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Comment peut-on avoir fait vœu de prodiguer soins et réconfort à l’humanité souffrante et en venir à pratiquer la forme la plus odieuse des atteintes contre cette même humanité : à savoir le terrorisme qui tue les innocents, qui lacère, carbonise ou désintègre leur pauvre chair ? Par l’effet de quelle infernale alchimie des esprits éminemment scientifiques se laissent-ils séduire par des idéologies d’apocalypse se réclamant outrageusement, de surcroît, d’idéaux célestes ? De Jekyll-Hyde au nazi Mengele en passant par le docteur Moreau, la littérature et l’histoire abondent de cas illustrant les catastrophiques dérives d’une science soudain prisonnière de la folie. Il reste qu’on n’a pas encore réussi à disséquer le mystérieux déclic qui, d’un esprit rationnel ou censé l’être de par sa formation, peut faire une impitoyable machine de mort. Ayman al-Zawahiri, le bras droit et mauvais génie d’Oussama Ben Laden, est médecin ; et en même temps qu’à son Créateur il devra un jour rendre des comptes à Hippocrate pour avoir renié certain serment de jeunesse. Et pourtant, on reste sidéré face à ce réseau médical (car groupant des médecins et membres de professions apparentées) démantelé au lendemain des attentats et tentatives d’attentat à la bombe qui ont secoué le Royaume-Uni. Ce qui glace surtout dans cette affaire, c’est le fait – confirmé avec éclat – que le volet action n’est plus réservé à ces frustes desperados que l’on envoie au massacre ou au suicide sur la seule et fallacieuse promesse d’un coin de paradis. Place aux élites : c’est ce qu’annonçaient déjà les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, dont les exécutants étaient plutôt bien intégrés à leur société d’accueil et qui se débrouillaient tout aussi bien aux commandes dans le cockpit d’un Boeing que devant un ordinateur. Si les toubibs, internes et laborantins poseurs de bombes avaient incontestablement le feu sacré, ils n’ont pas assez bien potassé – et le Ciel en soit loué ! – leur manuel du parfait poseur de bombes. Ce surprenant amateurisme ne doit pas cependant faire illusion. Dans le cadre de cette guerre planétaire qui se déroule par à-coups, la doctrine terroriste semble avoir gagné les moins prédestinées des couches sociales : celle de ces brillants éléments de modeste extraction, mais qui, à la force du poignet, ont acquis des diplômes, sont arrivés, ont décroché de très respectables emplois dans les pays occidentaux. On voit d’ici les suspicions, ostracismes et autres tracasseries qui risquent, si on n’y prend garde, d’en résulter pour toutes les jeunesses qui ont fui un Moyen-Orient en proie aux plus violentes convulsions. Les attentats de Londres sont venus rappeler à nombre d’États qu’ils ne sont pas, eux non plus, à l’abri du terrorisme. Des systèmes de sécurité collectifs sont en voie d’être adoptés, sur recommandation de la Commission européenne. L’entreprise ne saurait se résumer toutefois à une coopération internationale accrue en matière d’échange de renseignements. Toute lutte efficace contre ce fléau des temps modernes implique aussi une approche politique commune du problème : une attitude commune, solidaire et ferme face aux États soupçonnés de soutenir, de près ou de loin, ce sanglant phénomène. Pour ce faire, le terrain est tout trouvé : sur notre minuscule territoire, toutes formes de terrorisme commandées de l’extérieur ont élu domicile. Elles ne menacent pas que les Libanais, comme vient d’en faire la tragique expérience une Espagne poursuivie par l’infortune jusqu’aux confins du Yémen. Protéger notre minuscule pays, devenu un véritable avant-poste dans la lutte contre la barbarie, c’est aussi couper plus d’un tentacule de la pieuvre. Orages en rafale sur la révolution du Cèdre Une intervention de Issa Goraieb devant le groupe Méditerranée de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, réuni en séminaire à Naples. Issa GORAIEB
Comment peut-on avoir fait vœu de prodiguer soins et réconfort à l’humanité souffrante et en venir à pratiquer la forme la plus odieuse des atteintes contre cette même humanité : à savoir le terrorisme qui tue les innocents, qui lacère, carbonise ou désintègre leur pauvre chair ? Par l’effet de quelle infernale alchimie des esprits éminemment scientifiques se laissent-ils séduire par des idéologies d’apocalypse se réclamant outrageusement, de surcroît, d’idéaux célestes ?
De Jekyll-Hyde au nazi Mengele en passant par le docteur Moreau, la littérature et l’histoire abondent de cas illustrant les catastrophiques dérives d’une science soudain prisonnière de la folie. Il reste qu’on n’a pas encore réussi à disséquer le mystérieux déclic qui, d’un esprit rationnel ou censé l’être de par sa...