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Actualités - Opinion

IMPRESSION Patrie

« Naître dans une terre ne signifie rien », disait Garcia-Marquez. C’est mourir quelque part, y être enseveli, qui donne un sens à l’appartenance. La terre a besoin de cet échange organique entre nos corps et sa fange. Elle n’accorde les racines qu’à ce prix. À ce prix, nos réveils ont un goût de cendre. Chaque jour qui se lève nous laisse l’impression d’avoir dormi dans un roncier. Étrangement, le soleil resplendit au-dehors et la mer ouvre des bras de nourrice. Une brise lénifiante murmure que tout va bien. La patrie déploie ses sortilèges. Mais très vite les rumeurs de la rue deviennent insupportables. Sirènes, Klaxon, ronflements de moteurs, claquements de portes, bruits de chantiers, vociférations des marchands de pastèques, interjections des voisines de balcon à balcon… On en étranglerait les fauteurs à mains nues. Elle se f… de nous la patrie. Depuis le temps qu’elle nous promet des jours meilleurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un facteur nouveau nous fasse payer nos racines. On veut nous mettre à genoux, disent les porte-parole ployés sous le fardeau des mots. Soit, mais devant quelle idole ? Pire que la terreur, la confusion. Sous le règne de ce chaos mental, le plus douloureux est de ne pouvoir donner visage à l’ennemi, ni entrevoir la sortie du tunnel, ni comprendre en échange de quoi nos vies sont données en pâture. Quand la guerre s’est profilée dans ma propre enfance, j’ai vu mes amis partir en un été. La fermeture précoce des écoles risque de provoquer le même phénomène. Comme en 75, il y aura d’un côté les racines et de l’autre les ailes. D’un côté, les sédentaires, les gardiens du temple guettés par tous les prédateurs, de l’autre les nomades, les sans passé, les sans lien, les pleins d’avenir. Ils s’envieront les uns les autres, mais vus de loin, ils seront également pathétiques. Cette terre est décidément insatiable. Fifi Abou Dib
« Naître dans une terre ne signifie rien », disait Garcia-Marquez. C’est mourir quelque part, y être enseveli, qui donne un sens à l’appartenance. La terre a besoin de cet échange organique entre nos corps et sa fange. Elle n’accorde les racines qu’à ce prix.
À ce prix, nos réveils ont un goût de cendre. Chaque jour qui se lève nous laisse l’impression d’avoir dormi dans un roncier. Étrangement, le soleil resplendit au-dehors et la mer ouvre des bras de nourrice. Une brise lénifiante murmure que tout va bien. La patrie déploie ses sortilèges. Mais très vite les rumeurs de la rue deviennent insupportables. Sirènes, Klaxon, ronflements de moteurs, claquements de portes, bruits de chantiers, vociférations des marchands de pastèques, interjections des voisines de balcon à balcon… On en étranglerait les...