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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Liban-Syrie, un problème endémique Michel TOUMA

«Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre », souligne le dicton populaire. Et l’on pourrait extrapoler en ajoutant qu’« il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Cela s’applique plus particulièrement à certaines parties de l’opposition qui, par opportunisme politicien, se plaisaient à faire l’impasse sur la véritable contre-offensive syrienne lancée depuis près de deux ans contre le pouvoir souverainiste et sa pierre angulaire, l’Alliance du 14 Mars. Les combats déclenchés le 20 mai dernier au Liban-Nord illustrent parfaitement le fait que c’est bel et bien une guerre en bonne et due forme que Damas mène contre le pays tout entier. Non pas une guerre classique, certes, mais une guerre beaucoup plus pernicieuse, puisqu’elle utilise l’instrument du terrorisme pour exécuter ses plans de sape. Le régime syrien est d’ailleurs passé maître dans l’instrumentalisation systématique du terrorisme à grande échelle pour parvenir à ses fins et mettre en place sa politique hégémonique. Le Premier ministre Fouad Siniora a confirmé à plus d’une reprise ces derniers jours les liens entre Fateh el-Islam et les services syriens. Les autorités concernées, aussi bien judiciaires que sécuritaires, semblent avoir accumulé de nombreuses preuves à cet égard. Ce noyautage entrepris par les SR syriens ne se limiterait pas à l’organisation parachutée à Nahr el-Bared mais il s’étendrait également, selon certaines informations, à d’autres groupuscules fondamentalistes et salafistes implantés notamment à Aïn el-Heloué, tels que Jound el-Cham, ou le Front d’action islamique de Fathi Yakan et le Mouvement de l’Unification islamique (présents essentiellement à Tripoli). L’existence de ces tentacules émanant des bords du Barada n’est évidemment pas une très grande surprise. Les dirigeants syriens ont annoncé la couleur sur ce plan à plusieurs reprises. Le président Bachar el-Assad a été le premier à faire allusion à une implantation de la mouvance d’el-Qaëda au Liban. Sans compter les multiples mises en garde, explicites et publiques, de Damas contre une « irakisation » et une déstabilisation du Liban en cas d’approbation du tribunal international. Les développements de ces dernières semaines et l’éradication dans plus d’une région de cellules terroristes, en toute vraisemblance noyautées par des services syriens, ont apporté la preuve qu’il était illusoire, pour ne pas dire hypocrite, de penser qu’en épargnant politiquement et médiatiquement le régime syrien – comme le fait, à titre d’exemple, le général Michel Aoun – on parviendrait à éviter, ou tout au moins à juguler, les foudres de Damas. « Soit agent, soit ennemi » … Le président-martyr Béchir Gemayel avait résumé par cette formule lapidaire la perception que les dirigeants syriens semblent avoir des rapports avec le pays du Cèdre. Une perception à caractère sécuritaire (sur base d’une approche spécifique aux services de renseignements) qui a débouché en définitive sur la débâcle – prévisible, dans la logique de l’histoire – du printemps 2005. Cette approche propre aux renseignements est venue se greffer à une crise de confiance endémique qui a constamment marqué les relations entre le Liban et la Syrie depuis les premières décennies du siècle dernier, et dont les racines remontent sans doute à la proclamation du Grand Liban, en 1920. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les éditoriaux de Michel Chiha au début des années 50 lorsque le pouvoir syrien de l’époque avait mené une véritable guerre – économique, celle-là – contre le Liban pour se venger de la décision du gouvernement libanais de ne pas s’aligner sur l’option d’économie dirigée prise par Damas. Le ministre Ahmad Fatfat a mis le doigt sur la plaie dans ce cadre et a été plus loin en soulignant, fort à propos, dans sa dernière interview à L’Orient-Le Jour, que l’essence du problème entre la Syrie et nous est quelque part « de nature culturelle ». « Depuis soixante ans, le peuple syrien a été éduqué dans une optique qui a du mal à admettre le système politique libanais, la démocratie, les libertés publiques, le pluralisme », souligne le député de Denniyé. Un groupe de démocrates syriens, conduit par Michel Kilo, a manifestement saisi le fond de la question et a pris la louable et audacieuse initiative de signer la déclaration « Beyrouth-Damas, Damas-Beyrouth », se prononçant pour l’établissement de relations syro-libanaises équilibrées et saines, respectueuses de l’indépendance et de la souveraineté de chacun des deux pays. Cette démarche a valu à ces opposants de se retrouver aujourd’hui en prison, condamnés à de lourdes peines pour « atteinte à la dignité nationale » … Face à ce problème endémique, les diverses fractions politiques et composantes socio-communautaires libanaises se doivent, aujourd’hui plus que jamais, de définir une approche claire et libaniste des rapports avec le voisin syrien, en tenant cette approche à l’écart des calculs politiciens, de manière à couper court au noyautage ourdi par les services sur les bords du Barada. Le Liban est dans une étape fondatrice. Sa raison d’être et ses particularismes sont en jeu. Tous les dossiers doivent donc être grands ouverts. Sans complaisance ni détours. Et loin de tout esprit de compromission.
«Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre », souligne le dicton populaire. Et l’on pourrait extrapoler en ajoutant qu’« il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Cela s’applique plus particulièrement à certaines parties de l’opposition qui, par opportunisme politicien, se plaisaient à faire l’impasse sur la véritable contre-offensive syrienne lancée depuis près de deux ans contre le pouvoir souverainiste et sa pierre angulaire, l’Alliance du 14 Mars. Les combats déclenchés le 20 mai dernier au Liban-Nord illustrent parfaitement le fait que c’est bel et bien une guerre en bonne et due forme que Damas mène contre le pays tout entier. Non pas une guerre classique, certes, mais une guerre beaucoup plus pernicieuse, puisqu’elle utilise l’instrument du terrorisme pour...