À plus d’un titre, c’est à l’heure de la France que vit en ce moment le Liban. Dans quelques jours en effet, et sauf accident, ce pays ami abritera des retrouvailles libanaises, les premières du genre depuis plus d’un an. Constatons d’emblée, avec honte et tristesse, que cette reprise de contact s’avérait impossible à programmer sur le sol national.
De ce dialogue expatrié nul, il est vrai, n’attend de miracles : les participants engagés, c’est-à-dire représentant des blocs ou des partis politiques, ne peuvent, en réalité, s’engager sur rien. Et encore moins d’engager ceux qui les ont mandatés : lesquels, au demeurant, doivent le plus souvent en référer, à leur tour, à leurs alliés du dehors. Il n’en reste pas moins que tout pas en direction du salut, aussi modeste soit-il, mérite d’être salué.
Cela dit, il est fort probable que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, initiateur de cette conférence, ne se contentera pas de jouer les maîtres de cérémonie. Il pourrait être amené à avancer des idées, à suggérer des mécanismes susceptibles de mener à une solution de la crise. Par là même devraient se préciser la portée et les limites, du changement dans la continuité promis aux Français par le président Nicolas Sarkozy et susceptible de se répercuter sur la politique libanaise de la France.
Réel ou supposé, appréhendé par les uns et souhaité par les autres, un tel changement d’orientation, ou seulement de style et de méthode, ne s’opère naturellement pas en un jour. Toute nouvelle doctrine diplomatique, pour s’installer et s’affirmer, requiert nécessairement des tâtonnements, des lâchages de ballons d’essai et parfois, pourquoi ne pas le dire, des faux pas. C’est bien cette impression de flottement, de violons mal accordés entre l’Élysée et le Quai d’Orsay que laisse d’ailleurs le traitement de l’épineux cas Hezbollah par les autorités françaises.
Si le parti de Dieu a été invité à la rencontre de La Celle-Saint-Cloud, c’est bien parce qu’il est un élément essentiel, incontournable, du puzzle libanais. Or, en qualifiant ce parti de terroriste lundi devant les familles des soldats israéliens captifs, Sarkozy n’a pas fait que se démarquer – verbalement, du moins – de ses partenaires européens. Le président a aussi placé dans une situation des plus inconfortables, intenable même, les délégués chiites, au point de compromettre gravement le projet du ministre Kouchner. Il n’est pas question, malgré tout, de faire figurer le Hezbollah sur la liste des organisations maudites. Il n’y aura pas, de même, pour les congressistes libanais de photo-souvenir à l’Élysée (cérémonie dont avaient été exclus, au départ, les lieutenants de Hassan Nasrallah) : ces précisions apportées à la hâte, dès hier soir, suffiront-elles pour sauver le rendez-vous des Yvelines ? Il n’est pas interdit de l’espérer : pour le Hezbollah, cette première sortie publique en terre de France, pour acrobatiques qu’en aient été les prémices, n’est pas opportunité à dédaigner.
Un autre accroc aura cette vive attaque lancée par le président de l’Assemblée Nabih Berry contre l’ambassadeur Bernard Émié au lendemain de la cérémonie d’adieux qu’organisait, à l’occasion de son prochain départ, le leader druze Walid Joumblatt en son palais de Moukhtara. On voit mal pourtant ce qu’il y avait de scandaleux – ou même de vraiment nouveau – dans l’allocution du diplomate. La France est résolument pour l’indépendance et l’intégrité territoriale du Liban. Elle est pour des relations de bon voisinage entre notre pays et la Syrie. Elle est pour le tribunal international, elle s’incline respectueusement devant la mémoire des martyrs de l’indépendance, elle appelle à un État de droit et œuvre activement à un dialogue démocratique, c’est-à-dire non armé, entre les Libanais.
Comment peut-on s’offusquer d’un aussi élémentaire credo au simple motif qu’il est énoncé par un ambassadeur : et plus précisément par le digne représentant d’une puissance qui a présidé à la naissance du Liban contemporain, qui demeure soucieuse de le mener à bon port ? Ces mêmes griefs, la presse officieuse de Damas les reprenait hier, accusant les diplomates occidentaux de saboter, par leurs interférences, une médiation arabe dont tout le monde sait pourtant qu’elle bute sur l’intransigeance syrienne. C’est par Damas que passe toute solution, souligne à ce propos as-Saoura.
On appréciera pour une fois la spontanéité, la sincérité du constat. Et on conviendra que celui-ci n’est finalement pas très charitable pour les alliés locaux du régime Assad, si superbement chatouilleux sur la question des ingérences...
Issa GORAIEB
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