Le gouvernement Siniora est un ramassis d’incapables juste bons à obéir aux ordres des Occidentaux. Le gouvernement Siniora réunit à lui seul toutes les plaies, toutes les vicissitudes du monde. Le gouvernement Siniora ne laisse pas seulement le pays brûler sans bouger le petit doigt : pendant leur temps libre, les ministres eux-mêmes s’amusent, ici et là, à allumer des feux, surtout devant les malls, surtout à Achrafieh, et à aider les terroristes pyromanes. Les membres du gouvernement Siniora ont aussi un autre hobby, auquel ils s’adonnent volontiers : l’assassinat, à intervalles réguliers, de personnalités de la majorité. Le gouvernement Siniora n’est obsédé que par les armes de la Résistance ; en revanche, il est tellement ravi par les armes palestiniennes hors et dans les camps qu’il interdit à quiconque ne serait-ce que d’en parler. Le gouvernement Siniora est raciste et ingrat : au lieu de favoriser l’Anschluss, il s’entête à vouloir tracer les frontières et ouvrir des ambassades. Le gouvernement Siniora est revanchard, mono-obsessionnel et limite conservateur : au lieu de se résigner, d’accepter la mort de Rafic Hariri et des autres, il exige que justice soit faite par le biais d’un tribunal international. Le gouvernement Siniora n’est pas joueur : il a accéléré la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah en initiant la résolution 1701, basée sur ce fumeux plan en sept points – de plus, il veut mettre un terme aux entrées illégales d’armes et de miliciens par le biais de la passoire libano-syrienne, le méchant ! Le gouvernement Siniora est jaloux et envieux, d’Émile Lahoud d’abord, de Bachar el-Assad surtout : ces deux héritiers de Winston Churchill et de Charles de Gaulle sont bien trop forts, de vrais hommes d’État. Le gouvernement Siniora est un croque-mort ambulant : il envoie ses soldats à la mort, comme ça, parce qu’il en a envie, parce que cela lui plaît. Enfin, le gouvernement Siniora est le casting idéal d’un fulgurant Ocean 14 : les sept milliards et quelques millions de dollars proposés par la communauté internationale dans le cadre de Paris III, il entend bien les voler et s’enfuir ensuite au Brésil.
Sans blague.
Sans blague : le culot du CPL, du Hezbollah et de leurs patrons respectifs a atteint de tels degrés que cela commence à devenir rafraîchissant : un peu d’humour, même à deux sous, dans un monde de brutes n’a jamais fait de mal à personne. Et dire qu’on a compté sur eux pour une opposition saine, constructive, parlementaire, civilisée, nécessaire ; et dire qu’il y a des gens qui continuent de le croire, même, surtout, parmi les plus loyalistes des Libanais, tant les impératifs de la démocratie imposent une telle opposition, tant une majorité au Liban, quelle qu’elle soit, l’actuelle comme n’importe quelle autre, a constamment, urgemment besoin d’être canalisée, surveillée, responsabilisée, sanctionnée. Prétendre au pouvoir alors qu’on a lamentablement échoué dans cette mission presque aussi sacrée qu’est l’opposition : ce n’est plus du culot, c’est une guignolade. Encore que même menotté, garrotté, pris en tenaille et empêché de travailler comme il le fallait, beaucoup, beaucoup de choses peuvent et doivent être reprochées au gouvernement Siniora. Mais pas celles dans lesquelles patauge, et s’embourbe, et se noie, et se dilue cette opposition ridicule.
Sans blague : à moins de dix jours de l’adoption du tribunal international sur des bases éminemment contraignantes, l’explosion de ce groupuscule palestinien, formé notamment de Yéménites, de Bangladais et de Syriens, et celle de la voiture lâchée dans un parking mitoyen de l’ABC n’ont surpris personne. L’objectif est triplement retors : en dehors de l’occupation syrienne, pas de salut ; sans un Exécutif laquais, pas de salut ; et, dans tous les cas, aucune place pour un Liban serein, trait d’union entre Orient et Occident, un Liban de plein emploi, de plein tourisme, de pleine justice, de plein droit, de pleine loi, de plein I Love Life.
Et pourtant, cette triple explosion, celle qui dure encore et qui continue de décimer ces si vaillants boys au Nord, celle qui a secoué une Achrafieh qui n’en peut plus de panser ses blessures et celle de la très huppée Verdun, a ceci de bon qu’elle peut paver la voie à quelque chose de radical, de salutairement et de sainement drastique. Il n’est plus temps aux états d’âme.
À l’incontournable gangrène, il faudra certainement préférer l’amputation. Un : la fermeture définitive des frontières libano-syriennes étant malheureusement quasiment impossible, surtout pour des raisons économiques, il faut donc impérativement en assurer un contrôle minutieux, millimétré et certainement international. Deux : il faut en finir avec Fateh el-Islam jusqu’au dernier de ses membres, pour la guérison et par prévention, il faut annoncer la couleur et anticiper d’autres nouvelles créations syriano-qaëdiennes. Trois : il faut mettre l’opposition et le tandem Fateh-Hamas devant leurs responsabilités ; soit assurer très vite une décision politique nationale, celle d’investir n’importe quel camp palestinien qui serve de refuge aux terroristes prosyriens, soit demander très vite au tandem, au nom du peuple de Palestine, de remplir enfin son devoir de reconnaissance après toutes ces décennies passées sur le sol libanais avec les conséquences que l’on sait, c’est-à-dire de s’occuper lui-même d’éradiquer le virus salafiste. Quatre : un discours à la nation de Fouad Siniora s’impose, en présence de Michel Sleimane qui ne peut pas, qui ne doit pas, après tout ce qu’il a déjà fait de grand, flancher : l’histoire retiendra sa participation à la réédification de l’État sous la houlette du premier cabinet indépendant et libre depuis des lustres. C’est-à-dire le seul, le vraiment seul gouvernement à même d’éviter cette mortelle gangrène. L’autre choix étant le retour à l’occupation syrienne.
Sans blague.
Parce que s’il est une occasion de mettre de côté ses rancœurs et ses fantasmes politiques en faveur d’une impérative, d’une ultime union sacrée, c’est bien celle-là : que Hassan Nasrallah, Michel Aoun et leurs petits poulains d’opposition abandonnent pour quelques jours cette insensée dolce vita dans laquelle ils se vautrent, dans laquelle ils campent, inconscients, depuis le 1er décembre dernier.
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