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À guichets fermés Ziyad MAKHOUL

Le théorème est d’une extrême simplicité et son exactitude a été démontrée à maintes reprises : il n’y a plus de Liban si les chrétiens n’y exercent pas un réel pouvoir, équivalent à celui des musulmans. Nul besoin d’ailleurs de remonter bien loin dans le temps pour trouver un énième exemple de rôle moteur joué par cette communauté-locomotive à chaque fois qu’il s’agissait pour le Liban de regarder l’avenir les yeux dans les yeux, d’entrer dans un siècle, un millénaire ; de muer, de ressusciter. N’en déplaise à d’aucuns, le fantasme d’un christianisme politique dominant est résolument révolu ; les chrétiens l’ont réalisé au lendemain de Taëf – idem, ceci dit, pour les sunnites, qui sont en train de finir de comprendre la vanité d’un quelconque monopole politique ; reste à espérer, encore une fois, que les chiites ne mettent pas autant de temps que l’ensemble de leurs compatriotes pour assimiler la chose, comprendre que seul un partage équitable du pouvoir peut préserver ce pays. N’en déplaise également à d’aucuns, de Damas jusqu’à certaines arcanes vaticanes elles-mêmes, l’autre fantasme, celui de l’axe maronito-alaouite, du chrétien libanais levant fort et fier l’étendard de la zhimmitude, de la soumission comme seule protection, est tout aussi caduc. Enfin, n’en déplaise à tous, le chrétien est désormais dans une interzone, au milieu pas à côté, dans la guerre régionale (mondiale ?) à laquelle se livrent depuis bien trop longtemps sunnisme et chiisme et dont l’issue, du moins au Liban, ne pourra être qu’un armaggedon généralisé : même les fourmis n’y survivraient pas. Sans sa composante chrétienne (et druze), le 14 Mars n’existerait plus, en tout cas dans sa nature, sa force et son dynamisme, et le sunnisme politique se retrouverait limité à sa très simple expression. Sans son alliance avec une faction chrétienne, le Hezbollah perdrait toute dimension nationale et se retrouverait très vite coincé dans un carcan exclusivement communautaire. La question n’est pas de comprendre le pourquoi et le comment du mariage de la carpe et du lapin, entre un Hezbollah au cœur de l’axe syro-iranien, qui continue de refuser la primauté de l’État (c’est le concept même d’État qui est contraire à son dogme, quelle que soit la partie qui l’incarne : non, le Hezb ne livrerait pas ses armes à l’État si la majorité changeait…), et un CPL dont plus personne, fût-ce au sein du courant lui-même, ne comprend ni les motivations ni la feuille de route. À la question : est-il bon que les chrétiens n’aient pas mis leurs œufs dans le même panier ? certains répondent volontiers oui, évoquent un effet-tampon uniquement bénéfique, parlent même d’une leçon de démocratie donnée au reste des Libanais ; d’autres, à l’instar du patriarche maronite, regrettent régulièrement que la communauté chrétienne ne soit pas solidaire, une et indivisible autour d’un leader, comme c’est le cas pour les sunnites, les chiites et les druzes. Reste que le problème n’est pas que les chrétiens soient aujourd’hui divisés entre, grosso modo, deux tendances ; Michel Aoun et Sleimane Frangié (et Émile Lahoud) d’une part, Samir Geagea, Amine Gemayel, Nayla Moawad, Boutros Harb, Nassib Lahoud, Dory Chamoun et Carlos Eddé de l’autre ; le problème est qu’à la fois la peste et le choléra menacent aujourd’hui le Liban, et que seul un accord christiano-chrétien pourrait l’épargner. Absolument. Pas un accord interchrétien qui serait dirigé contre une partie ou une autre des Libanais, mais un accord interchrétien qui porterait sur une affaire essentiellement chrétienne, fondamentalement nécessaire à cet équilibre qui fait le Liban – indépendamment de ce que devra être sa portée nationale : la présidence de la République dont l’élection doit impérativement être faite le 25 septembre. Seule une proposition de la communauté chrétienne pourrait débloquer les choses, sortir le Liban du cyclone institutionnel et politique dans lequel il se débat depuis la prise d’otage, politique cela s’entend, par le Hezbollah et Amal avec la complicité du CPL. Aux représentants des chrétiens réunis de proposer donc, et au Parlement de voter : on évitera ainsi toute ingérence étrangère, quelle qu’elle soit, et on fera au moins quelque chose de concret, on en finira du théorique stérile et stupide pour avancer dans le package deal. Bien sûr, il est inutile de fantasmer : en l’état, aucun nom ne fera le consensus ; alors, de deux choses l’une. Ou bien les deux camps chrétiens s’entendent sur un programme, le rédigent, et, forte de cette garantie dûment signée, l’une des deux parties cède ce fauteuil à l’autre ; ou bien les deux camps s’entendent sur un président neutre qui prendrait l’urgente succession d’Émile Lahoud pendant deux ans, jusqu’aux prochaines législatives. Force est de constater qu’un homme a compris qu’il n’y a pas de troisième choix. Il y a quelques jours, Samir Geagea, parlant au nom du camp auquel il appartient, a tendu la main à Michel Aoun, lui proposant de se mettre d’accord sur le prochain chef de l’État. La logique, le bon sens, l’instinct de survie, un sursaut patriotique, de la bonne volonté, n’importe quoi, auraient poussé le chef du CPL à accepter, ne serait-ce que dans la forme, une telle initiative. Au lieu de quoi, il assène une fin de non-recevoir irrévocable à l’invitation du chef des FL, flanquée d’un retentissant, d’un ahurissant : C’est ma présence au pouvoir qui est un sacrifice. Il est inadmissible de croire en une malédiction, un sortilège vaudou, un maléfice jeté de quelques cieux à la face des Libanais en général, des chrétiens en particulier : à tous les niveaux, nous sommes les auteurs, les metteurs en scène et les acteurs de notre propre tragédie. En perpétuelle représentation.
Le théorème est d’une extrême simplicité et son exactitude a été démontrée à maintes reprises : il n’y a plus de Liban si les chrétiens n’y exercent pas un réel pouvoir, équivalent à celui des musulmans. Nul besoin d’ailleurs de remonter bien loin dans le temps pour trouver un énième exemple de rôle moteur joué par cette communauté-locomotive à chaque fois qu’il s’agissait pour le Liban de regarder l’avenir les yeux dans les yeux, d’entrer dans un siècle, un millénaire ; de muer, de ressusciter.
N’en déplaise à d’aucuns, le fantasme d’un christianisme politique dominant est résolument révolu ; les chrétiens l’ont réalisé au lendemain de Taëf – idem, ceci dit, pour les sunnites, qui sont en train de finir de comprendre la vanité d’un quelconque monopole politique ; reste à...