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Actualités - Opinion

Terreur à deux bras

Nahr el-Bared – la Rivière du Froid – ne porte pas très bien son nom. À maintes reprises dans le passé, des torrents de lave brûlante ont coulé de ce gros et turbulent camp de réfugiés palestiniens du Liban-Nord. C’est une éruption d’un genre absolument inédit qui s’y produit en ce moment, menaçant de ses flammèches d’autres points du territoire : au point que l’ONU mettait en garde hier contre un effondrement total de la situation. C’est en quelque sorte contre des ombres, des fantômes infiniment dangereux néanmoins, que l’armée est engagée depuis le week-end dernier dans les combats les plus violents, les plus meurtriers qu’elle ait eu à livrer depuis les incidents de Denniyé de l’an 2000. Un électron libre mû par sa propre folie, une excroissance d’el-Qaëda, un groupuscule manipulé par Damas, que ce Fateh el-Islam ? Il est probablement tout cela à la fois. Bien mal nommée, et même deux fois plutôt qu’une, est à son tour cette organisation. Car non contente de dévoyer la religion à des fins criminelles et terroristes, elle n’a absolument rien à voir avec le Fateh, ce père fondateur de la résistance armée à l’occupation. Mieux encore, elle n’a rien de palestinien puisque le gros de ses effectifs est formé de Libanais, Syriens et autres. Fateh el-Islam est même une disgrâce pour les Palestiniens, s’accordent à assurer les divers représentants de cet infortuné peuple qui a déjà fort à faire avec ses guerres intestines et les incessants matraquages israéliens. C’est bien la toute première fois en tout cas que la Palestine officielle se dit prête à aider concrètement, activement les autorités locales à venir à bout de Fateh el-Islam, pour peu seulement que soit sauvegardée la population civile de Nahr el-Bared. C’est bien sûr notre devoir impérieux de Libanais, ayant eu à endurer des barbaries de toutes sortes et de toute provenance, que de veiller à la préservation des vies innocentes. Mais il est de notre devoir aussi de soutenir à bloc une institution militaire cruellement éprouvée ces derniers jours et qui représente le tout dernier vestige unanimement reconnu d’un État éclaté. De l’aider à éradiquer un cancer qui menace l’essence même du Liban pluraliste, voué au dialogue des communautés. Et de manifester cet appui en transcendant tous les clivages, en se gardant de toute surenchère idéologique ou politicienne, à l’heure où le terrorisme de la rue – Verdun hier soir, au lendemain d’Achrafieh – se porte à la rescousse de la subversion armée. On peut bien sûr s’étonner qu’un groupuscule tenu pour aussi marginal et novice que Fateh el-Islam ait pu tranquillement amasser, au fil des mois, une aussi formidable puissance de feu. Il est du droit de tout citoyen de regretter, de même, qu’une descente de police à Tripoli, visant ces fondamentalistes passés casseurs de banque à leurs heures perdues, ait pu susciter une riposte d’une telle ampleur qu’elle a tragiquement pris de court les unités militaires postées dans la région. Ce qu’il est inadmissible de faire en revanche, c’est d’imputer au gouvernement l’entière, l’exclusive responsabilité d’une impuissance, laquelle en réalité devrait faire honte à tous, si seulement était cultivé le respect de la vie humaine : celle des simples citoyens fauchés dans la rue tout autant que des personnages publics. Car on ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas gouverner quand on s’acharne à l’empêcher de gouverner. L’opposition alliée à Damas ne peut pas se lamenter sur la survivance des îlots de non-droit et d’insécurité quand elle prétend réduire à la condition d’îlot la zone d’autorité étatique. Le Hezbollah ne peut pas crédiblement prêcher la primauté du rôle de l’armée quand il conteste âprement à celle-ci le monopole de la détention des armes, quand il s’inquiète de la voir se fourvoyer dans des conflits durables, dans des batailles perdues d’avance. Et le général Michel Aoun ne peut plus crédiblement s’offusquer des afflux d’armes et de combattants à travers la frontière syrienne quand ses partenaires de l’opposition sont revenus sur les consensus de la conférence de dialogue : à leur tête le tribunal international, le contrôle des frontières et le refus de toute présence palestinienne armée hors de l’enceinte des camps. À l’heure où l’ONU s’apprête à rendre au Liban une justice qu’il n’a pu instaurer lui-même, c’est contre le pays tout entier en réalité, contre les Libanais de toutes appartenances que se poursuit et se complète, de Nahr el-Bared à Beyrouth, la plus abjecte des guerres. Les bombes, c’est déjà assez meurtrier. Que l’on épargne donc au peuple les ravages des mots ! Issa GORAIEB
Nahr el-Bared – la Rivière du Froid – ne porte pas très bien son nom. À maintes reprises dans le passé, des torrents de lave brûlante ont coulé de ce gros et turbulent camp de réfugiés palestiniens du Liban-Nord. C’est une éruption d’un genre absolument inédit qui s’y produit en ce moment, menaçant de ses flammèches d’autres points du territoire : au point que l’ONU mettait en garde hier contre un effondrement total de la situation.
C’est en quelque sorte contre des ombres, des fantômes infiniment dangereux néanmoins, que l’armée est engagée depuis le week-end dernier dans les combats les plus violents, les plus meurtriers qu’elle ait eu à livrer depuis les incidents de Denniyé de l’an 2000. Un électron libre mû par sa propre folie, une excroissance d’el-Qaëda, un groupuscule manipulé par...