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Actualités - Opinion

Hypercœur, Damas, Syrie

Se jeter du vingtième étage et dire : Dieu, rattrape-moi… Réalité libanaise Le tic-tac des bombes qui explosent l’une après l’autre aux quatre coins du Liban a ceci d’imposant qu’il s’entend de partout : des bunkers souterrains de la banlieue sud jusqu’aux collines de Rabieh en passant par Washington, Paris, Ryad, Téhéran, n’importe quelle capitale du monde ; et, bien entendu, Damas, où, bien entendu, l’ouïe est particulièrement fine, la vitesse du son supérieure au reste de la planète et, bien entendu, les connaissances, aptitudes et autres maîtrises ès tic-tacologie sont carrément impressionnantes. Ce tic-tac, n’importe quel stagiaire de n’importe quel ministère des Affaires étrangères des pays membres de l’ONU l’entend, et cela depuis plus de deux ans : n’importe quel stagiaire de n’importe quel ministère des AE sait depuis le retrait des samouraïs syriens que des députés et des ministres libanais seront assassinés ; que des groupuscules bénis à l’eau du Barada se réveilleront, au Nord, au Sud, à l’Est, partout ; que les boys de la Finul deviendront une cible (é)mouvante de première catégorie ; que les feux intersectaires tellement mal éteints n’auront besoin de presque rien pour se rallumer ; que des bombes politiques (ou économiques) tout aussi meurtrières que des quintaux de TNT ne demanderont qu’à se laisser dégoupiller, de Baabda ou d’ailleurs… Tout le monde entendait le tic-tac, tout le monde l’entend, tout le monde savait, tout le monde sait : que ce Liban, pour lequel ont été multipliés tellement d’espoirs, d’énergies, de mobilisations, de résolutions, de dollars et d’euros, etc., va certainement connaître mille et une autres déflagrations, l’une plus forte, plus sanglante que la précédente, et personne ne bouge le petit doigt dans la bonne direction, vers l’hypercœur ; personne ne bouge pour arracher le mal à la racine, à la source pourrie d’un Barada-Styx que jamais rien ne repaîtra ni ne rassasiera à part une réannexion pure et simple du Liban. Ne serait-ce que par curiosité, ne serait-ce que pour ne pas crever idiote, même l’autruche lève la tête de son sable pour voir l’évidence : rarement collusion syro-israélienne n’aura été aussi pernicieuse, et tout ce qui rendrait fou Damas (renforcement de l’armée libanaise, contrôle de la frontière libano-syrienne, affaiblissement substantiel du régime assadiste) est immédiatement refusé, à la communauté internationale et notamment aux Américains, par une classe politique israélienne qui ne sait plus, dans sa majorité, quelle jambe montrer pour draguer la Syrie. Cela sans oublier l’excès d’hormones de quelques Talleyrand de supermarché totalement persuadés de pouvoir raisonner le palais des Mouhajirine par le dialogue, ou juste en agitant consciencieusement une espèce de carotte quelconque. La question n’est plus tant de savoir si un changement de régime en Syrie pourrait modifier la donne en faveur du Liban, mais bien d’empêcher ce régime, par n’importe quel(s) moyen(s), de continuer à dépecer ce même Liban. Et à centupler les doigts d’honneur à l’adresse de la quasi-totalité de la communauté internationale. Désamorcer le péril syrien. Pour George W. Bush, ce serait une façon de faire mentir ceux qui pavoisent à la simple évocation du superéchec yankee partout où il a voulu soutenir, d’une manière ou d’une autre, la démocratie : Irak, Palestine et Liban – surtout qu’ici, les Libanais n’ont rien demandé à personne, et encore moins aux Américains, pour écrire le 14 Mars, et que David Welch est tout de même capable de trouver ne serait-ce qu’une bonne idée… Pour Nicolas Sarkozy, ce serait l’occasion de démarrer très fort, sur le plan international où il a encore ses preuves à faire, un quinquennat au cours duquel se renforcerait somptueusement dans cette région originelle, dans ce Proche-Orient-clé, la France de l’après-Chirac d’Arabie. Et ce serait sans doute un peu la même pour la Russie, qui, en enlevant sa main posée sur le régime syrien, pourra automatiquement placer un pied et plusieurs orteils dans le reste de la région. Pour les Arabes, ce serait, mieux vaut tard que jamais, la chance de montrer un minimum de crédibilité et d’en finir avec des décennies de mollesse stérile ; sachant combien et comment un Liban stable et démocratique, aussi dénué de pétrole soit-il, pourrait leur servir de vitrine et de pont. Encore faut-il savoir ce que l’on veut : pour désamorcer le péril syrien, qui ne touche pas seulement, loin s’en faut, le Liban, il est indispensable de le contrer. Concrètement. Réellement. On a beau dire que les Libanais, et plus particulièrement les ténors du 14 Mars, ne sont que les simples et très spectateurs pions sur un échiquier régionalo-international où l’on joue sans eux l’avenir de leur pays, il n’en reste pas moins que, pour l’instant, ce sont eux qui font le sale boulot. Ils sont naturellement payés pour. Pour essayer de désamorcer ce péril syrien, mais seuls, ils n’arriveront à rien. C’est bien joli et bienvenu de dire qu’on ne se laissera pas avoir par le terrorisme ; encore faut-il s’en donner les moyens. Aller à l’hypercœur. Ziyad MAKHOUL

Se jeter du vingtième étage et dire : Dieu, rattrape-moi…
Réalité libanaise

Le tic-tac des bombes qui explosent l’une après l’autre aux quatre coins du Liban a ceci d’imposant qu’il s’entend de partout : des bunkers souterrains de la banlieue sud jusqu’aux collines de Rabieh en passant par Washington, Paris, Ryad, Téhéran, n’importe quelle capitale du monde ; et, bien entendu, Damas, où, bien entendu, l’ouïe est particulièrement fine, la vitesse du son supérieure au reste de la planète et, bien entendu, les connaissances, aptitudes et autres maîtrises ès tic-tacologie sont carrément impressionnantes. Ce tic-tac, n’importe quel stagiaire de n’importe quel ministère des Affaires étrangères des pays membres de l’ONU l’entend, et cela depuis plus de deux ans : n’importe quel stagiaire de...