Hommage
Philippe Ardant s’en va :
la disparition d’un grand publiciste
Dans l’édition du Figaro du 8 juin, sa famille, l’Université Panthéon-Assas (Paris II) et la rédaction de la revue Pouvoirs annonçaient que, l’avant-veille, Philippe Ardant était « entré dans la paix du Seigneur, dans l’espérance de la Résurrection ».
Madame Ardant avait pris le soin de me l’annoncer auparavant, ce qui m’a énormément touché. Je lui avais répondu en l’assurant que je perdais en lui un maître, un soutien et un grand ami.
Un maître : car je l’avais connu, jeune agrégé, à la faculté de droit de l’Université Saint-Joseph, en octobre 1959 ; il m’enseignait alors le droit constitutionnel, matière par laquelle j’ai été d’emblée conquis sans doute grâce à lui et que je devais finir par enseigner par la suite.
Je recommandais son manuel de Droit constitutionnel et institutions politiques à mes étudiants, dès la parution de la première édition.
Par la suite, les éditions tombaient l’une après l’autre et, en les recevant accompagnées d’un mot de circonstance, je comprenais de quelle trempe l’homme était fait, que l’amitié était, en définitive, plus importante que n’importe quelle autre considération.
Car dans sa rigueur, son exigence, son refus de la complaisance… il laissait quand même un grand espace pour les véritables sentiments, pour ce qui venait du cœur.
À la mort de Léon Julliot de la Morandière, un grand professeur écrivait, pour saluer le départ du grand maître : « Lorsqu’un homme comme celui-ci s’en va, ce n’est pas seulement de son œuvre qu’on se souvient, mais aussi, et surtout, de son visage. »
Quel beau visage que celui de Philippe Ardant, quel beau regard alliant l’intelligence à la bonté, le sens de l’humour à un scepticisme apparent dépassant le doute pour l’éclairer par son sens de la perspicacité.
Les initiés savaient bien que ce spécialiste du droit constitutionnel, agrégé des facultés de droit à l’âge de 27 ans, avait été, à diverses époques, professeur à Rabat, à Beyrouth, à Poitiers, à Paris X, à Paris V, à Paris II (l’Université Panthéon-Assas qu’il a présidée de 1993 à 1997) et qu’il avait participé au rayonnement de la culture française dans le monde en tant que conseiller culturel de l’ambassade de France en Chine puis au Maroc.
Philippe Ardant avait été le premier à présider l’Institut du monde arabe à Paris (IMA) et avait fondé, il y a trente ans, la revue Pouvoirs qui a bénéficié de sa présence et de ses contributions en droit constitutionnel et en sciences politiques jusqu’à son dernier souffle.
Au nom de ses anciens étudiants de Beyrouth, de tous ceux qui ont appris à l’aimer à travers ce qu’il a écrit…
Pour m’avoir inoculé la passion du droit public, l’amour de tout ce qui est vrai et de tout ce qui est juste…
Je voudrais assurer de ma sympathie émue Madame Ardant, ses deux fils, ses belles-filles et ses petits-enfants en leur disant combien j’aurais voulu être à côté d’eux et combien je demeurerai avec eux, me souvenant de son visage aujourd’hui transfiguré dans la paix du Seigneur, en communauté de douleur et de prière.
Antoine KHAIR
Premier président de la Cour de cassation
Président du Conseil supérieur de la magistrature
Ancien membre du Conseil constitutionnel
Professeur à la faculté de droit
et des sciences politiques de l’Université Saint-Joseph
Chants de l’amour divin en Méditerranée : tournée européenne de l’Ensemble de musique classique arabe de l’Université antonine
L’Ensemble de musique classique arabe, rattaché à l’Institut supérieur de musique de l’Université antonine et placé sous la direction de Nida’ Abou Mrad, a achevé avec succès une importante tournée de concerts et de conférences en Europe.
La première étape de cette tournée a été un concert au De Bijloke Concertzaal Gent (Gand) – Belgique, sous l’intitulé « Cantillations scripturaires et mystiques du christianisme, de l’islam et du judaïsme ». Ce concert a été le fruit d’une collaboration amorcée en 2004 avec Marcel Pérès, directeur de l’Ensemble Orgnum et spécialiste renommé de musique médiévale européenne. Sous la double direction de Nida’ Abou Mrad et Marcel Pérès, l’Ensemble de musique classique arabe – UPA a interprété des cantillations en latin, arabe, grec, syriaque et hébreu, à partir de la Bible, du Coran et chanté des poèmes mystiques des Pères de l’Église et du soufisme, le tout étant relié par des versets de l’Apocalypse de Saint-Jean.
