Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Le je(u) UE

Le toujours alerte Joshka Fisher se félicitait il y a quelque deux jours que l’Union européenne ait enfin fait un pas en avant, dans le sens où elle a su éviter une catastrophe qui l’aurait ouvertement divisée pour les années à venir et aurait fait d’elle la risée de la planète. Au niveau interne donc, elle a su passer à côté du pire, se ressaisir pour un petit moment ; reste pourtant le non moins épineux et hyperproblématique dossier de la politique étrangère de cette UE pléthorique, de moins en moins capable d’afficher aux yeux et aux oreilles du monde une position solide, homogène, solidaire et indiscutable. C’est fâcheux, à l’heure où beaucoup continuent de voir en elle, en attendant un éventuel miracle/péril jaune, le premier et essentiel levier d’une urgente multipolarité, sachant combien il serait crétin, pour éviter un alignement sur l’Américain, d’abonder dans une politique gratuitement et diamétralement opposée à celle de Washington, surtout quand, une fois n’est pas coutume, Washington ne se trompe pas. Indépendamment des individualités qui la font, indépendamment du carré d’or Paris-Berlin-Rome-Madrid, le Liban a besoin de l’UE, du collectif européen ; le Liban a besoin d’une UE cohérente, qui fasse ce qu’elle dit, elle qui répète à qui veut l’entendre qu’elle veut en finir avec le terrorisme partout où il se complaît. À la bonne heure : le Liban a donc urgemment besoin d’une UE déterminée à combattre le terrorisme qui le mine à la source : Damas (& Co). La Syrie doit jouer un rôle au Proche-Orient ? Non – pas nécessairement. La Syrie doit être amadouée, quitte à modifier, pour les beaux yeux de sa famille régnante, le statut du tribunal international ? Non – mille fois non ; ce tribunal, né de l’assassinat de Rafic Hariri, n’a plus rien à voir avec l’ancien PM assassiné : c’est du Liban qu’il s’agit désormais. Il serait bon que la Syrie signe la paix avec Israël fût-ce au détriment du Liban ? Non – l’histoire n’est pas aussi gueuse. L’UE a un devoir (encore une fois) de cohérence à assurer, avec ou sans les États-Unis. Il est ainsi temps que la question soit tranchée, temps que les Libanais, à qui doit nécessairement revenir la responsabilité de réparer eux-mêmes tout ce qu’ils ont détruit, disposent pour cela d’un terrain de jeu/dialogue assaini, karcherisé ; il est temps donc ou de mater la Syrie, ou de l’ignorer en engageant, réellement, sérieusement cette fois, l’Iran. Au cours des dernières quarante-huit heures, deux signaux forts ont retenti, l’un de Bruxelles, l’autre de Beyrouth : le très œil de lynx Javier Solana d’abord, en évoquant clairement un lien entre l’Iran, Gaza et le Liban, le jour même, bizarrement, où l’armée américaine a annoncé, plus de deux semaines après qu’elle l’eut fait, l’arrestation d’un activiste du Hezb en Irak ; Walid Joumblatt ensuite, qui a parlé d’éventuels contacts franco-iraniens en prélude au futur salon un peu desperate housewives de La Celle-Saint-Cloud, avec, quelque part, en coulisses, des acteurs principaux qui acceptent de stabiliser le Liban… Beau challenge pour un Nicolas Sarkozy visiblement très soucieux de s’impliquer dans le dossier proche-oriental et de multiplier les initiatives, à l’adresse, notamment, de la Palestine. Et, naturellement, du Liban. C’est à lui, c’est à Angela Merkel, c’est à Romano Prodi, à José Luis Rodriguez Zapatero, entre bien d’autres (dont le très bienvenu Per Stig Moeller, avant-hier, à Damas même…), c’est à eux qui font l’UE, aidés du tandem Barroso-Solana, de façonner une politique proche-orientale européenne claire, nette et déterminante sur l’échiquier international. Cela doit obligatoirement commencer, à la base, par les différentes délégations de la Commission européenne et en particulier celle de Beyrouth : un drôle, un malvenu climat (politique) règne depuis quelque temps au 490 Harbor Drive, avenue Charles Hélou, Saïfi, où l’on ne comprend visiblement rien aux impératifs et autres urgences (politiques) libanaises et où le précieux héritage (politique) laissé par Patrick Renauld avant qu’il ne déménage à Amman – il savait s’entourer ; il savait qui écouter… – semble avoir été jeté aux oubliettes. Personne ne demande à Patrick Laurent de faire violence à ses sympathies personnelles ou de privilégier une partie des Libanais à une autre ; simplement devrait-il prendre la peine de faire en sorte que la Délégation de la Commission européenne à Beyrouth, tout en restant appréciée, en même temps, par l’ensemble des factions libanaises, soit clairement solidaire de l’État libanais, de son gouvernement et de ses autorités légitimes. Cette équation, sur laquelle il a insisté avant-hier dans nos colonnes, est chère à Bernard Kouchner. La France sait, comme ses alliés européens, que la guerre contre le terrorisme (au Liban) passe par la reconstruction et le renforcement de l’État (libanais) ; on attend de la France, avec ses alliés européens, qu’elle inscrive cet axiome au cœur de la politique proche-orientale de l’UE. Pour le Liban, et pour l’UE. Ziyad MAKHOUL

Le toujours alerte Joshka Fisher se félicitait il y a quelque deux jours que l’Union européenne ait enfin fait un pas en avant, dans le sens où elle a su éviter une catastrophe qui l’aurait ouvertement divisée pour les années à venir et aurait fait d’elle la risée de la planète. Au niveau interne donc, elle a su passer à côté du pire, se ressaisir pour un petit moment ; reste pourtant le non moins épineux et hyperproblématique dossier de la politique étrangère de cette UE pléthorique, de moins en moins capable d’afficher aux yeux et aux oreilles du monde une position solide, homogène, solidaire et indiscutable. C’est fâcheux, à l’heure où beaucoup continuent de voir en elle, en attendant un éventuel miracle/péril jaune, le premier et essentiel levier d’une urgente multipolarité, sachant combien il...