Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Le malheur des uns...

Pays frères, la Syrie et le Liban ? On ne demanderait pas mieux, bien sûr, si seulement les droits et devoirs censés découler de toute fraternité étaient bien compris, assimilés et pratiqués d’un côté comme de l’autre. Pays jumeaux ? N’exagérons rien, et ce n’est pas là qu’affaire de taille ou de moyens. Car un pays, c’est aussi un État. Et sur le papier comme dans les faits, il eut fallu des trésors de sollicitude fraternelle pour arriver à faire coexister harmonieusement – et coopérer – deux philosophies du pouvoir aussi contradictoires que celles en présence. Quinze années de tutelle syrienne ont pu faire croire à quelques indécrottables optimistes que les traditions politiques de l’occupé finiraient bien par déteindre quelque peu sur l’occupant. C’est tout le contraire, bien sûr,qui s’est produit. De nos traditions (qui valent ce qu’elles valent, encore que tout est relatif), la classe dirigeante libanaise n’a réussi à transmettre à des hôtes exceptionnellement réceptifs, il est vrai, qu’un insatiable appétit pour les affaires, commissions, rackets, rapines et autres magouilles. Les dossiers et registres de la banque al-Madina pourraient en dire long sur la question si seulement quelqu’un se décidait à les ouvrir. Là n’est pas le plus grave cependant. Non seulement en effet la Syrie, à laquelle avait été imprudemment confiée la supervision du programme de Taëf, a vidé celui-ci de toute substance, favorisant les conflits d’autorité entre pôles libanais pour mieux asseoir son rôle d’arbitre suprême ; mais par l’intermédiaire de ses alliés locaux, elle a très vite réussi à faire payer le départ forcé de ses troupes du Liban d’une dérive encore plus effroyable du jeu des institutions libanaises. Et ce n’est pas encore fini. Pourquoi maintenant, ces peu revigorantes réflexions sur les ravages de la fraternité ? Parce que tout se passe depuis des mois comme si la continuité et la stabilité du régime de Damas passaient nécessairement désormais par la propagation du chaos politique et institutionnel dans l’ancienne chasse gardée libanaise : la pression ne s’arrêtant de monter que si la terre entière se décidait à mendier quelque arrangement. À l’épreuve d’endurance, les dictatures, c’est bien connu, ont un énorme avantage sur les démocraties ; et plus implacable encore est cette loi quand c’est précisément la dictature qui s’ingénie à saboter en toute impunité une démocratie aussi précaire et approximative que la nôtre. À titre d’exemple, c’est tout à la fois un ancien, un nouveau (et selon toute probabilité un futur) président élu qui a prêté le serment constitutionnel hier devant l’Assemblée syrienne. Déjà affublé d’un président lourdement hypothéqué, le Liban démocratique ne sait toujours pas, à ce jour, si on lui fera la grâce, à l’automne, d’un nouveau chef de l’État. La Syrie lance appel sur appel à une négociation de paix avec Israël, engage même des pourparlers exploratoires secrets, sans même songer à réveiller, ne serait-ce que l’espace d’un incident incontrôlé, le front du Golan entré en léthargie il y a plus de trois décennies. Et il se trouve néanmoins des voix pour accuser de collusion avec l’ennemi un gouvernement libanais plus épris de souveraineté que nul autre dans les annales du pays : un gouvernement qui a dépensé le plus clair de son énergie en s’échinant à liquider, avec l’aide de la communauté internationale, les catastrophiques séquelles d’irresponsables aventures guerrières engagées, de surcroît, à son insu ! L’heure n’est pas à la polémique, c’est vrai, du moins a-t-on pu l’espérer au lendemain de la rencontre interlibanaise du week-end dernier à La Celle Saint-Cloud. Mais encore faut-il que le discours politique se décide à gagner le camp de la modération, lequel se trouve être aussi celui de la raison. Au pays de toutes les joutes verbales, de toutes les licences politiques, il ne faut plus que le bon sens soit pratiquement le seul sens interdit. Issa GORAIEB

Pays frères, la Syrie et le Liban ? On ne demanderait pas mieux, bien sûr, si seulement les droits et devoirs censés découler de toute fraternité étaient bien compris, assimilés et pratiqués d’un côté comme de l’autre. Pays jumeaux ? N’exagérons rien, et ce n’est pas là qu’affaire de taille ou de moyens.
Car un pays, c’est aussi un État. Et sur le papier comme dans les faits, il eut fallu des trésors de sollicitude fraternelle pour arriver à faire coexister harmonieusement – et coopérer – deux philosophies du pouvoir aussi contradictoires que celles en présence. Quinze années de tutelle syrienne ont pu faire croire à quelques indécrottables optimistes que les traditions politiques de l’occupé finiraient bien par déteindre quelque peu sur l’occupant. C’est tout le contraire, bien sûr,qui...