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Actualités - Opinion

Amende honorable

Le Liban ne sera pas vendu à plus offrant. Les assurances de David Welch qui s’ajoutent, presque dans les mêmes termes, à celles que nous ont déjà prodiguées Condoleezza Rice et Jeffrey Feltman, ressemblent fort à une amende honorable. Pour les erreurs dont les gouvernements américains passés se sont rendus coupables, et dont nous n’avons pas été les seules victimes. Cela dit, la visite de David Welch illustre à merveille le paradoxe de l’ingérence extérieure. Les États-Unis, a dit en substance le responsable américain, veillent à ce qu’aucune ingérence extérieure ne perturbe la transition démocratique au Liban, dont l’élection présidentielle est le prochain épisode. Quelle plus éclatante ingérence que la volonté d’empêcher toute autre ingérence que la sienne ? Mais soyons réalistes, les relations internationales ne sont qu’un jeu d’ingérences déguisées en signes de bonne volonté, tout l’art de l’indépendance des États étant de réussir à instaurer un certain équilibre des ingérences. C’est le jeu auquel, dès les années 50 du siècle dernier, avec la montée en puissance du bloc soviétique, se sont efforcés de jouer les non-alignés, et dans lequel le président Nasser est passé quelque temps maître. Le patriarche Sfeir plaidait voici quelques jours en faveur d’une certaine neutralité du Liban. Une neutralité qui le tiendrait loin des axes régionaux, ou encore à l’abri de leurs pressions, tout en le gardant proche de leurs justes causes. En fait, ce que souhaite le patriarcat maronite, c’est une neutralité qui irait dans le sens du « non-alignement », des termes qui rendent mieux compte d’un projet politique. Le non-alignement indique que l’on est tout aussi engagé que quiconque à l’égard d’une cause, mais que l’on place l’intérêt de son peuple, de son économie, de sa sécurité et de sa démocratie, en premier. L’un des avantages du non-alignement, c’est qu’en s’en réclamant, on se place d’emblée dans un haut lignage politique où figurent des personnalités aussi prestigieuses, habiles et déterminées que l’Égyptien Nasser, l’Indien Nehru ou le Cubain Castro. Certes, au fil des décennies, le non-alignement a par moments été dévoyé par ceux-là mêmes qui s’en réclamaient et a versé dans l’antiaméricanisme systématique. Ce n’est pas de ce non-alignement qu’il s’agit là, mais de celui que tentent d’incarner de grandes nations comme la France, qui cherchent à garder leur indépendance de jugement et d’action, face aux vents d’Outre-Atlantique. C’est dans cet esprit que le non-alignement est souhaitable, au Liban. Le non-alignement, c’est rendre possible la synthèse des contraires. C’est la synthèse adroite qu’on pourrait faire entre le slogan, « Liban d’abord » brandi par la majorité, et la distance nécessaire à prendre à l’égard de toutes les ingérences, qu’elles soient d’Est ou d’Ouest. C’est tirer profit de la tension positive que l’on trouverait entre des intérêts contradictoires pour faire son propre intérêt. Élémentaire, subtil, nécessaire. Dans le profil du futur président de la République, le non-alignement devrait figurer en clair. Le futur président devrait être « à égale distance de tous » – c’est la formule consacrée –, non par son effacement, mais par son habilité à tirer parti de toutes les contradictions, en mettant à profit les vents régionaux et internationaux, pour avancer vers son propre port. Certes, nous ne sommes plus au temps de la guerre froide. Nous sommes dans un monde relativement unipolaire où une superpuissance se mêle de tout. Mais, avec un peu de bonne volonté, même les États-Unis pourront nous être utiles ! Dans les milieux journalistiques, une blague circule en ce moment : « Soyez gentils avec les États-Unis, si vous ne voulez pas qu’ils vous exportent leur démocratie ! » Fady NOUN

Le Liban ne sera pas vendu à plus offrant. Les assurances de David Welch qui s’ajoutent, presque dans les mêmes termes, à celles que nous ont déjà prodiguées Condoleezza Rice et Jeffrey Feltman, ressemblent fort à une amende honorable. Pour les erreurs dont les gouvernements américains passés se sont rendus coupables, et dont nous n’avons pas été les seules victimes.
Cela dit, la visite de David Welch illustre à merveille le paradoxe de l’ingérence extérieure. Les États-Unis, a dit en substance le responsable américain, veillent à ce qu’aucune ingérence extérieure ne perturbe la transition démocratique au Liban, dont l’élection présidentielle est le prochain épisode.
Quelle plus éclatante ingérence que la volonté d’empêcher toute autre ingérence que la sienne ? Mais soyons réalistes, les...