On espérait, il y a une trentaine d’années, que la vague d’attentats meurtriers qui endeuillait déjà le pays prendrait un jour fin. Que ces images violentes et barbares ne se répéteraient pas. Que les générations qui nous succéderaient n’auraient pas à les subir.
Des images de guerre, d’explosions, d’incendies, de morts que l’on retire des décombres, de blessés ensanglantés, de femmes qui hurlent, à la recherche de leurs proches, d’habitants hagards qui déversent en direct leur colère sur les écrans télévisés, de politiciens qui utilisent le drame humain pour redorer leur image fanée.
Vains espoirs. L’histoire se répète aujourd’hui. Tragique réalité qui efface d’un trait les rêves d’un Liban meilleur dont hériterait notre jeunesse. Paysages d’apocalypse qui se transposent dans le temps, mais qui, par leur cruauté, se ressemblent tant.
De nouveau, comme il y a trente ans, les Libanais se sentent aujourd’hui traqués comme des rats. La peur au ventre, ils vaquent le matin à leurs occupations professionnelles. Leurs courses, c’est au pas de charge qu’ils les font, en journée, tout en évitant soigneusement les centres commerciaux et les déplacements inutiles. Et puis le soir, ils se calfeutrent chez eux, le plus tôt possible, tout en suppliant leurs jeunes, pas toujours très coopératifs, d’en faire autant. Tout en priant Dieu, le ciel et tous les saints qu’aucune voiture piégée ne viendra endeuiller leur existence, celle de leurs proches, celle de leurs compatriotes.
Plus de lèche-vitrine, ni de pause-café pour les femmes, plus de flâneries ni de cinémas pour les ados, plus de boîtes de nuit ou de pubs pour les jeunes, plus de restaurants ou de loisirs pour les autres. Adieux réceptions fastes, pièces de théâtre, conférences et expositions. Même les dîners intimes en appartements, entre copains de longue date, sont remis sine die.
Les Libanais ont tout simplement décidé de faire une pause, le temps que se termine la série noire des attentats. Ils se contentent de se rendre au travail, si travail il y a. Y a qu’à voir les routes, presque vides, même durant les heures de pointe.
S’étant résignés jusque-là à envoyer leurs enfants à l’école, malgré leurs appréhensions sans cesse grandissantes, c’est avec un immense soulagement qu’ils accueillent la décision des établissements éducatifs d’écourter l’année scolaire et de charcuter les examens de fin d’année.
Car la rumeur aidant, chacun voyait déjà les écoles comme la prochaine cible de la folie meurtrière des assassins.
Espoirs déçus d’un Liban pacifié. Faudra-t-il attendre encore trente autres années pour que ce rêve devienne enfin réalité ?
Anne-Marie EL-HAGE
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