L’enfer est pavé de bonnes intentions et les Libanais n’arrêtent pas depuis des décennies d’en faire le triste constat : des discours lénifiants, modérés à La Celle-Saint-Cloud, la promesse de tenir compte des remarques qui y ont été consignées, des conseils qui y ont été prodigués…et en arrière-plan, en arrière-pensée, les mêmes conditions rédhibitoires, les mêmes positions diamétralement opposées.
Merci à la France, merci à Bernard Kouchner d’avoir tiré la sonnette d’alarme, d’avoir mis toutes les parties adverses face à leurs responsabilités nationales. Le Liban est en danger, ne le laissez pas sombrer : tel est, en substance, le message que le ministre français des Affaires étrangères a tenu à transmettre à ses invités, une réalité affligeante dont les ténors du dialogue sont parfaitement conscients sans que cela n’ait jamais bloqué le chemin menant à l’autisme, au rejet de l’autre.
Sans être en odeur de sainteté à La Celle-Saint-Cloud, il est clair que le Hezbollah y a ravi la vedette aux autres parties présentes. Pour la pertinence de ses arguments ? Pour la justesse de ses discours ? Nullement. Mais pour la simple raison que ce parti constitue le nœud du problème, un parti dont les liens viscéraux avec l’Iran, l’étroitesse des rapports avec la Syrie a donné à la crise libanaise une envergure régionale dont le pays du Cèdre se serait bien passé. Sans oublier le conflit armé avec Israël dont le Liban est devenu le seul protagoniste arabe, le Hezbollah se faisant un point d’honneur de combattre au nom de la Oumma entière… la Syrie comprise, évidemment.
Beyrouth-La Celle-Saint-Cloud-Beyrouth : les évènements prendront-ils, après cet aller-retour, une nouvelle tournure, une voie radicalement différente ? Alors même que les réunions se tenaient sous la houlette apaisante de Kouchner, des voix s’élevaient au Liban pour annoncer des jours sombres, le recours à des « méthodes inédites » pour faire sauter le gouvernement. Le beau temps qu’on privilégie à La Celle-Saint-Cloud, la pluie, le temps orageux qu’on ourdit à Beyrouth, est-ce ainsi que se mettent en place les bases d’un dialogue renouvelé ?
Ne nous leurrons pas : une décision autonome, purement libanaise, est tout simplement hors de propos, hors de portée, et toute solution reste forcément tributaire des bonnes ou mauvaises volontés des puissances régionales.
L’émissaire français Jean-Claude Cousseran l’a bien compris qui a pris langue avec les Iraniens et les Saoudiens avant la tenue des assises parisiennes, excluant une Syrie revêche qui ne veut toujours pas se départir de son rôle de trublion.
De prime abord, aussi bien Téhéran que Ryad s’escriment à empêcher un dérapage sunnito-chiite au Liban, une dérive qui serait lourde de conséquences pour l’avenir de toute la région à l’aune du drame irakien et du bras de fer irano-américain sur le nucléaire.
Mais la Syrie, elle, l’entend-elle de cette oreille ? Cela ne semble nullement le cas, Amr Moussa ayant entendu à Damas, la semaine écoulée, des propos n’incitant guère à l’optimisme, des propos rapidement repris à leur compte, à Beyrouth, par les inévitables béni-oui-oui, les voix hurlantes de son maître.
Peut-on se hasarder à parier sur d’éventuelles dissonances entre la Syrie et l’Iran ? Ce serait, peut-être, aujourd’hui, s’avancer trop loin dans l’analyse. Mais un bruissement, un frémissement commence à se faire entendre, une troisième voix qui suggérerait de s’entendre sur le choix du prochain président de la République et de laisser la formation du gouvernement d’union nationale à après cette échéance. Un président de compromis qui serait élu pour une période transitoire de deux ou trois ans, le temps que la situation se décante au Liban et dans la région. Et sans que les ambitions présidentielles affichées ne soient reléguées aux oubliettes.
Plus donc de tiers ministériel de blocage, plus donc de verrouillage parlementaire, une solution qui ne pourrait qu’indisposer Damas et qui la priverait des deux cartes de nuisance politique qu’elle manipulait avec brio par thuriféraires interposés.
Reste évidemment la nuisance sécuritaire : elle s’est déjà manifestée dans une série d’attentats à la voiture piégée, Fateh el-Islam s’y est aventuré à Nahr el-Bared, à Tripoli, à Aïn Alak, et de Koussaya à Naamé, en passant par Aïn el-Héloué, le tireur de ficelles a tout loisir de puiser dans les réserves.
Serge Brammertz ne s’y est pas trompé qui a averti que la dégradation au niveau sécuritaire risque d’entraver le cours de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri et pourrait constituer une menace pour la commission et pour les témoins. Retour donc à la case départ : le tribunal international et la trouille, la grande trouille maléfique du régime syrien.
Mais l’Iran, lui, en quoi est-il concerné par cette affaire ? C’est là où réside la nuance, c’est là où les chemins pourraient se séparer…
Nagib AOUN
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Merci à la France, merci à Bernard Kouchner d’avoir tiré la sonnette d’alarme, d’avoir mis toutes les parties adverses face à leurs responsabilités nationales. Le Liban est en danger, ne le laissez pas sombrer : tel est, en substance, le message que le ministre français des Affaires étrangères a tenu à transmettre à ses invités, une réalité affligeante dont les ténors du dialogue sont...