En ces temps ingrats, les bonnes nouvelles se font plutôt rares. Mais c’est précisément le moment de faire contre mauvaise fortune bon cœur. De se donner la peine d’aller traquer, jusqu’au fin fond des mauvaises nouvelles, quelque matière à réconfort.
Les occasions de se livrer à ce genre d’exercice n’ont pas manqué, il faut dire, ces derniers jours. Ainsi, l’odieux attentat à la voiture piégée qui a visé le contingent espagnol de la Finul marque certes une phase nouvelle, et fort alarmante, de la campagne terroriste lancée contre notre pays. Ce défi, néanmoins, les nations concernées l’ont promptement et courageusement relevé : la Finul reste, elle ne cédera pas au chantage et cette dure épreuve ne fera que la renforcer au contraire dans sa détermination. Les Libanais, quant à eux, sont tenus de constater que cette force internationale venue aider l’État à rétablir son autorité dans une partie du territoire qui lui était longtemps interdite, il ne suffit pas de lui en savoir gré : il leur incombe aussi de la protéger.
Par-delà toutes les dissensions libanaises, cette protection commence par un soutien sans faille, sans réserve, de toutes les forces politiques (et paramilitaires !) à la mission de paix et de stabilité confiée aux Casques bleus. De contribuer activement à instaurer un tel environnement amical dans les villes et villages du Sud ne relève pas seulement du devoir de courtoisie : dès lors que la population est mise en éveil, il devient impossible aux terroristes de se mouvoir comme un poisson dans l’eau. Et la tâche des services sécuritaires libanais en matière de dépistage et de prévention des attaques terroristes s’en trouve facilitée d’autant.
À quelque chose malheur, sans être tout à fait bon, peut servir du moins à conjurer le pire. C’est l’affaire de Nahr el-Bared, à commencer par le sauvage massacre de militaires en permission perpétré par les forcenés de Fateh el-Islam qui a révélé aux Libanais – peuple et autorités – l’ampleur de la machination terroriste visant le pays. D’affronter le péril, de s’engager à poursuivre ses opérations jusqu’à l’éradication totale de cette bande n’a pas seulement valu à l’armée un appui populaire sans précédent : de Tripoli à Nahr el-Bared, de la Békaa à re-Tripoli et à Kalamoun, ce sont les enseignements – et renseignements – tirés des violences premières qui permettent à l’institution militaire de gérer les suivantes avec succès.
On relèvera, dans le même ordre d’idée, que c’est l’outrance même de ses menées subversives qui se retourne invariablement contre Damas. Bien davantage que la résolution 1559 de l’ONU, c’est l’immense vague de colère suscitée au Liban même par l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons qui a acculé au départ les troupes syriennes. Ce sont les incessants – et insolents – envois d’armes et de combattants qui, pour la première fois avec autant d’acuité, ont fait de la frontière libano-syrienne un sujet de préoccupation internationale, une cause célèbre. Pour la première fois en un demi-siècle d’ingérences armées, le mal a été dûment constaté par les experts onusiens venus récemment sur place. Pour la première fois de même, ces spécialistes ont avancé avec un tel luxe de détails des suggestions en vue d’un contrôle satisfaisant de la frontière. Et c’est fort de ces précieux témoignages que Ban Ki-moon vient de rappeler fermement à l’ordre les contrevenants.
Ce n’est pas énorme, c’est vrai. Mais un peu de soleil dans l’eau froide n’est certes pas à dédaigner. Et au bout des nuits les plus noires, c’est bien à l’est que finit par se lever le soleil.
À l’invitation du Sénat italien, Issa Goraïeb abordera les derniers développements au Liban devant le Groupe Spécial Méditerranée de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation atlantique (OTAN) qui doit tenir son séminaire annuel dimanche 1er et lundi 2 juillet, à Naples. Les autres thèmes qui seront débattus au cours de ce séminaire sont les suivants : Défis et opportunités en Iran ; société civile et médias dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ; dialogue OTAN-Méditerranée ; coopération en matière de sécurité.
Issa GORAIEB
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