À nous la... prison ?
Le verdict est tombé : le peuple libanais est condamné à une peine de prison à durée illimitée.
Nos avocats, et en l’occurrence les divers partis et « amis » du Liban, n’ont rien pu faire. Nos geôliers sont ravis : des détenus traqués, perdus et désœuvrés.
On pourrait faire appel oui, mais ce serait pour une extradition à l’étranger. Alors non, on ne fait pas appel. On reste, on s’accroche, on lutte, on souffre, certes, mais l’amnistie est proche. On attend l’ultime délivrance. On y croit ferme.
Les rôles seront inversés, nos détracteurs incarcérés, nos droits restitués, notre amour-propre retrouvé et notre flamme d’espoir ravivée à jamais.
Paola EL-KHAZEN
La pétition du million
Nous nous souvenons tous de la mobilisation presque générale de tous les médias et partis politiques qui avaient lancé « la pétition du million », avec preuves à l’appui, conférences de presse, photos, banderoles et tout le nécessaire publicitaire. Certains y avaient cru !
Où est-elle, cette pétition, qu’en ont fait les promoteurs, à part exciter un peuple pour rien ? Comment les Libanais ont-ils pu croire à cette mascarade ?
De grâce, pour une fois que nous (le peuple) avions les moyens de faire quelque chose pour ce pays, il convenait de bien le faire. Messieurs les responsables, ne leurrez plus vos partisans ; laissez-les vivre en paix et lavez votre linge sale tout seuls. Pourtant, il y en a d’autres qui travaillent et qui sont mal vus. Prenez exemple.
Fouad A. SALHA
Vent d’est, vent d’ouest
Depuis le retrait syrien, la quasi-totalité de nos politiciens se sont divisés en deux camps : le premier est antisyrien soumis aux États-Unis et à l’Europe, le second est prosyrien et attend les ordres de Damas et de Téhéran. Ce schéma nous rappelle celui des années 75, comme si l’histoire du Liban devrait se réécrire de la même manière mais avec différents acteurs.
Pour certains, le gouvernement libanais a fermé les yeux pour favoriser, au moins indirectement, l’émergence de groupes terroristes tel le mouvement Fateh el-Islam, responsable des attentats de Aïn Alak, dont un activiste a été capturé puis relâché. Pour d’autres, la politique du Hezbollah consiste à aider l’Iran autant que possible dans sa lutte contre l’axe américo-européen tout en essayant de renforcer le rôle de la communauté chiite sur la scène interne. Un fait est sûr : le résultat de cette confrontation entre deux idéologies différentes va être la victimisation du peuple libanais. Entre querelles politiciennes et amitiés, le juste milieu n’existe pas. D’ailleurs a-t-il jamais existé ?
Pourquoi doit-on importer les solutions à nos crises politiques au lieu de les résoudre sans arrière-pensées ni préjugés, en prévalant toujours les intérêts de la nation ? Entre une bise occidentale et une tempête orientale, le pays du Cèdre, fragile de par sa structure multiethnique culturelle et confessionnelle, tend irrésistiblement à s’effriter, à perdre sa souveraineté récemment conquise, à s’autodétruire.
Faouzi EL-RASSI
Vous qui accomplissez des exploits chaque jour...
Je pense à vous qui vous levez tous les matins et ouvrez vos volets sur le jour qui se lève ; vous qui vous habillez avec soin, buvez votre café et composez mentalement votre liste de courses ; vous qui sortez de chez vous, saluez vos voisins, et prenez votre voiture pour vous rendre à votre travail. Je pense à vous qui accompagnez vos enfants à l’école et leur rappelez qu’ils ont un cours de danse ou de judo, vous qui répondez à leurs questions sur le sens du monde qui les entoure, à leurs interrogations sur les métiers qu’ils rêvent d’exercer. Je pense à vous qui organisez des dîners entre amis et dites « À demain » à ceux que vous aimez. Je pense à vous qui aimez, vous mariez, donnez naissance à des enfants, leur donnez la main dans leurs premiers pas. Je pense à vous qui faites tous ces gestes quotidiens, tous ces gestes qui font que la vie continue, que la vie reste possible. Je pense à vous dans chacun de ces gestes qui, mis bout à bout, font une chaîne de personnes debout et, vaille que vaille, solidaires.
