Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

CITOYEN GROGNON Un village sacrifié

C’est aujourd’hui au tour de Saifi Village de faire les frais du marasme politico-économico-sécuritaire. Incapables de tenir ne serait-ce que quelques mois de plus, certains commerçants doivent se résoudre à mettre la clé sous la porte ; las d’avoir attendu trop longtemps un essor qui ne se manifeste toujours pas ; épuisés par les loyers et les taxes municipales trop élevés dans une région qui n’attire plus que quelques rares clients. Ici, un antiquaire a déjà fermé ses portes. Là, une boutique d’articles cadeaux est en liquidation de stock. Son propriétaire hésite à prendre la décision de fermer boutique, espérant encore un geste de Solidere et de la municipalité de Beyrouth qui lui permettrait de tenir le temps que s’estompe la crise. Mais ce geste ne vient toujours pas. Plus loin, une boutique d’artisanat local a le rideau baissé. Ce jour-là, sa propriétaire n’a pas jugé bon de se déplacer pour une clientèle fantôme. Quelques commerçants irréductibles continuent pourtant d’ouvrir leur boutique, de décorer leur vitrine, d’espérer en une reprise, dans un miracle, refusant carrément de perdre leur optimisme. D’autres attendent à longueur de journée, bayant aux corneilles, à l’affût des nouvelles, visiblement inquiets. Affalé sur un divan, comme s’il était chez lui, un jeune vendeur bavarde au téléphone. Il faut bien passer le temps. Cela fait une bonne quinzaine qu’aucun client n’a donné signe de vie. Ce quartier au charme si particulier avait pourtant la vocation de devenir le Quartier des Arts par excellence. Un avenir doré semblait s’ouvrir à lui, avec ses immeubles à l’ancienne, ses parcs fleuris et ses ruelles piétonnes revêtues de pavés. Il y flottait aussi un air de vacances et de flâneries, malgré l’absence de cafés-trottoir que regrettent les commerçants. Il y régnait aussi un calme apaisant, à quelques pas seulement du fou vacarme de la ville. Mais ce Quartier des Arts qui se voulait être le lieu de prédilection des antiquaires et des artisans, les événements ont contribué à l’empêcher de prendre son envol, depuis la mort de Rafic Hariri jusqu’à la bataille de Nahr el-Bared. Face au combat de ces commerçants pour leur survie, se dresse, indifférent, le campement de l’opposition, bien en face de leurs boutiques et de leurs devantures. Un campement qu’ils accusent de « vandaliser » leur quartier et les entrées de leur petit coin de paradis. Alors qu’eux croulent sous les loyers, taxes, charges et autres frais dont ceux destinés à l’embellissement du secteur et à l’entretien des jardins. Sans aucune contrepartie. Anne-Marie EL-HAGE


C’est aujourd’hui au tour de Saifi Village de faire les frais du marasme politico-économico-sécuritaire.
Incapables de tenir ne serait-ce que quelques mois de plus, certains commerçants doivent se résoudre à mettre la clé sous la porte ; las d’avoir attendu trop longtemps un essor qui ne se manifeste toujours pas ; épuisés par les loyers et les taxes municipales trop élevés dans une région qui n’attire plus que quelques rares clients. Ici, un antiquaire a déjà fermé ses portes. Là, une boutique d’articles cadeaux est en liquidation de stock. Son propriétaire hésite à prendre la décision de fermer boutique, espérant encore un geste de Solidere et de la municipalité de Beyrouth qui lui permettrait de tenir le temps que s’estompe la crise. Mais ce geste ne vient toujours pas. Plus loin, une boutique...