Le Liban est obligé de se battre contre son histoire, certes, mais plus encore contre sa géographie. C’est Sisyphe jusqu’au bout de l’enfer, et le combat est éternel : avoir Israël et la Syrie comme uniques voisins est en effet cette malédiction inouïe que seule une fermeture définitive et hermétique des frontières peut inverser. C’est totalement impossible. Bien sûr. Alors, ce pays se transforme d’heure en heure en une terre d’asile, en un terrain de jeu pour pratiquement toute la tourbe et tous les rebuts du terrorisme planétaire. Le régime syrien se charge volontiers de chorégraphier cette danse de mort et utilise pour cela la passoire syro-libanaise : la commission onusienne de surveillance des frontières, actuellement en mission au Liban, est décidément très gâtée.
Sauf que cette commission nouveau-née, encore balbutiante, va retourner à New York bien moins légère qu’elle n’est arrivée ; dans sa besace, il y a désormais cette note du Liban à l’adresse de l’ONU : des renforts pour les terroristes s’infiltrent à travers la frontière syrienne. Impériale et impérieuse, cette démarche impose déjà quelques belles répercussions. Et, déjà, elle oblige ; la majorité comme l’opposition.
Une note du Liban à l’ONU contre la Syrie…
Désormais, le Liban est en totale harmonie avec la légalité internationale, et notamment la résolution 1701, n’en déplaise à tous ceux qui, bien au-dessus des lois de leur propre pays, n’ont que faire de celle qui régit la planète. Désormais, la Syrie est traitée comme son bon ami Israël : en ennemie du Liban, à coups de plaintes et autres notifications (des pré-plaintes) aux Nations unies. Encore une fois ça n’a l’air de rien, encore une fois c’est énorme. Le très sympathique Massimo D’Alema a beau croire, le plus sincèrement du monde, aux signes encourageants montrés par le régime baassiste, la sordide réalité de la famille régnante à Damas balaie d’un revers de la main le joli optimisme rital. Il ne peut, il ne pourra y avoir de bonne volonté syrienne, et il serait bien regrettable de se laisser berner par les borborygmes lénifiants des apparatchiks d’un régime dont la seule satisfaction est de transformer les textes des résolutions onusiennes dédiées au Liban en papillotes. Lesquels apparatchiks n’ont pas tardé, pas plus tard qu’hier, à démentir tout lien entre Damas et le binôme Fateh el-Islam/Jound el-Cham et à réaffirmer que le tribunal international ne concerne en rien leur pays.
Une note du Liban à l’ONU contre la Syrie…
Désormais, Michel Aoun doit bannir de son vocabulaire ce constat affolé et affolant, ce La Syrie n’est plus présente au Liban. Désormais, le (bien silencieux) Hezbollah doit choisir : soutenir franchement, clairement, l’armée libanaise et son autorité de tutelle, c’est-à-dire le gouvernement (Siniora en l’occurrence), ou alors rééditer son fameux, son insensé exploit du 8 mars 2005, c’est-à-dire son appui péplumique au régime syrien. Bonne nouvelle : on dirait, jusqu’à nouvel ordre, que le Hezb a opté pour la raison, à défaut du cœur. Suprême ironie : c’est le danger du fondamentalisme sunnite, c’est la carte palestinienne, ce sont les jeux mortifères de Damas qui ont catalysé cette brusque primauté de la libanitude du parti de Dieu sur ses gigantesques affinités syro-iraniennes.
Une note du Liban à l’ONU contre la Syrie…
Désormais la majorité ne peut plus, en aucun cas, reculer. Le gouvernement est ainsi tenu de transformer très vite cette note en plainte, et de proposer très vite à l’opposition un plan destiné à assurer l’entière surveillance de la frontière avec la Syrie. Et ce plan-là passe nécessairement par l’éradication totale des armes palestiniennes hors des camps, et surtout celles du FPLP-CG qui continue de prendre en otage un sacré périmètre de territoire libanais, justement à la frontière syrienne. Ce plan en question passe aussi par un anti-accord du Caire avec le Fateh et le Hamas : s’il doit y avoir des armes dans les camps, c’est à eux d’en assumer l’entière responsabilité, après qu’ils aient drastiquement balayé devant leurs portes et fait (tout) le ménage.
C’est drôle : cette urgence d’en finir avec les armes palestiniennes hors des camps était l’un des cinq points sur lesquels l’ensemble des leaders libanais s’étaient entendus pendant ces fumeuses séances de dialogue national ; séances que l’opposition a décidé purement et simplement de rayer de l’histoire du Liban. Si, si…
C’est malin : au dix-huitième jour de la guerre contre le terrorisme entamée par le gouvernement Siniora et après les attentats d’Achrafieh, de Verdun, de Aley et de Sedd el-Bauchrieh, il reste cette sensation, encore diffuse, encore fugace… Que ce nouveau scénario destiné à mater le Liban et/ou à y installer le chaos, comme les précédents (le meurtre de Hariri, les autres assassinats ou tentatives d’assassinat, les attentats, les menaces contre la Finul, la paralysie de la vie politique, etc.), que cette nouvelle et monumentale bêtise vont très vite se retourner contre leur auteur. Et contribuer à la reconstruction du Liban, de son État.
À moins, naturellement, qu’il y ait des Libanais qui préféreront à cela une suicidaire régression. Des Libanais amateurs fous de chaos.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Liban est obligé de se battre contre son histoire, certes, mais plus encore contre sa géographie. C’est Sisyphe jusqu’au bout de l’enfer, et le combat est éternel : avoir Israël et la Syrie comme uniques voisins est en effet cette malédiction inouïe que seule une fermeture définitive et hermétique des frontières peut inverser. C’est totalement impossible. Bien sûr. Alors, ce pays se transforme d’heure en heure en une terre d’asile, en un terrain de jeu pour pratiquement toute la tourbe et tous les rebuts du terrorisme planétaire. Le régime syrien se charge volontiers de chorégraphier cette danse de mort et utilise pour cela la passoire syro-libanaise : la commission onusienne de surveillance des frontières, actuellement en mission au Liban, est décidément très gâtée.
Sauf que cette commission...