• Cantillation et chant en latin : Marcel Pérès (France),
• Cantillation coranique, chant arabe et oud (luth) : Moustafa Saïd (Égypte),
• Cantillation et chant en syriaque (rite maronite) et hébreu : père Youssef Chédid OAM (Liban),
• Cantillation et chant grec et arabe (rite orthodoxe antiochien) : Mikaël Hourani (Liban),
• Kamanja (vièle à pique) et violon arabe : Nida’ Abou Mrad (Liban),
• Santûr (cithare) et chant arabe : Hayaf Yassine (Liban),
• Riq (tambourin) : Ali Wehbé (Liban).
Le nombreux public, constitué de mélomanes avertis, férus de musique médiévale, a fortement apprécié cette expérience d’interprétation par un même ensemble de répertoires sacrés aussi variés, néanmoins unis par d’importants liens historiques et forgés dans la notion de la tradition. L’un des apports les plus remarqués de cette démarche a été de faire appel aux traditions vivantes orientales pour vivifier l’interprétation de la tradition musicale médiévale ecclésiale latine.
La deuxième étape de la tournée a été parisienne. D’abord, un concert de l’Ensemble de musique classique arabe – UPA à l’Institut du monde arabe, intitulé « Chants de l’amour divin en terre d’Orient ».
En christianisme et en islam, l’expérience mystique de l’amour divin qui défie l’homme donne lieu à des témoignages poétiques et musicaux qui tentent de traduire la quête spirituelle en paroles symboliques, relayées par la mélodie et le rythme. Réminiscence de la voix divine, la musique est ainsi vécue comme inductrice d’états extatiques propices au cheminement intérieur. Les traditions musicales sacrées de Méditerranée sont issues d’un même vivier proche-oriental. Leurs systèmes présentent ainsi de nombreux caractères communs. Si la modernité a fait que le versant européen a emprunté un cheminement polyphonique diatonique, son homologue oriental continue de cultiver les normes traditionnelles communes initiales : monodie, modalité zalzalienne, rythmique verbale, etc. Le propos de ce concert a été de mettre l’accent sur ces convergences méditerranéennes. Un même ensemble, spécialisé dans la tradition musicale arabe artistique, a donné à entendre ici des textes sacrés et mystiques en arabe, syriaque, grec et latin, de christianisme et d’islam, musicalisés selon des normes traditionnelles cultivées avec créativité et authenticité.
Ce concert a été suivi d’une journée de master class et de conférences à l’Université de Paris-Sorbonne (IV), assurées par Nida’ Abou Mrad, assisté par Moustafa Saïd. Dans le cadre de la convention liant l’Université antonine à Paris-Sorbonne, des échanges de professeurs se font régulièrement entre ces deux institutions. L’apport des enseignants chercheurs spécialistes des traditions orientales est fortement apprécié à la Sorbonne, notamment, pour la formation des musiciens médiévistes et l’encadrement des étudiants chercheurs en ethnomusicologie.
La troisième étape a été la participation de l’Ensemble de musique classique arabe de l’UPA à la semaine culturelle libanaise organisée par le Centre de culture et d’information sur le monde arabe (CCIMA) Marseille.
Une conférence à la bibliothèque de l’Alcazar « Convergences et divergences entre les traditions musicales sacrées méditerranéennes » a été donnée par Nida’ Abou Mrad et ateliers d’apprentissage musical arabe par Hayaf Yassine et byzantin par Mikaël Hourani, à la Cité de la musique de Marseille.
Notons enfin qu’un concert « Chants de l’amour divin en christianisme et islam » a été organisé à l’auditorium de la Cité de la musique, par l’Ensemble de musique classique arabe – Université antonine (Liban).
• Direction et violon arabe : Nida’ Abou Mrad (Liban),
• Chant et oud (luth) : Moustafa Saïd (Égypte),
• Santûr (cithare) et chant : Hayaf Yassine (Liban),
• Riq (tambourin) : Ali Wehbé (Liban).
Avec la participation de Mikaël Hourani, chantre ecclésial orthodoxe d’Antioche.
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