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Le dottore D’Alema soit loué, qui nous vient de Damas porteur d’éléments encourageants et utiles dont il a aussitôt fait part au Premier ministre Siniora. Par les temps qui courent, toute bonne nouvelle est évidemment la bienvenue. Mais en attendant d’en savoir plus, on se bornera à espérer que le ministre italien des AE, comme tant d’autres avant lui, comme son propre chef de gouvernement Romano Prodi, n’aura pas seulement pris ses souhaits – sans le moindre doute sincères – pour la réalité. Qu’il ne se sera pas laissé bercer – et berner – par des propos lénifiants qui ne coûtent rien à leurs auteurs et qui tranchent avec les faits, avec les actes, avec ce comportement hostile et déstabilisateur observé sur le terrain. Car c’est de Syrie que n’ont cessé d’affluer, ces deux dernières années, toutes sortes de bandes armées. C’est encore de Syrie, où il fut emprisonné quelque temps, que nous a été réexporté – avec des centaines de ses fidèles – le chef de ce Fateh el-Islam qui, non content d’agresser sauvagement l’armée, a entrepris une vaste campagne d’attentats terroristes. Et c’est toujours de Syrie que se poursuit de plus belle l’envoi, à destination de camps d’entraînement dans la Békaa, de renforts destinés à alimenter tous les combats, à l’exclusion de la libération de la Palestine. Le plus fort cependant, c’est que toutes ces démonstrations de mauvais voisinage surviennent au moment précis où une commission spéciale de l’ONU œuvre à évaluer scientifiquement la situation tout le long de nos 373 kilomètres de frontière avec la Syrie : cela en vue de mettre sur pied un système moderne permettant de contrôler enfin la bonne centaine de voies de passage (en comptant les chemins muletiers et la tristement célèbre piste Arafat !), qui perdurent et prospèrent en toute illégalité, entre les deux pays. Autant de désinvolture ne devrait pas trop étonner de la part de Damas, le bel optimisme de Massimo D’Alema dût-il en souffrir. À ce jour en effet, le régime baassiste n’a pas encore compris à quel point le monde a changé depuis que s’est déclaré le fléau du terrorisme, depuis que notre pays agressé dans sa chair a bénéficié d’une vaste et miraculeuse sollicitude internationale : depuis, aussi, que tout un arsenal de gadgets électroniques a remplacé les bonnes vieilles jumelles d’antan. Non, on n’est plus en 1958, lorsqu’une première commission onusienne, arrivée à la suite d’une plainte libanaise contre la République arabe unie (Égypte-Syrie), finissait par déclarer forfait, par nier la plus criante des évidences. Mais de constater le mal cette fois, de le dénoncer aussi, ne suffira probablement pas à enrayer une subversion tous azimuts érigée, à Damas, en suprême stratégie de défense face à cette justice internationale qui vient tout juste de voir le jour. La Syrie se refuse toujours, dans les faits, ne serait-ce qu’à une délimitation de la frontière. Elle menace de boucler carrément celle-ci face au mouvement des personnes et des marchandises si une force de surveillance internationale y était déployée du côté libanais. Et dans le même temps, tout a été fait pour éparpiller, en missions urgentes et absolument inattendues, le déjà modeste potentiel militaire proprement libanais. Quinze mille soldats libanais stationnent ainsi au Liban-Sud libéré en 2000, réoccupé l’an dernier dans le cadre d’une très hypothétique (et néanmoins décrétée divine !) victoire, et puis miraculeusement libéré à nouveau par le seul effet des volontés internationales rameutées par le gouvernement de Beyrouth. Des milliers d’autres sont engagés depuis plus de deux semaines dans de durs combats à Nahr el-Bared, dans le Nord, ou bien doivent faire face à des débuts de contagion dans les autres camps palestiniens, notamment à Saïda. Des milliers d’autres encore patrouillent dans les villes et sur les routes pour tenter d’enrayer une criminelle vague d’attentats à la bombe. Et, comble de l’absurde, de précieuses unités continuent de prendre racine dans le centre de la capitale pour servir de tampon protecteur à un vain et ridicule sit-in vieux de sept mois déjà, auquel ne participent plus qu’une poignée de désœuvrés. C’est dire à quel point peuvent paraître incongrues les exigences politiques que persiste à brandir l’opposition, maintenant qu’il y va de l’essentiel : c’est-à-dire du droit de vivre en sécurité de tous les Libanais, toutes confessions et affiliations confondues. Il n’est pour s’en convaincre que de s’attarder un moment sur tous ces regards désormais éteints, sur tous ces visages juvéniles de militaires martyrs – des Mohammad, des Ali et des Antoine – que publie quotidiennement la presse. Ils sont tombés parce que d’aucuns dénient ce même droit – et jusqu’à celui d’exister – à un Liban pluraliste, et en cela différent de tout ce qui l’entoure. Omettre de dénoncer l’agression sans détour, sans faux-fuyant, sans précautions de style à la Ponce Pilate et autres références à des lignes rouges, s’obstiner à chicaner sur le superflu, c’est poignarder ces martyrs dans le dos. P.-S. - La vie continue ! Voilà bien la meilleure manière de relever le défi de la terreur qui s’acharne à attenter à la vie, aux biens et à la capacité de résistance des Libanais. Il reste que l’hymne à la vie ne devrait en aucun cas exclure le savoir-vivre le plus élémentaire. Les pubs et les bars pleins à craquer malgré la tension ambiante, c’est formidable bien sûr. Ce qui ne l’est pas du tout, en revanche, c’est cette débauche de feux d’artifice et autres déflagrations nocturnes tels ceux qui, deux soirées de suite durant le week-end dernier, ont ponctué l’inauguration d’un super night-club, mettant en émoi nombre d’habitants du Grand-Beyrouth. Ces simulacres de canonnade, c’est suprêmement indélicat vis-à-vis des citoyens vivant littéralement sur leurs nerfs. C’est franchement indécent surtout, à l’heure où la troupe endure quotidiennement les feux de la subversion armée. Des feux qui ne s’embarrassent, eux, d’aucun artifice.  Issa GORAIEB

Le dottore D’Alema soit loué, qui nous vient de Damas porteur d’éléments encourageants et utiles dont il a aussitôt fait part au Premier ministre Siniora. Par les temps qui courent, toute bonne nouvelle est évidemment la bienvenue. Mais en attendant d’en savoir plus, on se bornera à espérer que le ministre italien des AE, comme tant d’autres avant lui, comme son propre chef de gouvernement Romano Prodi, n’aura pas seulement pris ses souhaits – sans le moindre doute sincères – pour la réalité. Qu’il ne se sera pas laissé bercer – et berner – par des propos lénifiants qui ne coûtent rien à leurs auteurs et qui tranchent avec les faits, avec les actes, avec ce comportement hostile et déstabilisateur observé sur le terrain.
Car c’est de Syrie que n’ont cessé d’affluer, ces deux dernières...