Il faudra quand même qu’il reste une trace de cette non-histoire d’un pas encore pays.
Dans la Genèse, il est dit que Dieu-le Verbe a créé la lumière, le jour et la nuit, les astres, la terre et les êtres vivants avant de concevoir l’homme. C’était il y a des milliards d’années. Que s’est-il passé pour qu’au Liban nous ayons, au XXIe siècle, l’impression de vivre le processus inverse ? Chez nous, Dieu a balancé l’homme avec le verbe, alors que tout, autour, n’est encore que néant. Passe encore s’il avait laissé le verbe pour plus tard. Mais non. Il nous a jetés là tout nus, avec des mots pour feuille de vigne. Des mots pour maudire, médire, contredire, mentir, trahir, nier, renier, bluffer, charger, piéger, assassiner, détruire. Des mots pour entretenir le vide, notre seule forme d’existence.
Demain est informe. Que dire d’aujourd’hui et d’hier ? Sans doute n’existent-ils pas davantage. Les nuits, les jours, les semaines et les mois pédalent sur place dans la même confiture sonore, de sorte qu’il est impossible de les distinguer les uns des autres. Il y a bien un sol sous nos pas, mais sans cesse il se dérobe. Au milieu de ce chaos qui nous sert de nature, quoi d’étonnant, nous avons peur.
Notre peur est terrible. C’est une peur préhistorique. Nous sommes les premiers hommes du Liban. Une espèce sans outils, sans moyens, sans repères, menacée de perdition, et qui a tout à inventer pour laisser un pays à sa descendance.
Un jour pourtant, naviguant dans ce vide sidéral, nous avons crié « terre ! », et nous avons jeté l’ancre, et nous avons vécu dans ce que nous avons cru voir. Nous avons prospéré dans ce mirage, nous avons rendu grâce pour les sources, les montagnes, les forêts et les plaines, pour la neige et la mer couchée à nos pieds. Qui a perdu la clé de ce vieux songe ? Qui sait encore comment tout a commencé ? Pourquoi nous avons voulu vivre ensemble ? Comment nous avons pu nous aimer ? Nous revoilà tout nus et le verbe assassin. Où sont passés les mots-baumes, les mots qui consolent, les mots qui réconcilient ? Nous avons parfois béni nos ancêtres. Serons-nous des ancêtres maudits ?
Fifi ABOU DIB
Il faudra quand même qu’il reste une trace de cette non-histoire d’un pas encore pays.
Dans la Genèse, il est dit que Dieu-le Verbe a créé la lumière, le jour et la nuit, les astres, la terre et les êtres vivants avant de concevoir l’homme. C’était il y a des milliards d’années. Que s’est-il passé pour qu’au Liban nous ayons, au XXIe siècle, l’impression de vivre le processus inverse ? Chez nous, Dieu a balancé l’homme avec le verbe, alors que tout, autour, n’est encore que néant. Passe encore s’il avait laissé le verbe pour plus tard. Mais non. Il nous a jetés là tout nus, avec des mots pour feuille de vigne. Des mots pour maudire, médire, contredire, mentir, trahir, nier, renier, bluffer, charger, piéger, assassiner, détruire. Des mots pour entretenir le vide, notre seule forme...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.