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Actualités - Opinion

En dents de scie Révélation

Vingt-huitième semaine de 2007. Il y a des correspondances qui s’imposent, simplement, toutes proportions gardées : dans la Mosquée rouge à Islamabad et à Nahr el-Bared au Liban-Nord, des terroristes (très) proches d’el-Qaëda s’en sont pris aux régimes en place en se protégeant derrière, au choix, une mosquée et une école de filles là-bas, des réfugiés palestiniens ici. Des correspondances certes, mais des différences de taille, dont une, énorme : là-bas, Pervez Musharraf n’a pas hésité à donner l’assaut final ; ici, après plus de cinquante jours et des dizaines de soldats tombés pour le Liban, et même sensiblement affaibli, Fateh el-Islam continue ses ravages : c’est maintenant à coups de katiouchas généreusement livrées d’outre-Masnaa et généreusement lancées sur des localités libanaises qu’il exerce son terrorisme. Même si les soldats libanais compensent le rachitisme de leur arsenal et de leur équipement militaire par une vaillance et une opiniâtreté sans bornes ; même si le gouvernement Siniora et le commandement de la troupe sont plus que jamais déterminés à en finir, et à blinder l’autorité et la souveraineté de l’État, il manque ici, contrairement à là-bas, une double prise de conscience, urgente, incontournable. Un : la décision résolue, immédiate et irrévocable d’agir à n’importe quel prix, d’amputer pour éviter une gangrène, donc une mort certaine. Deux : la décision résolue, immédiate et irrévocable d’instaurer une politique claire et nette de lutte tous azimuts contre les extrémistes quels qu’ils soient, en l’occurrence les islamistes, et quelle que soit leur obédience ou leur appartenance sectaire, et où qu’ils soient, au Liban, au Pakistan, en Algérie, peu importe. Ami intime de feu Rafic Hariri, Pervez Musharraf, avec tous les défauts qui sont les siens, semble avoir compris tout cela. En 2008, on fêtera les soixante-dix ans de la mort de Mustafa Kemal Atatürk, dont le même Musharraf doit garder une photo-portrait dans son portefeuille. Atatürk avait un défaut considérable : c’était un militaire de carrière, avec toute la mégalomanie automatique et insupportable que cela entraîne plus de neuf fois sur dix. Et de sinistres exploits : la participation d’une façon ou d’une autre au massacre des Arméniens et des grecs-orthodoxes, pour ne citer qu’eux. Sauf que cet homme, qui avait une adoration, jusqu’à la cirrhose hépatique, pour le raki (l’anisophilie rend toujours plus sympathique), a été ce que l’on appelle un ahurissant visionnaire. En inculquant jusqu’à la moelle l’ulusal egemenlik, la souveraineté nationale, à tout un peuple ; en sacralisant des principes éminemment républicains ; en laïcisant le plus sérieusement du monde un pays de 70 millions de musulmans ; en inscrivant la démocratie au cœur de la mentalité turque, même si elle s’est un peu sclérosée, un peu flétrie en mémoire du chef éternel ; en s’appuyant sur l’armée au service d’objectifs nobles (laïcité et démocratie, encore, stabilité politique, place de la femme dans la société, etc.), Mustafa Kemal Atatürk a placé son pays sur des rails nécessaires, même si son rêve est bien loin d’être encore réalisé et pas seulement en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. À ses compatriotes, cet homme disait : Gardez votre individualité, mais sachez emprunter à l’Occident ce qui caractérise une nation avancée ; organisez votre vie avec des idées modernes, si vous ne le faites pas, elles finiront par vous écraser rapidement. À quoi l’Occident, par la bouche notamment de David Lloyd George, PM britannique en 1922, répondait : Les génies sont rares dans l’histoire de l’humanité, mais par malheur, la Providence a fait naître chez les Turcs un génie qu’il nous a fallu combattre : il nous était impossible de vaincre un génie comme Mustafa Kemal. Des génies au Liban ? Allez savoir ; peut-être… Mais rarement kémalisation de ce pays aura été aussi d’actualité, rarement laïcisation de ce pays aura été aussi urgente, à tous les niveaux, à tous les points de vue… Quitter Beyrouth pour Ankara : voilà le défi qui attend l’un des plus professionnels, des plus sincères et des moins consensuels ambassadeurs français. Pendant plus de deux ans et demi, Bernard Émié a enthousiasmé les uns, indisposé jusqu’à l’outrance (Nabih Berry ne s’en remet toujours pas…) les autres et réussi, lentement mais sûrement, à convaincre les troisièmes qui voyaient au départ, d’un œil circonspect, le représentant de la meilleure amie du Liban épouser aussi éperdument la très libanaise (et très chiraquienne) vision d’un Liban souverain, indépendant, libre, d’un État libanais fort et triomphant. Laissez-moi vous dire combien, malgré les difficultés, les critiques et les incompréhensions parfois, j’ai été fier de porter ce message à travers ces années en essayant de vous expliquer le plus fidèlement possible la politique et l’engagement d’une France passionnément attachée à l’indépendance, à la liberté et à la souveraineté du Liban. Dans son discours d’hier, dont le fond était exactement le même qu’à Moukhtara il y a quelques jours, l’ambassadeur sortant a laissé en héritage à son successeur, André Parent, une flamme d’amour franco-libanaise à entretenir encore plus forte, encore plus évidente, encore plus productive. L’idéal serait que Bernard Émié revienne d’Ankara passer quelques vacances à Beyrouth flanqué d’un Atatürk reloaded, version troisième millénaire, libanais d’origine et amoureux de son pays natal. À moins que l’on en ait quelques-uns ici, en stock local, qui ne le savent pas encore, qui attendent quelque chose, un déclic, une vision – le problème étant qu’il y en a beaucoup ici, plein, qui croient être l’Atatürk made in Lebanon, le petit père des Libanais, les crétins. Ziyad MAKHOUL
Vingt-huitième semaine de 2007.
Il y a des correspondances qui s’imposent, simplement, toutes proportions gardées : dans la Mosquée rouge à Islamabad et à Nahr el-Bared au Liban-Nord, des terroristes (très) proches d’el-Qaëda s’en sont pris aux régimes en place en se protégeant derrière, au choix, une mosquée et une école de filles là-bas, des réfugiés palestiniens ici. Des correspondances certes, mais des différences de taille, dont une, énorme : là-bas, Pervez Musharraf n’a pas hésité à donner l’assaut final ; ici, après plus de cinquante jours et des dizaines de soldats tombés pour le Liban, et même sensiblement affaibli, Fateh el-Islam continue ses ravages : c’est maintenant à coups de katiouchas généreusement livrées d’outre-Masnaa et généreusement lancées sur des localités libanaises...