Tous les Libanais contre l’implantation, c’est-à-dire contre l’intégration définitive des centaines de milliers de réfugiés palestiniens résidant sur notre sol ? On veut bien le croire. Ce credo élémentaire, gage de l’équilibre national, on a néanmoins jugé bon, prudent et même nécessaire de le souligner en toutes lettres dans le préambule de la Constitution. Nulle part ailleurs dans le monde, il n’a fallu préciser de manière aussi solennelle qu’un pays appartient à ses fils, et à ses fils seulement...
Tous vraiment aux côtés de l’armée, dans les opérations qu’elle mène à Nahr el-Bared contre l’organisation Fateh el-Islam qui l’a sauvagement agressée ? Oui et non, hélas. Oui certes, si l’on en croit les déclarations publiques de soutien émanant de l’opposition. Et non, à en juger par l’insistance de celle-ci à présenter l’institution militaire comme la victime non point de terroristes œuvrant ouvertement à la déstabilisation du Liban, mais d’un gouvernement qualifié tantôt de ramassis d’incapables s’accrochant égoïstement au pouvoir et tantôt accusé de machiavélique exécutant d’un complot occidental.
Le procédé est d’autant plus malheureux qu’on assiste en ce moment au retour en force sur la scène des dissensions libanaises – bien que dans un contexte inédit – d’une composante palestinienne traditionnellement assimilée à une bombe à retardement. C’est parce qu’il croyait éviter la guerre que le Liban signait en 1969 les accords du Caire, qui faisaient de l’OLP un véritable État dans l’État. Le seul résultat en a été une guerre de quinze ans. Et si dans un bel élan d’optimisme les autorités se décidaient à abroger cet accord en 1987, elles n’ont jamais été en mesure, depuis, de rétablir leur autorité à l’intérieur des camps de réfugiés : la Syrie y veillait, qui a seulement œuvré à imposer ses hommes à la tête de ces îlots d’insécurité, après en avoir expulsé – par bateaux entiers – les partisans de Yasser Arafat.
De nos jours, il y a absolument de tout dans ces camps. Et pour ne pas changer, Damas (parmi d’autres, et malgré le retrait de ses troupes) y a veillé aussi : le développement le plus alarmant étant l’éclosion de ces groupes intégristes indésirables chez leurs commanditaires ou manipulateurs et qui ne se parent que pour la forme d’une étiquette palestinienne. Toujours est-il que l’affaire de Nahr el-Bared offre une rare opportunité de modifier, ne serait-ce qu’en partie, ce triste état de choses. Car, non seulement se trouve en place un gouvernement souverainiste et résolu, comme l’a réaffirmé hier encore son chef Fouad Siniora, à éradiquer le terrorisme en excluant toute sorte de marché avec les criminels ; non seulement l’armée, troupe et commandement, est tenue de relever le sanglant défi qui lui a été lancé ; mais cette détermination libanaise bénéficie, pour la première fois dans l’histoire, d’un vaste et explicite appui international, singulièrement arabe et même, on arrive à peine à le croire, spécifiquement palestinien.
Voilà qui mériterait bien que l’on aille au-delà de cet équivoque oui mais consenti à une démarche sécuritaire dont le seul objectif, loin de toute considération politique ou politicienne, est de soustraire les citoyens – tous les citoyens – aux atteintes répétées du terrorisme. Sur ce point, s’impose une unanimité plus réelle et tangible, plus crédible, que celle dont on a prétendu affubler la question du tribunal international : lequel, pour notre honte, vient à la vie davantage par la volonté internationale que par celle des Libanais qui s’obstinent à étaler leurs divisions sur fond de mort, d’assassinats et d’attentats, toutes calamités indiscutablement fomentées du dehors.
La politique ce n’est pas tout cela, il faut qu’on le comprenne enfin, s’écriait hier un Bernard Kouchner frémissant d’indignation et de colère et qui, pour sa première mission en tant que patron du Quai d’Orsay, ne pouvait que choisir ce Liban dont il a, souvent dans le passé, partagé les souffrances. Comprendra-t-on, un jour ?
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tous les Libanais contre l’implantation, c’est-à-dire contre l’intégration définitive des centaines de milliers de réfugiés palestiniens résidant sur notre sol ? On veut bien le croire. Ce credo élémentaire, gage de l’équilibre national, on a néanmoins jugé bon, prudent et même nécessaire de le souligner en toutes lettres dans le préambule de la Constitution. Nulle part ailleurs dans le monde, il n’a fallu préciser de manière aussi solennelle qu’un pays appartient à ses fils, et à ses fils seulement...
Tous vraiment aux côtés de l’armée, dans les opérations qu’elle mène à Nahr el-Bared contre l’organisation Fateh el-Islam qui l’a sauvagement agressée ? Oui et non, hélas. Oui certes, si l’on en croit les déclarations publiques de soutien émanant de l’opposition. Et non, à en juger par...