Vingt-troisième semaine de 2007.
L’Alliance du 14 Mars, au pouvoir depuis bientôt deux ans, est en guerre pour la reconstruction de l’État, et cette guerre se joue sur quatre fronts : contre le terrorisme (à Nahr el-Bared et ailleurs, partout où un attentat est commis), pour l’avènement de la vérité et de la justice (le tribunal spécial), pour l’assise de la souveraineté et de l’indépendance (la résolution 1701, les relations diplomatiques et le tracé des frontières avec Damas) et pour la résurrection économique (Paris III). L’Alliance du 14 Mars mène ces combats menottée, bâillonnée et sans la moindre aide de ses partenaires nationaux, sans la moindre union sacrée ; pire, ce n’est que peaux de banane et autres obstacles en tous genres : gouvernement réduit à son expression minimale, Parlement kidnappé et scellé, présidence de la République ectoplasmique, cœur de ville annexé, etc.
Le Liban est en guerre : aucune neutralité ne peut être admise, même pas comprise ; chaque Libanais est tenu de choisir son camp et c’est ensuite, une fois les batailles gagnées, que la demande de comptes, que les critiques deviennent autorisées, souhaitées, encouragées. Avant la démission des ministres chiites et lahoudien du cabinet Siniora, l’Alliance du 14 Mars, dont les idées et la vision sont venues se greffer sur celles que nous avons défendues pendant des décennies, bec et ongles, depuis l’an 2000, cette Alliance du 14 Mars était constamment critiquée, dans ces mêmes colonnes, pour sa mollesse, ses tergiversations, sa frilosité, son incapacité à agir en tant que majorité. Mais une fois le pays et ses institutions pris en otages par l’opposition, la critique de la majorité est devenue hors sujet : on ne réprimande pas, on ne peut pas réprouver ou fustiger, et encore moins sanctionner une équipe empêchée de travailler, à laquelle il a été interdit de faire ses preuves ; une équipe corsetée, coincée, acculée, anticonstitutionnellement et d’une manière absolument antidémocratique, à simplement réagir.
Et pourtant, il y a en ce moment un on ne sait quoi dans l’air, une espèce de signal, des odeurs de roussi qui font peur ; il y a, en ce moment, une question, celle de savoir si la majorité entend voler à l’opposition le trophée de la bêtise politique. Ce n’est pas maintenant que ce gouvernement vient de montrer qu’il a été, à beaucoup de niveaux, bien plus loin dans sa lutte pour la reconstruction de l’État que pratiquement toutes les équipes qui l’ont précédé, maintenant que des batailles sont remportées haut la main ; ce n’est pas maintenant que l’opposition se retrouve plus disloquée, plus divisée que jamais sur bon nombre de questions éminemment stratégiques ; ce n’est pas après tout cela que la majorité va maintenant flancher, se scinder, laisser des considérations tactiques avoir raison de la belle cohésion, du bon sens et de l’entente parfaite sur les dossiers quintessentiels qu’elle affiche depuis deux ans. Ce n’est pas maintenant qu’elle va abdiquer.
Chacun des ténors de l’Alliance du 14 Mars doit savoir, et sait pertinemment, que c’est du cœur de cette alliance qu’il tire sa force ; chacun sait qu’il lui suffit de la quitter, de faire bande à part pour totalement s’autodissoudre. Jusqu’à nouvel ordre, c’est comme ça, et pas autrement : l’Alliance du 14 Mars est une matrice, une idée certaine du Liban, un placenta nourricier, le quitterait-on que l’on crèverait. Et c’est fortes de cette réalité que les différentes composantes de la majorité doivent envisager le dialogue parisien ; c’est armées d’un plan commun, dont leur vision commune a nécessairement besoin pour se traduire en actes, en gestes clairs, qu’elles doivent attaquer ce nouveau, ce singulier mais bienvenu round de discussions libano-libanaises initié par un super Kouchner (seul problème : on ne comprend pas très bien encore la présence d’interlocuteurs syriens, iraniens ou saoudiens à la Celle Saint-Cloud…).
Irait-elle en France désarmée, désunie, désorientée et désordonnée, se détacherait-elle de cet incontournable package deal que cette majorité finirait par lasser les derniers de ses défenseurs et prouverait à ceux qui l’annoncent depuis des mois qu’elle n’est définitivement pas à la hauteur.
Ziyad MAKHOUL
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L’Alliance du 14 Mars, au pouvoir depuis bientôt deux ans, est en guerre pour la reconstruction de l’État, et cette guerre se joue sur quatre fronts : contre le terrorisme (à Nahr el-Bared et ailleurs, partout où un attentat est commis), pour l’avènement de la vérité et de la justice (le tribunal spécial), pour l’assise de la souveraineté et de l’indépendance (la résolution 1701, les relations diplomatiques et le tracé des frontières avec Damas) et pour la résurrection économique (Paris III). L’Alliance du 14 Mars mène ces combats menottée, bâillonnée et sans la moindre aide de ses partenaires nationaux, sans la moindre union sacrée ; pire, ce n’est que peaux de banane et autres obstacles en tous genres : gouvernement réduit à son expression minimale, Parlement...