N’y allons pas par mille chemins : au départ était la Syrie, à l’arrivée c’est toujours la Syrie et dans l’entre-temps, dans l’intervalle, c’est la même Syrie, toutes griffes dehors, toute obsédée par les cartes qui lui échappent des mains et qu’elle s’évertue à récupérer dans les arènes de combat.
De l’Irak, qu’il abreuve en fous d’Allah à travers des frontières poreuses, à la Palestine qu’il affectionne en entretenant la rébellion des nouveaux « cagoulés », en nourrissant dans ses entrailles les officines de la sédition, le régime syrien collectionne chaque jour un peu plus les « trophées » qui le frappent d’ostracisme.
Mais son titre de gloire c’est évidemment au Liban qu’il l’a le mieux mérité, au prix de longues années de labeur, d’efforts soutenus, persévérants. Anjar et le Beau Rivage peuvent en témoigner.
Irak-Palestine-Liban : trois terreaux fertiles, trois théâtres de combats sanglants, de luttes fratricides, trois chemins menant à une même destination, un aller-retour aux sources de l’anarchie, de la déstabilisation.
N’y allons pas par mille chemins : dans son inlassable quête du « rêve américain », une quête bétonnée par de flagrantes compromissions sur le front du Golan, le régime baassiste n’a pas lésiné sur les moyens, ne s’est privé d’aucun argument supposé convaincant. Les vannes des fous d’Allah qui se ferment et se rouvrent au gré des messages bien reçus ou renvoyés à l’expéditeur, des groupuscules jihadistes qui vadrouillent entre l’Irak et le Liban. Un va-et-vient incessant et un passage obligé : la Syrie. La géographie ne ment pas.
Et en arrière-plan, cette étrange, cette suspecte malédiction qui ne frappe, depuis plus de deux ans, que les forces hostiles à la Syrie, celles qui ont osé dire non aux exactions, à la terreur, le long calvaire d’une nation qu’on veut sacrifier sur l’autel des enjeux, des chantages régionaux.
De Nahr el-Bared à Manara, du terrorisme téléguidé de Fateh el-Islam à l’assassinat de Walid Eido, des attentats d’Achrafieh et de Sedd el-Bauchrieh à ceux de Verdun, de Aley et de Zouk Mosbeh, une interminable série d’actes terroristes, de messages politiques reçus cinq sur cinq et que le tribunal international ne manquera pas d’ajouter au dossier bien volumineux de l’accusation.
Les manipulateurs, les tireurs de ficelles ont commis une grave erreur : depuis le 11 septembre 2001, depuis cette date fatidique, le chantage au terrorisme ne peut plus être payant. L’univers entier est désormais totalement uni, profondément impliqué dans la guerre contre cette pieuvre d’un autre âge, une troisième guerre mondiale qui ne veut pas dire son nom et dont le perdant ne peut être que le terrorisme. Pour la simple raison que toute soumission aux menaces, toute reculade devant le danger signifieraient la victoire de l’obscurantisme sur les lumières, le triomphe du totalitarisme sur les démocraties.
Qu’il soit le fait d’États voyous ou de jihadistes hallucinés qui veulent ramener l’Espagne dans le giron de l’islam et prendre leur revanche sur la défaite de Poitiers, en 732, face à Charles Martel (!), ce terrorisme cache en son sein les vipères qui le mordront, qui l’étoufferont un jour ou l’autre.
Les manipulateurs, les tireurs de ficelles ont commis une grave erreur : on n’ouvre pas impunément la boîte de Pandore, on n’attise pas les fanatismes sans conséquences fâcheuses. Et on en arrive à cette aberration sortie de la bouche d’Ahmadinejad : Israël sera éliminé grâce au « Liban musulman » et au Hezbollah, grâce aux combattants palestiniens.
Pauvre peuple palestinien trahi par les siens, abandonné par ses chefs, trompé par ceux-là mêmes qui financent son autodestruction. Indomptable peuple libanais que M. Ahmadinejad veut transformer en chair à canon, que M. Ahmadinejad veut limiter à sa seule composante musulmane.
La Syrie, l’Iran, deux amis qui nous veulent du bien. Et en arrière-plan, l’Amérique, l’inévitable Amérique que l’on défie, que l’on combat par alliés interposés et dont on recherche, si ardemment, si secrètement, les faveurs.
Des bras de fer, des règlements de comptes qui ensanglantent l’Irak, qui mettent la Palestine à feu et à sang et qui, tel un cancer qui se métastase, fraient leur chemin au Liban, tentent de s’y enraciner, d’en faire le terrain d’essai, le laboratoire de prédilection de tous les docteurs Folamour du monde. Un laboratoire dont des mains « occultes » (suivez mon regard) ont usé hier même en tirant des roquettes sur Kiryat Shmona.
Attention danger ! Mais nos bonzes autoproclamés n’en ont cure : englués dans leur dignité bafouée, ils se contentent de compter les coups, et quand ils sortent de leur silence, c’est pour disserter sur le sexe des anges, pour enfoncer un peu plus le couteau dans le corps de l’État.
Gouvernement d’union nationale ou élections partielles ? Cabinet de salut public ou de 19-11, ou mieux de 13-17 ? Calculs d’apothicaires, décompte mortifère dans une tour de Babel.
Entre-temps, les assassins continuent d’assassiner, la liste des « morts pour le Liban » continue de s’allonger et le Nahr el-Bared devient rouge pourpre du sang des martyrs de l’armée.
Le Barada, lui, imperturbable, insolent, continue de couler, comme un long fleuve tranquille…
Nagib AOUN
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De l’Irak, qu’il abreuve en fous d’Allah à travers des frontières poreuses, à la Palestine qu’il affectionne en entretenant la rébellion des nouveaux « cagoulés », en nourrissant dans ses entrailles les officines de la sédition, le régime syrien collectionne chaque jour un peu plus les « trophées » qui le frappent d’ostracisme.
Mais son titre de gloire c’est évidemment au Liban qu’il l’a le mieux mérité, au prix de longues années de labeur, d’efforts soutenus,...