Activement recherché par l’armée libanaise, le chef du groupuscule Fateh el-Islam, Chaker el-Absi, demeure un personnage énigmatique qui a été pilote de Mig, puis instructeur courant le monde du Nicaragua au Yémen, avant d’opter pour l’islamisme radical.
Né en 1955 dans le camp de Aïn Sultan, près de la ville palestinienne de Jéricho, il fuit, avec sa famille, vers la Jordanie après l’occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967. « Après l’école, où il était très brillant, il est parti pour Tunis suivre des études en médecine, raconte à l’AFP son frère Abed el-Absi, chirurgien à Amman. Mais ce n’était pas son ambition. Il voulait participer plus directement à la libération de la Palestine. »
Chaker el-Absi est ainsi « entré au Fateh, qui l’a envoyé en Libye, à l’académie d’aviation pour devenir pilote ». « Il a très bien réussi, il pilotait des Mig 23, poursuit-il. Quand la Libye a fait la guerre avec le Tchad, il a défendu la terre libyenne avec son avion. »
Étudiant en médecine à Cuba, Abed el-Absi reçoit, en 1980, la visite de son frère, en route pour le Nicaragua « où il devait aider à former une force aérienne sandiniste ». « Il y est resté quatre ou cinq mois, je crois », se souvient-il.
« Lors de l’invasion israélienne du Liban, en 1982, comme l’OLP n’avait pas d’avions, il a combattu dans la Békaa, ajoute son frère. Puis il est retourné en Libye, dans l’armée de l’air, et au Yémen du Nord, comme instructeur. Ensuite, en 1993, il s’est installé à Damas. Je le voyais souvent. »
En 2002, les autorités syriennes le jettent en prison, pour appartenance à un groupe islamiste interdit et préparation d’attentats. Il y restera trois ans. Au cours de la même période, il est condamné à mort en Jordanie, par contumace, pour avoir participé à l’organisation de l’assassinat, en 2002 à Amman, du diplomate américain Laurence Foley.
Libéré en 2005, il vient au Liban, où il dirige un bureau du groupe Fateh-Intifada dans le camp de Chatila (Beyrouth). Mais quelques mois plus tard, il choisit la voie de l’islamisme radical et s’installe avec une centaine d’hommes bien armés en lisière du camp de Nahr el-Bared (Tripoli). Il annonce la fondation de Fateh el-Islam, aux thèses jihadistes.
Recevant, en mars 2007, des journalistes du New York Times, il fait allégeance à Oussama Ben Laden et leur déclare : « Nous n’avons pas peur d’être qualifiés de terroristes. » Il estime en fait être en droit de prendre pour cibles des civils américains ou israéliens, où qu’ils soient : « Nous avons le droit de le faire, car l’Amérique ne vient-elle pas dans notre région tuer des innocents et des enfants ? C’est notre droit de les frapper dans leurs maisons comme ils nous frappent dans les nôtres. »
Selon son frère, c’est par désespoir et frustration que Chaker el-Absi s’est tourné vers l’islamisme radical. « Nous avons été éduqués dans la religion, mais, comme tout le monde, Chaker s’est tourné vers l’islam radical par frustration, affirme-t-il. Après 60 années d’occupation de la Palestine, que s’est-il passé ? Rien. Les Palestiniens ont essayé de nombreuses voies pour tenter de libérer leur terre : patriotique, nationaliste, marxiste-léniniste, et qu’ont-ils obtenu ? Rien, sinon une immense frustration. Mon frère est l’un d’eux. »
Dans une brève interview diffusée le 26 mai par al-Jazira, Chaker el-Absi, cheveux et barbe poivre et sel, larges lunettes, voix posée, lançait : « Les sunnites du Liban sont l’avant-garde du combat contre les juifs et les Américains. »
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