Au général Aoun
Je fais partie de cette génération de guerre qui ne vous a pas connu. Certainement pas par choix, déchirée, loin de son pays, de sa famille, trimant jour et nuit dans un pays hospitalier pour revenir tout investir au Liban de 1993.
Général,
Je n’ai donc aucun préjugé, aucune idée préconçue sur vous, ni sur vos adversaires. Mais en tant que mère patriotique et au nom de toutes les mères, je vous demande d’arrêter ce char qui vous entraîne et nous entraîne tous dans votre sillage. Je ne vous comprends pas. Voilà notre pays qui se noie dans des flots étrangers. Que faites-vous ? Du haut de votre tribune, derrière une ruche de micros, vous le ridiculisez de vos critiques au lieu de tendre une main salvatrice.
Le silence est souvent d’or. Tant que vous adoptez cette attitude destructrice, tant que vous n’essayez pas de sauver par vos actions silencieuses ma patrie qui se noie dans la vase, vous resterez pour toujours leur général et ne serez jamais, jamais, mon général.
G. N. KHAYAT
Le carré d’or
À Solidere, on a créé un carré d’or commercial, image d’un Liban prospère. Tout autour, une bien triste réalité vient toujours se rappeler à nous. Il y a quelques années, les bidonvilles de la misère étaient les précurseurs de la guerre civile…
Actuellement, on retrouve des carrés imparfaits d’ordre politique, du Sérail à la Chambre des députés, en passant par les salles de congrès.
Il est temps de passer de la géométrie schématique à la géographie réelle et humaine. Il nous manque des architectes de terrain pour tracer le consensus politique du pays avant de retracer les axes géopolitiques de ses frontières.
Sami CHALHOUB
Fédération
Aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, le Liban fait face à des ultimatums dont le moindre est la partition. L’issue idéale à notre crise serait la fédération. Cette dernière a été durant la dernière guerre l’objectif pour lequel les chrétiens avaient combattu. Elle a été refusée et présentée par les forces opposantes comme partition et morcellement du pays. L’accord de Taëf a pourtant mentionné la décentralisation poussée du pays, ce qui n’était que la traduction en arabe du mot « fédération ». Cette décentralisation n’a pas eu lieu. Les protagonistes actuels l’assimilent encore une fois à la partition du pays. Nos politiciens n’ont jamais pris la peine d’expliquer au commun des mortels la signification exacte de cette formule. On n’a jamais expliqué que la fédération a été créée dans des pays où des peuples de différentes souches ont choisi de vivre ensemble sous un régime équitable pour tous. Ayant refusé la partition, ces peuples avaient trouvé alors dans la fédération le système idéal qui les a réunis alors que tout tendait à les séparer. Il n’y a pas de doute que la fédération a été l’apanage de peuples démocratiquement très évolués ; elle a été le fruit de longues périodes de luttes et de guerres. Elle a finalement apporté la paix et la prospérité à beaucoup de pays qui comptent aujourd’hui parmi les plus évolués de notre planète.
Toufic KLAT
Cent jours de paix. Pas un de plus !
Et voilà. Au bout de longs mois de discours, de supplications et de tractations, le verdict est tombé : cent jours de paix. Pas un de plus ! Formidable ! Sensationnel ! Incroyable ! Nous, Libanais, avons droit à une trêve de cent jours, pour relever une économie détruite par des années de guerres, cent jours pour effacer le marasme de longs mois de frustration, cent jours pour nous laisser travailler et gagner notre pain quotidien, cent jours pour rebâtir et reconstruire, cent jours pour enfin respirer et profiter de la vie !
Merci, messieurs les dirigeants, pour ce généreux geste. Merci de renoncer à vos propres intérêts au profit de ce peuple que vous défendez si bien. Merci de nous dispenser de vos querelles de chiffonniers et de vos règlements de comptes pour nous laisser un peu respirer. Merci de nous octroyer, l’espace de 100 jours inespérés, un peu de paix et de bonheur ! Quelle grandeur d’âme ! Quelle générosité ! Les dirigeants du monde entier devraient vous citer en exemple ; ils devraient copier vos modèles de principes et de lois. Et pourtant les organismes économiques ont dû batailler pour vous convaincre de laisser les commerçants gagner leur pain quotidien. Ils vous ont suppliés de permettre aux émigrés de revoir leur famille en cette période de vacances, ils vous ont conjurés de permettre aux ouvriers de reconstruire les dégâts causés par la guerre de juillet. Car voyez-vous, messieurs les dirigeants, lorsque ce n’est pas notre chère sœur ou notre voisin envieux qui détruisent notre économie, c’est vous qui vous vous en charger. Ces quelques tentes, mon général, ont quand même paralysé toute une économie (que vous le vouliez ou pas). Elles ont affamé toute une population (qui, elle, n’a pas la chance d’être subventionnée par un État généreux). Elles ont fait fuir toute une jeunesse dégoûtée et révoltée, en quête d’une paix un peu plus longue que cent jours. Mais vous avez raison. C’est à ce prix qu’on combat la corruption, c’est ainsi qu’on châtie un gouvernement corrompu (dont vous ne faites heureusement pas partie), c’est de cette façon que l’on convainc un peuple d’élire un président : par la force et la terreur, et au prix d’énormes sacrifices. Mais qu’importe ! Tout cela est oublié ; nous avons reçu notre cadeau de Noël bien avant terme et nous comptons en profiter, car à cette période-là, les cent jours seront passés et notre trêve aura déjà été enterrée.
Lamia Sfeir DAROUNI
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