Le jeu de Fateh el-Islam est bien caché. Sommes-nous en présence d’une seule dimension ou de plusieurs de la lutte contre les ténèbres ? Quelle importance ? En tout cas, c’est contre les ténèbres que nous luttons, qu’elles soient religieuses ou politiques. Il y a même une troisième ténèbre contre laquelle nous luttons, mais Fateh el-Islam n’a rien à y voir.
Contre la première ténèbre, religieuse, l’arme par excellence, c’est la tolérance. Contre le despotisme de la lettre, notre arme de choix est l’acceptation de l’autre, ce qui, traduit en termes politiques, donne pluralisme.
Quel rôle doit jouer l’armée, contre la première forme d’obscurantisme ? Certes, l’armée est, par excellence, une force de frappe, mais elle est aussi instrument de défense et, s’il est vrai que si l’on veut la paix, il faut préparer la guerre, il est également vrai qu’opposer la violence à la violence, le fanatisme au fanatisme, c’est faire le jeu de l’ennemi, qui souhaite cette escalade, dont il peut profiter pour étaler ses bombes.
On ne saurait opposer meilleure arme à ce fanatisme que la sagesse de ne pas confondre victoire et coup d’éclat. Nous sommes en présence d’une guerre qui n’est pas conventionnelle et les armes, la stratégie pour la mettre en échec ne doivent pas être conventionnelles. Guérilla pour guérilla, l’armée pourrait choisir de combattre le mal par le mal, à doses homéopathiques. Il s’agirait, en somme, de la forme de guérilla que pourrait se permettre une armée régulière. Un de ses grands avantages est la possibilité d’épargner ainsi la population de Nahr el-Bared.
Deuxième ténèbre, la ténèbre politique. Celle en faveur de laquelle un référendum vient d’être organisé. En combattant ces ténèbres, il faut savoir que ce ne sont pas contre des hommes et des femmes que l’on se bat, mais contre un système clos et, le proche avenir le montrera peut-être, tyrannique et criminel.
Pour combattre ces ténèbres, nous disposons de la démocratie. Encore faut-il mesurer les années-lumière qui nous en séparent. Mais enfin, le chemin est tout tracé. Il signifie, notamment, séparation des pouvoirs, liberté d’expression et de croyance, liberté de la presse, etc.
Dans cette lutte, l’armée reste toujours quelles que soient les tentations, soumise à l’autorité politique et soucieuse de la servir au mieux de ses moyens. Jusqu’à l’abnégation.
La troisième ténèbre, c’est celle qui est tapie en nous, individus ou sociétés. Cette ténèbre nous suit comme une ombre. On ne s’en détache jamais tout à fait. C’est ce qu’en islam on appelle le « jihad intérieur ». En termes sociaux et politiques, c’est cette entropie qui, chaque fois que nous nous relâchons, chaque fois que nous choisissons la loi du moindre effort, nous ramène en arrière, nous empêche de prévoir pour gouverner. Contre cette ténèbre, il y a les Lumières et, quand elles n’éclairent plus, il y a la grâce. Et Fateh el-Islam est déjà bien loin.
Fady NOUN
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