Ce jour, nous l’attendions depuis le 14 février 2005… Depuis le 22 novembre 1989… Le 14 septembre 1982… Le 16 mars 1977… Nous l’attendions depuis toujours.
Après ce jour, l’histoire de l’humanité confirmera que dans l’éternelle compétition entre la justice et les assassins, il arrive quelquefois à la première de prendre le dessus.
Mais pour un pays particulièrement meurtri comme le Liban, pour une portion de la planète livrée depuis des décennies aux agissements toujours impunis d’odieuses dictatures, le vote intervenu hier à l’ONU est une sacrée nouveauté. À un point tel que de nombreux Libanais, habitués à être si souvent floués par l’histoire, ne parviennent pas à y croire.
Certes, la course est loin d’être achevée. Le chemin pour la mise en place effective du tribunal et surtout pour la proclamation des sentences est encore long, sinueux et semé d’embûches. Mais si les embûches suffisaient pour dévier le parcours vers la justice, il y a longtemps qu’il l’aurait été.
Tout a été fait et tout est fait encore à cet instant pour entraver, retarder, voire empêcher que ce tribunal ne voie le jour. Tout a été dit pour tenter de le discréditer par avance, le présenter comme étant un instrument de basse politique ou simplement dissimuler sa véritable signification et relativiser son importance.
Que les assassins veuillent éviter d’avoir à comparaître devant leurs juges, rien n’est plus normal. Mais le plus pernicieux dans la campagne menée contre le tribunal, ouvertement ou sournoisement, c’est que beaucoup de monde – et du beau monde – y aura finalement contribué. Les invités les plus inattendus se sont joints à la curée. Par calcul politique, par incompréhension des enjeux ou par aveuglement personnel, certains Libanais se sont lentement mais sûrement laissé glisser sur de hasardeuses pentes, pourtant balisées par leur pire ennemi de la veille.
Aux attentats ont succédé d’autres attentats. Après tout, la fuite en avant est bien le propre des dictatures, celles qui prétendent un jour ne pas être concernées par le tribunal, et le lendemain, menacent de brûler la terre si le tribunal est mis en place. C’est une fuite en avant qui ne s’arrêtera que le jour de l’effondrement, de la chute finale.
Trente ans d’impunité totale. Ce qui s’est passé hier à New York est le premier pas pour y mettre un terme. L’engrenage en est lancé, inéluctablement. La suite viendra, demain, après-demain.
En attendant, le Liban vient de remporter une victoire. Une immense victoire aux conséquences locales, régionales et internationales peut-être insoupçonnées. Une victoire que toutes les punitions qu’on nous promet ne réussiront pas à rendre amère.
Un grand homme d’État, rendu il y a quelques jours à la vie privée, peut à présent exprimer tout haut sa fierté d’avoir été le principal artisan de ce succès. Et nous, notre gratitude à son égard.
Merci, Jacques !
Élie FAYAD
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Après ce jour, l’histoire de l’humanité confirmera que dans l’éternelle compétition entre la justice et les assassins, il arrive quelquefois à la première de prendre le dessus.
Mais pour un pays particulièrement meurtri comme le Liban, pour une portion de la planète livrée depuis des décennies aux agissements toujours impunis d’odieuses dictatures, le vote intervenu hier à l’ONU est une sacrée nouveauté. À un point tel que de nombreux Libanais, habitués à être si souvent floués par l’histoire, ne parviennent pas à y croire.
Certes, la course est loin d’être achevée. Le chemin pour la mise en place effective du tribunal et surtout...