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Actualités - Opinion

eN DENTS DE SCIE Polaroïds

Vingt-neuvième semaine de 2007. C’est l’image offerte par Amine Gemayel. L’image d’un père annonçant qu’il va succéder à son fils assassiné, (re)prendre en charge l’entreprise familiale, cette image, aussi immémoriale soit-elle, Sophocle, Racine, Shakespeare en ont fait souvent le cœur de leurs tragédies, garde en ce troisième millénaire quelque chose d’insensé, de très troublant. Après Ghassan Tuéni pour son fils Gebran, Amine Gemayel a fait savoir qu’il entend briguer le siège de son fils Pierre ; il a préféré y aller lui-même plutôt que de lancer son benjamin, Samy, dans l’arène d’une place de l’Étoile toujours kidnappée, pourtant, par un Nabih Berry dont c’est sans aucun doute le (énième) mandat de trop, une claire et peu reluisante fin de carrière. Samy Gemayel attendra sans doute 2009 pour jouer l’hémicycle, Amine Gemayel pense sans doute qu’il y aura bataille électorale, et qu’à l’aune des circonstances actuelles, mieux vaut qu’il y plonge himself, face à un pourtant parfait inconnu, le CPL Camille Khoury (dont le frère, dit-on, est cadre aux Kataëb…). Une bataille : c’est bien une bataille, c’est démocratique une bataille, c’est indispensable pour changer les mentalités et essayer de dynamiter les vicissitudes d’un quelconque féodalisme, une bataille… Sauf qu’en l’occurrence, au Metn comme à Beyrouth, tout le monde sachant comment, par qui et surtout pourquoi Pierre Gemayel et Walid Eido ont été assassinés, une bataille serait proprement et infiniment malhonnête et malséante. On attend des deux Michel, Aoun et Murr, de Najah Wakim et de tout autre déchaîné à l’idée de cette bataille électorale, surexcité à l’idée de voler la place d’un homme tué pour ce qu’il représente politiquement, un peu de patience et, surtout, de décence. C’est l’image demandée par Ami Ayalon et Sari Nusseibeh. L’image d’un clip de 49 secondes, un spot publicitaire commandé par ces deux hommes, l’Israélien et le Palestinien, les deux papas de The People’s Voice, une initiative basée sur le deux États deux peuples, sur des concessions réciproques, sur une pétition nationale en Israël et dans les territoires palestiniens, it looks fantastic, c’est comme un rêve, à condition, seulement, que l’on y croie, un rêve qui peut devenir réalité : c’est le tagline du spot, le résumé de l’image. L’image ? Elle est effectivement fantastic : un soldat israélien charge son fusil-mitrailleur, l’œil intensément rivé sur le viseur, l’adolescent palestinien choisit la plus grosse pierre, la plus pointue, quelques mètres séparent les deux protagonistes, perdu dans un rocailleux, un étouffant no man’s land censé figurer le très virtuel espace commun israélo-palestinien. Le tir fuse, la douille tombe, la pierre est lancée, les bouches du soldat et de l’ado se crispent en de méchants rictus de concentration, et puis l’angoissant bruitage un peu Bernard Hermann laisse place à une musique orientale hypergaie, hyperentraînante. L’image devient encore plus fantastic, dans le vrai sens du mot, synonyme de science-fiction : au bout du troisième tir, on voit l’Israélien réussir à désintégrer la pierre envoyée par le Palestinien ; les deux ne se battaient pas, ils jouaient ensemble, un fabuleux ball-trap. Le coup gagné, on échange : soldat et ado s’enlacent en un geste d’une fraternité inouïe, se tapent dans les mains, le premier donne son casque et son fusil-mitrailleur au second ; chacun prend la place de l’autre ; le soldat choisit une pierre, la lance à l’ado qui la lui renvoie comme au base-ball, le fusil faisant office de batte. Extraordinaire spot, qu’aucune télévision arabe n’aura l’intelligence, naturellement, de diffuser, et qui peut/doit être vu par tous ceux qui ne finiront jamais de croire à la vie : http://video.google.de/videoplay?docid= 2772967259685303585. C’est l’image de Nigel Kennedy. Le brillant musicien/showman (qui a dit qu’il n’en existait pas, des bêtes de scène un peu too much, à l’époque de Wolfgang ?) était à Beyrouth à l’heure où les artistes de la planète désertent cette ville ou se retrouvent interdits de ce Liban que certains, et ils sont nombreux, préfèrent voir en champ de guerre (des autres et pour les autres) plutôt qu’en scène, en amphithéâtre ou en dance floor géants. Pour ceux-là, et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on le pense, Nigel Kennedy et ses semblables sont des trouble-fête, des empêcheurs de détruire et de régresser en rond. Pour les autres, pour la majorité des Libanais, cela s’appelle une bouffée d’air ; en être réduits à la quémander, à l’attendre et à s’en satisfaire avec cette résignation très quart-monde, c’est légèrement insupportable pour un peuple qui veut seulement vivre. Ziyad MAKHOUL
Vingt-neuvième semaine de 2007.
C’est l’image offerte par Amine Gemayel.
L’image d’un père annonçant qu’il va succéder à son fils assassiné, (re)prendre en charge l’entreprise familiale, cette image, aussi immémoriale soit-elle, Sophocle, Racine, Shakespeare en ont fait souvent le cœur de leurs tragédies, garde en ce troisième millénaire quelque chose d’insensé, de très troublant. Après Ghassan Tuéni pour son fils Gebran, Amine Gemayel a fait savoir qu’il entend briguer le siège de son fils Pierre ; il a préféré y aller lui-même plutôt que de lancer son benjamin, Samy, dans l’arène d’une place de l’Étoile toujours kidnappée, pourtant, par un Nabih Berry dont c’est sans aucun doute le (énième) mandat de trop, une claire et peu reluisante fin de carrière. Samy Gemayel attendra sans...