Soyez remerciés de tous ces gestes qui, alors que l’histoire de notre pays se remet à bégayer dangereusement, dessinent un horizon du possible. Soyez remerciés de tous ces gestes qui, face au tableau noir du malheur, tracent les contours d’un pays libre et vivant.
Georgia MAKHLOUF
Le führer est bien vivant
(En réponse à l’article de M. Carlos Eddé paru le 25 mai )
Allemagne. Nuremberg. Mai 2007.
Centre de congrès et de documentation nazi. Ambiance oppressante, sombre et noire des années folles de la domination hitlérienne. Les images sont poignantes, mais bien réelles. Elles se détachent des tableaux pendus aux murs lugubres du musée, pour se mêler à mes propres fantômes et souvenirs, d’un Liban ensanglanté et défiguré. Toujours les mêmes scènes, ici ou ailleurs, à jamais maudites, à jamais ancrées. Tout est familier, pourtant si invraisemblable. Ce qu’on a condamné hier revient en force aujourd’hui, sous d’autres formes et d’autres visages, s’immisçant dans les mœurs mêmes de la vie quotidienne, disséminé un peu partout dans le monde. La croix gammée a été remplacée par des emblèmes différents, tout aussi terrifiants. La violence est la même et la folie aussi. « Il » doit avoir cent ans, à présent, ou un peu plus… l’âge de la terre peut-être. Il vit toujours parmi nous et attend incessamment d’être éradiqué. « Fascination et terreur », son credo à jamais banni, a servi aux générations suivantes, pour le dénoncer et ne plus jamais revivre le même cauchemar. Ce qu’on paie par le sang, on n’a plus le droit de l’oublier et de le réitérer, jamais.
Carla ARAMOUNI
Espoirs déçus
À l’approche de l’été, on pourrait penser à la plage, aux festivités, à la gaieté des beaux jours retrouvés, surtout après l’été passé. Pourtant, cette légèreté a laissé place à bien d’autres préoccupations à caractère plus macabre. Quelques jours déjà que les combats à Nahr el-Bared ont commencé. Quelques jours déjà que les bombes destructrices terrorisent la population. Quelques jours seulement et le bilan est effrayant. Quelques jours seulement et les peurs sont ravivées.
Déjà les pays sont au chevet du Liban, qui peine à se remettre de ses plaies depuis trop longtemps béantes. Cicatriseront-elles un jour ? Ce jour paraît si loin ! Combien de fois déjà des réunions au chevet de notre pays malade ont-elles eu lieu ? Combien de fois déjà nous a-t-on fait croire à une rémission, à la guérison ? Serions-nous atteint d’un mal incurable ? Toutes les régions sont devenues des cibles potentielles, et nul ne peut prévoir où le prochain attentat aura lieu, et c’est bien ce qui nourrit et renforce le sentiment de crainte et de peur. Malgré cela, depuis quelques jours, les paris vont bon train sur le ou les prochain(s) lieu(x) où frappera la destruction. Cela montre la force des Libanais, leur envie de vie et surtout leur capacité de survie. Mais la survie n’est-elle pas finalement un blocage à la vie ? Ne nous empêche-t-elle pas d’oser viser d’autres objectifs ? Des objectifs libérateurs qui nous permettraient enfin de vivre et non plus de seulement survivre.
Rana HATEM
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Le verdict est tombé : le peuple libanais est condamné à une peine de prison à durée illimitée.
Nos avocats, et en l’occurrence les divers partis et « amis » du Liban, n’ont rien pu faire. Nos geôliers sont ravis : des détenus traqués, perdus et désœuvrés.
On pourrait faire appel oui, mais ce serait pour une extradition à l’étranger. Alors non, on ne fait pas appel. On reste, on s’accroche, on lutte, on souffre, certes, mais l’amnistie est proche. On attend l’ultime délivrance. On y croit ferme.
Les rôles seront inversés, nos détracteurs incarcérés, nos droits restitués, notre amour-propre retrouvé et notre flamme d’espoir ravivée à jamais.
Paola EL-KHAZEN
La pétition du million
Nous nous souvenons tous de la mobilisation presque générale de tous les...