Que cela soit clair, d’emblée : il n’existe pas de guerre libano-palestinienne.
Nahr el-Bared est un terrain d’affrontements entre l’armée libanaise, d’une part, et des milices islamistes qui dépendent de la volonté syrienne, milices qui souhaitent déstabiliser le Liban, d’autre part.
Il s’agit là d’une évidence et non d’une analyse politique.
Toutefois, cette évidence ne devrait pas nous empêcher de soulever le problème des camps des réfugiés palestiniens au Liban.
Pendant la période de la mainmise syrienne sur le pays, les relations entre l’État libanais et les camps de réfugiés palestiniens étaient totalement contrôlées par le pouvoir syrien.
Il était donc quasi impossible de débattre à cœur ouvert des relations libano-palestiniennes.
Cette « régulation » syrienne est devenue plus sévère après les accords d’Oslo, en 1993, entre l’OLP et l’État d’Israël.
Ces accords étaient perçus par le régime syrien comme une volonté palestinienne de régler ses propres problèmes sans tenir compte des intérêts des pays arabes encore impliqués dans le conflit arabo-israélien.
Le régime syrien n’avait pas pardonné à Yasser Arafat sa tendance indépendantiste.
Par ailleurs, la participation palestinienne à la guerre civile a laissé des séquelles traumatisantes au niveau de la société libanaise.
Aucune forme de prise de contact entre Libanais et Palestiniens n’était possible malgré le poids et le danger que représente la question palestinienne pour les Libanais.
Nous nous sommes contentés de pratiquer la politique de l’autruche à leur égard et nous étions en quelque sorte contents que « d’autres » les prennent en charge.
De temps en temps, à l’occasion d’événements sanglants, comme celui de l’assassinat des quatre juges à Saïda, nous revenions à nos anciens réflexes en prenant toutefois toutes les précautions possibles afin de ne pas réveiller les vieux démons.
Depuis le 14 mars 2005, les Libanais ont été invités à prendre en charge leur propre destin. Retarder le problème des camps palestiniens est inutile et même néfaste.
Le gouvernement Siniora avait commencé à se pencher sur la question d’une manière assez timide. Nous avons tous assisté à la visite ministérielle des camps de réfugiés, qui manifestait clairement la volonté du gouvernement d’améliorer les conditions de vie des camps.
Nous avons tous applaudi à la désignation de l’ambassadeur Mekkawi à la tête d’une délégation libanaise officielle, qui aurait pour tâche d’entamer un dialogue concernant la présence des réfugiés au Liban.
Ces démarches étaient bénéfiques, mais non pas suffisantes.
La cascade des événements politiques et sécuritaires que le Liban a vécus depuis l’assassinat de Rafic Hariri ainsi que la volonté syrienne de manipuler les camps dans une optique de déstabilisation interne ont fait que les mesures prises par le gouvernement Siniora se sont avérées insuffisantes.
L’initiation d’un dialogue libano-palestinien s’est imposée de facto après les évènements sanglants de Tripoli et de Nahr el-Bared. Il y aura un « avant » et un « après » Nahr el-Bared dans la mémoire collective des Libanais.
Les responsables politiques ne peuvent plus occulter ce problème, le retarder sous couvert que d’autres priorités s’imposent.
Par ailleurs, les conditions politiques intérieures, régionales et internationales n’ont jamais été par le passé aussi favorables qu’elles le sont aujourd’hui.
L’islam libanais sunnite, après les accords de Taëf, après le 14 mars, considère que l’armée libanaise officielle est l’armée de tous les Libanais, alors qu’en 1975, les sunnites favorisaient l’OLP au détriment de l’armée de Yarzé.
Les chrétiens du Liban n’en demandent pas plus.
Le Hezbollah et son allié Michel Aoun sont pris entre deux feux, celui du soutien à l’armée, d’une part, et celui de la peur de la performance de ses éléments, de l’autre.
La performance de l’armée est certaine, aucune force locale ne peut douter de son efficacité.
Sur le plan arabe aussi, les choses ont complètement changé en faveur de la petite République libanaise.
En 1975, les capitales arabes soutenaient l’idée de concentrer les violences au Liban afin d’épargner leurs propres pays. Aujourd’hui, le roi d’Arabie, le roi de Jordanie, l’Égypte ainsi que le monde arabe dans sa majorité appuient l’idée d’un Liban souverain.
Sur le plan international, nous sommes passés d’une extrême à une autre.
En 1973, Henry Kissinger, alors ministre des Affaires étrangères, avait été reçu à Chtaura pour des raisons qui relevaient de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth, lequel dépendait largement de la volonté de Abou Ammar. L’Occident prônait alors l’idée qu’une déflagration au Liban pouvait ouvrir des possibilités pour le peuple palestinien.
Aujourd’hui, l’armée libanaise et le gouvernement Siniora sont appuyés par l’Occident, qui considère que la stabilité du Liban représente un facteur essentiel pour la stabilité du monde arabe et de la communauté internationale.
Pour toutes ces raisons, il est indispensable qu’un dialogue palestino-libanais soit mis en place.
Toutes les composantes de la société libanaise doivent y participer.
Les Palestiniens eux-mêmes ont changé de position après les accords d’Oslo ; ils ne considèrent plus que le Liban représente pour eux un point de départ pour les commandos de fedayine contre Israël.
Abbas Zaki, Abou Mazen, Hicham Dibsi et d’autres s’efforcent de réduire les séquelles héritées des années de plomb.
En 2003, à l’hôtel Commodore, ils ont avoué leurs fautes à l’égard des Libanais. Il ne faut pas rater cette occasion en or.
Les ennemis du Liban restent puissants. Il ne faut pas leur laisser l’occasion de manipuler la misère et le désespoir du peuple palestinien réfugié au Liban.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Que cela soit clair, d’emblée : il n’existe pas de guerre libano-palestinienne.
Nahr el-Bared est un terrain d’affrontements entre l’armée libanaise, d’une part, et des milices islamistes qui dépendent de la volonté syrienne, milices qui souhaitent déstabiliser le Liban, d’autre part.
Il s’agit là d’une évidence et non d’une analyse politique.
Toutefois, cette évidence ne devrait pas nous empêcher de soulever le problème des camps des réfugiés palestiniens au Liban.
Pendant la période de la mainmise syrienne sur le pays, les relations entre l’État libanais et les camps de réfugiés palestiniens étaient totalement contrôlées par le pouvoir syrien.
Il était donc quasi impossible de débattre à cœur ouvert des relations libano-palestiniennes.
Cette « régulation » syrienne est devenue plus...