraire, quand bien même on serait animé des meilleures intentions ? Et pour s’y retrouver, les malheureux Libanais à l’affût de quelque lueur d’espérance devront-ils apprendre à naviguer en permanence entre les mots, à slalomer entre petites phrases et mises au point, à faire la part des choses entre tirs au jugé et immédiates corrections de tir ?
L’été sera chaud, proclamait ainsi, jeudi à Damas, le président iranien Ahmadinejad, célébrant résolument à l’avance les victoires successives qui, selon lui, attendent les peuples de la région face à leurs ennemis. Voilà bien le genre de prévision météorologique qui, tout au contraire, vous glace le dos ; car enlisé déjà dans une crise interne chargée de périls, le Liban se...