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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Clair / Obscur

Vingt-sixième semaine de 2007. Entre les terroristes d’aujourd’hui (Fateh el-Islam) et ceux de demain (FPLP-CG, Fateh-Intifada, Jound el-Cham, etc.) ; entre les Palestiniens qui ont parfois tendance à confondre le Liban avec Gaza et qui n’ont toujours rien compris ; entre les lieux d’attentats où ils doivent être les premiers à arriver et toute la prévention (patrouilles, barrages et autres assauts contre des milliers de criminels…) qu’ils doivent assurer en parallèle ; entre l’impatience crétine et la mauvaise volonté de certains Libanais(es) qui attendent leur tour à un check-point ; entre le Liban-Sud où ils sont censés veiller chaque instant à la stricte application de la 1701 ; entre le mégagruyère de la frontière libano-syrienne où ils ont pour mission d’empêcher tout trafic d’armes illégal de la Syrie vers le Liban (l’objet d’une future résolution onusienne ?) ; entre la reconstruction de l’État à laquelle ils contribuent fondamentalement et la jalousie/haine qu’ils déclenchent au sein de certaines factions libanaises que cette édification rend folles, les soldats de l’armée sont partout depuis le 27 février 2005, depuis l’extraordinaire métamorphose de Michel Sleimane. De chaque bataille, de chaque combat gagnés ; de chaque larme versée ; par-delà les traumatismes inhérents à toute guerre menée contre le terrorisme ; au travers de leur redécouverte amoureuse et stupéfiée de ce métier dont ils ignoraient, il y a un peu plus de deux ans, les grandeurs, et grâce à un soutien général, transcommunautaire dont ils n’avaient jamais rêvé (kilos de riz et de pétales jetés, affiches publicitaires en leur honneur placardées, pouces citoyens levés et paroles d’admiration ou de réconfort à leur adresse à chaque fois, dons en monnaies sonnantes et trébuchantes…), les soldats de l’armée, nouveaux et quasiment exclusifs dépositaires des espoirs des Libanais, sont désormais en pleine lumière. Que l’on partage ou pas leurs opinions politiques, que l’on apprécie ou pas leur caractère, leur façon de faire, les député(e)s de la majorité vivent aujourd’hui calfeutrés, bunkerisés, comme des espèces de rats de laboratoire, comme les acteurs malgré eux d’un Dix petits nègres à la sauce syrienne, condamnés inexorablement à passer de soixante-huit à, au moins, soixante-quatre parlementaires dans le laps de temps le plus court possible – et l’assassin, n’en déplaise à d’aucuns, n’est pas parmi eux ; pas trop loin, mais pas parmi eux… Il y a quelque chose de réellement rance dans une démocratie, aussi vacillante et bancale soit-elle, lorsque des élus de la nation, payés pour légiférer et contrôler le gouvernement, s’obligent à se mettre eux-mêmes en quarantaine ou à quitter le pays pour rester vivants et garder en vie l’idée certaine d’un Liban souverain et indépendant. Le problème est qu’au-delà de leur prise de conscience, que les Libanais espèrent – et exigent – solide, irrévocable et définitive, ces soixante-huit députés restent des hommes et des femmes comme tout le monde : après des dizaines de jours passés à parler au téléphone, lire, écouter de la musique, jouer aux échecs ou au poker, retrouver leurs enfants, inviter leurs copains à des charwamas ou des feuilles de vigne farcies, il y a comme un début foudroyant et légitime d’urticaire : ça commence à bien faire. Effectivement. Le comble : ce pays est désormais tellement divisé, segmenté, fédéralisé dans sa tête ; l’union sacrée y est devenue un concept tellement anachronique, naïf, impensable, qu’aucun de leurs collègues de l’opposition n’a pris la peine de relever et de condamner cette insensée réalité. À commencer par le premier d’entre eux, Nabih Berry, qui leur interdit depuis la guerre de juillet d’exercer leur métier, et qui sait pourtant, lui, pour d’autres raisons, ce que c’est que de rester entre quatre murs. Seuls parlementaires en chômage forcé au monde, les députés de la majorité sont désormais à l’ombre. Rien ne dit que ces hommes et ces femmes du 14 Mars vont se retrouver en septembre dans un hémicycle dont ils ont dû oublier les couleurs et les odeurs pour élire l’urgent successeur d’un Émile Lahoud qui, contrairement à des Abdel-Rahim Mrad, Assem Kanso, Assaad Hardane, Wi’am Wahhab et autres Michel Samaha et Nasser Kandil, a encore (bizarrement) le droit d’aller aux États-Unis s’il en a envie… Rien ne dit que leurs collègues du 8 Mars vont avoir l’autorisation syrienne de se rendre place de l’Étoile. Et rien ne dit non plus quelle option va choisir le commandement de l’armée au cas où il y aurait suffisamment de fous/criminels pour accepter de participer à un deuxième gouvernement. Sauf que tout laisse à croire que la troupe de Michel Sleimane sera le dernier rempart contre une division de facto, sur le terrain, du Liban. Dans des proportions et à un niveau certes radicalement différents, les soldats de l’armée et les députés (et/ou ministres) de la majorité ont désormais la très lourde mission de défendre ce quelque chose qui ressemble de près comme de loin à un Liban troisième millénaire, un Liban libanisé. Ils travaillent de pair pendant le mandat Lahoud, tout porte à croire qu’ils feront la même chose une fois l’actuel occupant de Baabda parti. Ziyad MAKHOUL
Vingt-sixième semaine de 2007.
Entre les terroristes d’aujourd’hui (Fateh el-Islam) et ceux de demain (FPLP-CG, Fateh-Intifada, Jound el-Cham, etc.) ; entre les Palestiniens qui ont parfois tendance à confondre le Liban avec Gaza et qui n’ont toujours rien compris ; entre les lieux d’attentats où ils doivent être les premiers à arriver et toute la prévention (patrouilles, barrages et autres assauts contre des milliers de criminels…) qu’ils doivent assurer en parallèle ; entre l’impatience crétine et la mauvaise volonté de certains Libanais(es) qui attendent leur tour à un check-point ; entre le Liban-Sud où ils sont censés veiller chaque instant à la stricte application de la 1701 ; entre le mégagruyère de la frontière libano-syrienne où ils ont pour mission d’empêcher tout trafic d’armes illégal de...