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Actualités - Opinion

en DENTS DE SCIE Mika Syndrome

L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. Amin Maalouf Vingt-cinquième semaine de 2007. Hey ! Je suis à moitié libanais, moi ! En direct en ce 21 juin sur France 2, à l’intention du boy-scout animateur de l’émission spéciale Fête de la musique ; à l’intention d’un vague comique troupier qui lui répétait les deux mots de libanais que sa copine lui avait appris ; à l’intention des quelque quatre-vingt mille spectateurs, des millions de téléspectateurs ; à l’intention de sa maman complice et adorée ; à l’intention de Grace Kelly qui devait gentiment lui sourire de là où elle est ; à l’intention de la planète entière qui craque depuis février dernier sur ses créations barocco-pop et ses cordes vocales insensément prodigieuses, Michael Penniman, ou Mika, ne donnait pas une banale, une naturelle et anecdotique information sur sa nationalité. Avec le royal plaisir que devait ressentir le prince Félix Youssoupov vingt minutes avant et après avoir assassiné Raspoutine, Mika a exhibé aux tympans et aux rétines de tous un acte de foi, une revendication définitive et définitivement fière : Je suis à moitié libanais ! avec tout ce que cela peut (r)amener comme images, comme bruits, comme droits, comme devoirs ; plus qu’un drapeau rouge-blanc-cèdre planté à la face du monde comme un ultime acte libérateur, c’est l’assourdissante clameur d’une réalité omnipotente et incontournable que l’improbable, le fascinant et Libanais rejeton de Freddie Mercury et d’Elton John a affirmée : son identité. Incontournable, effectivement, reste cette urgence, pour des Libanais qui vont finir par donner le vertige et/ou la nausée aux médiateurs du monde toutes nationalités confondues ; l’urgence de débattre, de définir puis d’adopter une fois pour toutes, au bout de ces soixante-cinq ans d’indépendance au cours desquels elle a largement eu le temps et les moyens de se construire et de se transformer, l’identité non pas des Libanais, mais celle du Liban. Sempiternelle question à laquelle personne ne veut (oser) répondre depuis des décennies, tellement cette réponse pourrait s’avérer terrifiante de vérité et de simplicité, tellement elle pourrait dessiner d’imperméables, d’hermétiques frontières interlibanaises. Et pourtant : ne pas y répondre, c’est laisser pour de bon, et sur les pires bases, le pays se déliter, se casser, se diviser. En revanche, déterminer une fois pour toutes l’identité d’un pays, sa nature, sa destinée, c’est l’immuniser. Un gouvernement d’union nationale avant, pendant ou après l’élection présidentielle ? Un tiers de blocage ? Une résolution 1701 appliquée stricto sensu ? Un nouveau président ? Une nomination ? Une déclaration ministérielle ? Les relations libano-syriennes ? libano-israéliennes ? Un plan économique ? La place du Liban dans l’échiquier mondial ? Tout cela et tout le reste ressembleraient à des jeux d’enfant lorsque sera radicalement et clairement définie l’identité du Liban, l’alpha et l’oméga d’une poly-crise destinée, sinon, à la pérennité. La relation passionnelle, toute faite d’amour et de haine, entre les deux composantes siamoises de l’échiquier politique libanais, l’incapacité à parvenir au moindre accord, l’impossibilité de communiquer, tout cela n’est le résultat que d’une tare absolue : l’absence insupportable d’accord sur l’identité, encore une fois définitive, du Liban. Plus encore : si les composantes maronite, orthodoxe, catholique, sunnite, chiite et druze du 14 Mars en général, si Walid Joumblatt, Samir Geagea et Saad Hariri en particulier sont aujourd’hui, bon an mal an, comme les doigts d’une seule main, ce n’est pas (seulement) grâce aux sangs déversés ou aux calculs tactico-stratégiques communs, mais surtout par ce ciment commun qu’ils ont en partage : l’identité du Liban. Si, pendant les allers-retours sisyphiens du quatuor arabe entre la majorité et l’opposition, des déchirements et des dissensions de fond sont apparus entre le Hezbollah et le CPL (et tous les démentis possibles et imaginables n’y changeront rien…), ce n’est pas à cause d’une virgule mal placée dans le document de Mar Mikhaël ou des divergences de forme, mais bien en raison du schisme plus ou moins abyssal dans la conception et l’appréhension de… l’identité du Liban. C’est génétique ; latent et récessif ou étalé et dominant, ce gène-là finit toujours par imposer sa marque, son rythme, ses exigences et ses objurgations : l’identité du Liban. Quel Liban ? Pour quoi faire ? C’est mathématique : s’il y avait tutelle américano-française sur le Liban, Tarek Mitri n’aurait jamais pu imposer la 1701 telle qu’elle est aujourd’hui – entre mille autres exemples ; s’il n’y avait pas eu velléité de re-tutelle syrienne, mâtinée cette fois d’iranisation galopante, l’opposition en général et le 8 Mars en particulier n’auraient pas changé trois fois d’avis, en deux heures, à chaque fois que le 14 Mars disait oui à leurs desiderata – entre mille autres exemples. Quel Liban ? Pour quoi faire ? C’est le choix insensé entre l’affirmation sacrificielle, résignée et inféodée de sa libanitude et la démonstration d’une libanitude libre, libératrice et jamais autant I Love Life. Résoudre cette ultime équation équivaudrait à ressusciter le concept de nation libanaise et à l’ancrer dans le millénaire : Liban de la résistance ou Liban irrésistible ? Ziyad MAKHOUL



L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes,
elle se construit et se transforme tout au long de l’existence.
Amin Maalouf

Vingt-cinquième semaine de 2007.
Hey ! Je suis à moitié libanais, moi !
En direct en ce 21 juin sur France 2, à l’intention du boy-scout animateur de l’émission spéciale Fête de la musique ; à l’intention d’un vague comique troupier qui lui répétait les deux mots de libanais que sa copine lui avait appris ; à l’intention des quelque quatre-vingt mille spectateurs, des millions de téléspectateurs ; à l’intention de sa maman complice et adorée ; à l’intention de Grace Kelly qui devait gentiment lui sourire de là où elle est ; à l’intention de la planète entière qui craque depuis février dernier sur ses créations barocco-pop et ses cordes vocales...