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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Cabale pour une cavale

Qu’au fil des années de guerre ou de crise les bonnes manières aient déserté en masse notre charmant pays est un fait bien connu, hélas. À ce propos, le comportement discourtois, agressif, hargneux, brutal des Libanais au volant est des plus édifiants. Que le mauvais exemple vienne d’en haut, que la conduite automobile ne soit qu’un pâle reflet de celle du débat politique n’est guère surprenant non plus. À défaut d’une entente sur le fond, c’est une simple, une malheureuse trêve verbale que se sont longtemps échinés à instaurer les médiateurs étrangers. En vain, car ils sont trop nombreux à croire que la verdeur du langage peut compenser le creux de la pensée, la faiblesse de l’argument. Or il devrait tout de même y avoir des limites à l’outrance, et ce n’est pas par seul souci de la dignité de tout ce beau monde qu’il est nécessaire de le rappeler. Par deux fois ces derniers jours, ainsi, des voix se sont élevées pour s’étonner, sur un intolérable ton de dérision – et même, on croit rêver, de suspicion – des mesures extraordinaires de sécurité adoptées depuis quelque temps (et pour cause !) les membres de la majorité parlementaire, dont un certain nombre ont d’ailleurs jugé prudent de prendre des vacances à l’étranger. À ces incroyables insanités plusieurs élus ont répondu, et fort bien répondu. Si en effet des députés sont en cavale quand ils ne sont pas barricadés chez eux, c’est à l’évidence parce qu’ils craignent d’être assassinés comme d’autres, beaucoup trop d’autres, l’ont été avant eux. En termes plus précis encore, c’est parce qu’ils craignent de l’être sur ordre d’une Syrie accusée de se livrer au nettoyage par le vide, de cette même Syrie dont continuent de se réclamer sans réserves ceux qui trouvent encore moyen de s’étonner, de railler, d’ironiser. Ceux qui en faisant reproche aux expatriés de leurs frayeurs paraissent les mettre au défi de rentrer au pays pour s’y faire proprement trucider. Voudraient-ils réellement jouer les pousse-au-crime qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Et c’est justement là que toutes les limites de la décence et de l’éthique politique se trouvent scandaleusement enfoncées. Car c’est là affaire de vie ou de mort, et non de savoir-faire dans l’art du persiflage. C’est de risques on ne peut plus graves, de risques réels, tangibles, patents, éprouvés qu’il est question ici. On peut être en désaccord sur tous les dossiers, mais pas sur le rejet de l’assassinat politique : un rejet total, absolu, dépourvu de toute nuance, de toute allusion malveillante, de tout ce qui pourrait ressembler à une coupable complaisance. Nul Libanais n’irait s’étonner – et encore moins se gausser – des ruses de Sioux que prennent les dirigeants du Hezbollah et leurs familles pour déjouer les criminels projets ouvertement nourris à leur encontre par l’ennemi israélien. Or c’est le même et irréductible attachement à l’immunité physique des acteurs politiques qui est requis de tous, sans exception aucune, face à la vague de liquidations qui a sévi et continue de sévir sur le pays. Que l’on nous épargne enfin ce concert de condamnations stériles venant ponctuer chaque attentat, chaque assassinat. Des formations de l’opposition personne n’attend qu’elles se résignent à admettre de criantes évidences, qu’elles partagent les solides soupçons habitant tous les esprits. Ce que l’on attend d’elles en revanche, ce qui est exigé au nom de la dignité humaine, c’est un minimum de respect pour les plus fondées, les plus légitimes des appréhensions. À défaut de solidarité nationale, c’est de simple et élémentaire pudeur qu’il faut faire preuve désormais. Issa GORAIEB

Qu’au fil des années de guerre ou de crise les bonnes manières aient déserté en masse notre charmant pays est un fait bien connu, hélas. À ce propos, le comportement discourtois, agressif, hargneux, brutal des Libanais au volant est des plus édifiants.
Que le mauvais exemple vienne d’en haut, que la conduite automobile ne soit qu’un pâle reflet de celle du débat politique n’est guère surprenant non plus. À défaut d’une entente sur le fond, c’est une simple, une malheureuse trêve verbale que se sont longtemps échinés à instaurer les médiateurs étrangers. En vain, car ils sont trop nombreux à croire que la verdeur du langage peut compenser le creux de la pensée, la faiblesse de l’argument.
Or il devrait tout de même y avoir des limites à l’outrance, et ce n’est pas par seul souci de la dignité...