Vingtième semaine de 2007.
Une trêve de cent jours ? La bonne idée que voilà. Mais c’est quoi une trêve de cent jours ? Et dans quel but serait-elle instaurée, cette délicieuse trêve ? Les acteurs socio-économiques libanais ne sont pas tous des bécasses, des rêveurs – ou alors, cela se saurait. En demandant aux politiques des deux camps de respecter une armistice du 1er juin au 10 septembre, ils ne les appelaient pas simplement à fermer leur gueule, à ne pas lever le ton d’un iota dans les journaux, devant les micros ou les caméras, à dîner ensemble ou regarder Spidey 3 main dans la main. Non : ce à quoi ces hommes et ces femmes ont été exhortés, c’est à œuvrer réellement pour assurer sur le terrain et pas sur le papier seulement une formidable saison touristique et préparer une élection présidentielle à la date prévue, en harmonie avec la Constitution, et en douceur. Il est donc vivement recommandé aux uns et aux autres de créer un climat, d’oxygéner un pays et un peuple. Pas moins… Il n’y a pas de recette miracle : pour que la saison estivale soit optimale, il faut au moins que la volonté existe et que les intentions soient bonnes, mais surtout que les tentes soient levées et que tout soit fait pour éviter la moindre expression TNTeuse de mécontentement syrien ; au mieux que les ministres démissionnaires mettent un terme à leur schizophrénie politique et reprennent leur travail et que tout le monde aille dialoguer au Parlement et, dans le meilleur des mondes, que soient dynamitées les velléités de Damas visant à imposer au Liban, après le 24 novembre, un intersidéral vide institutionnel.
Les acteurs socio-économiques et avec eux presque tous les Libanais ne demandent pas la résolution des conflits de la région en cent jours ; ils veulent le minimum vital. L’opposition peut-elle se permettre ce geste ample, civique, salvateur populaire et finalement pétri de bon sens de lever ses tentes pour cent jours, ou verrait-elle dans ce démontage un nouvel échec après ceux du tribunal (il va être adopté avant la fin du mois sous le chapitre VII), de la chute du gouvernement (d’aucuns avaient prédit que Siniora prendrait ses cliques et ses claques et disparaîtrait avant la fin 2006) ou de la formation d’un cabinet d’union nationale sur la base du 19+11 (on en est bien loin…) ? Il en va ainsi dans ces républiques de seconde zone où la fierté et les apparences priment toujours sur les intérêts nationaux : cette opposition préférera noyer le bébé dans l’eau du bain et couler avec lui plutôt que de reconnaître, comme dans toute démocratie qui se respecte, qu’elle a eu tort, qu’elle a échoué.
Il est rageant de savoir que ces cent jours à venir vont être, sur le plan politique, consacrés à attendre, à débusquer de bien nombreuses inconnues : où, quand et comment pour le tribunal, quid du rapport Brammertz de la mi-juin, et, surtout, comment vont évoluer les rapports irano-occidentaux… Cette opposition est loin d’être bête : elle sait pertinemment que ni les États-Unis, ni la France, ni l’Arabie saoudite, ni l’Iran, ni le Vatican, ni la Russie ne permettraient l’émergence au Liban de deux présidents, deux gouvernements, synonyme immédiat de partition et sans doute de guerre civile. Alors pourquoi s’entêter à refuser le compromis sachant qu’il va bien finir par s’imposer, pourquoi s’entêter à vouloir suicider un pays qui ne tient plus à rien ?
À moins que cela ne s’appelle, finalement, la bêtise…
Ziyad MAKHOUL
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Une trêve de cent jours ? La bonne idée que voilà. Mais c’est quoi une trêve de cent jours ? Et dans quel but serait-elle instaurée, cette délicieuse trêve ? Les acteurs socio-économiques libanais ne sont pas tous des bécasses, des rêveurs – ou alors, cela se saurait. En demandant aux politiques des deux camps de respecter une armistice du 1er juin au 10 septembre, ils ne les appelaient pas simplement à fermer leur gueule, à ne pas lever le ton d’un iota dans les journaux, devant les micros ou les caméras, à dîner ensemble ou regarder Spidey 3 main dans la main. Non : ce à quoi ces hommes et ces femmes ont été exhortés, c’est à œuvrer réellement pour assurer sur le terrain et pas sur le papier seulement une formidable saison touristique et préparer une élection présidentielle...