L’entente arabe existe à propos du Liban. C’est ce qu’a assuré hier, dès sa descente d’avion, le secrétaire général de la Ligue arabe. La mission que conduit cette fois Amr Moussa est en ceci exceptionnelle qu’elle ne se limite pas à une relance du dialogue interlibanais : elle a aussi et surtout pour objet d’instituer enfin un contrôle efficace de la frontière syro-libanaise. L’évènement mérite d’être salué. Mais sauf votre respect, Monsieur Moussa, il faudra davantage qu’une telle entente arabe pour rassurer les Libanais.
Non point, bien sûr, que la plupart des frères ne nous veuillent pas du bien, bien au contraire. Dans leur grande majorité, ils vouent une réelle affection au Liban ; ils aiment y séjourner durant ses périodes de calme, ils en apprécient le climat et l’accueil, ils admirent, non sans une pointe d’envie parfois, la vitalité de son peuple. Mais de par sa fonction même, le diplomate chevronné qu’est Amr Moussa ne peut promouvoir autre chose, en réalité, que les relations publiques de ce vague et précaire conglomérat qui a pour nom Ligue des États arabes. On ne s’est pas fait faute de se liguer, notez bien : mais on se liguait seulement les uns contre les autres. Un demi-siècle durant, c’était un incessant chassé-croisé d’intrigues et de complots, de coups d’État et tentatives de coups d’État fomentés de l’extérieur, d’assassinats, d’attentats à la bombe auxquels répondaient – les Moukhabarate y veillaient – d’autres attentats. Renvoi à l’expéditeur, c’était la procédure en vigueur.
Et puis, la Ligue a découvert la recette d’une plutôt lâche sérénité : indifférence, résignation, inaction, recherche frénétique du consensus en étaient les principaux ingrédients. Solidaire en effet devenait la Ligue, dès lors qu’elle se gardait bien de trancher, de tancer, de mettre en accusation l’un quelconque de ses membres. Solidaire oui, mais tragiquement impuissante et absente. Comme en Irak. Comme en Palestine. Comme au Liban, il faut le craindre, et ce ne serait pas là la première fois.
Or cette fois n’est pas comme les autres. En sus de ses dissensions internes, notre pays est l’objet d’une agression caractérisée et multiforme. Sans même parler des flagrantes ingérences politiques extérieures, des hommes d’État et des leaders d’opinion y sont assassinés en série. Les attentats aux explosifs s’y suivent, fauchant nombre d’autres vies innocentes. Combattants de toutes sortes, et parmi eux de parfaits terroristes, affluent des mois, des années, avec armes et bagages, à travers la frontière syrienne. Les périls de la situation sont amplement illustrés par la longue bataille de Nahr el-Bared où l’armée libanaise, tenue de préserver les vies civiles (et donc de prendre des risques supplémentaires) essuie de lourdes pertes face aux forcenés de Fateh el-Islam. On reste stupéfait devant le formidable potentiel militaire qu’ont pu amasser les assiégés de Nahr el-Bared, devant la démesure de leurs objectifs, tels que révélés par les aveux de leurs camarades arrêtés et qui allaient de la proclamation d’un émirat islamique du Liban-Nord à des attaques contre la force internationale stationnée dans le Sud en passant par l’extermination, partout où ils se trouvent, des croisés et autres mécréants.
De tous ces crimes et projets de crimes, visant rien moins qu’à abattre une fois pour toutes ce Liban qui s’obstine à vouloir vivre dans la paix, la sécurité et la dignité, le Conseil ministériel de la Ligue a été dûment informé, documents à l’appui, la semaine dernière. Et ces documents, vigoureusement assénés par le ministre Tarek Mitri, incriminent une Syrie qui persiste à miser sur l’impunité, malgré la décision de l’ONU de créer un tribunal international pour le Liban. Qui mise, de même, sur l’inconsistance d’un monde arabe qu’irritent et inquiètent certes les agissements du régime baassiste, mais qui redoute tout autant l’alternative islamiste en Syrie.
La mission Moussa, c’est entendu, ira plus tard à Damas. Il est grand temps cependant que les honnêtes courtiers se rendent à l’évidence des faits et se décident à désigner les choses par leur nom. Il faut, à la fin, que l’entente arabe, si entente réellement il y a, donne de la voix. Qu’elle se fasse... entendre.
Issa GORAIEB
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Non point, bien sûr, que la plupart des frères ne nous veuillent pas du bien, bien au contraire. Dans leur grande majorité, ils vouent une réelle affection au Liban ; ils aiment y séjourner durant ses périodes de calme, ils en apprécient le climat et l’accueil, ils admirent,...