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Actualités - Opinion

De Clemenceau… à Chirac

La politique est l’art du possible, disent des esprits limités. Lui pensait (pense) qu’elle est plutôt celui de rendre possible ce qui est souhaitable. Il lui est arrivé quelquefois de réussir ce pari. Et d’abord sur son propre destin. Tout a été dit sur Jacques Chirac, l’animal politique, l’homme d’État plus à gauche qu’à droite. On a souligné l’absence chez lui de convictions tranchées, l’opportunisme, tout en saluant l’héritier du général de Gaulle, soucieux comme jamais de l’indépendance de la France. Les Guignols ont longtemps cru divertir leur public avec « Super-menteur », dont on a pourtant loué les qualités d’ami fidèle et jovial, l’âme chaleureuse chérissant le contact humain et les bains de foule. Tout et son contraire… Jacques Chirac est probablement tout cela à la fois. Mais pour le moment, il n’est que Jacques Chirac. Clio fera son travail plus tard et statuera sur l’essentiel. En attendant, elle se moque éperdument des jugements instantanés des contemporains. Des images fortes resteront pourtant de ces douze dernières années où Jacques Chirac occupait constamment le devant de la scène au plan international. Le Liban, le Proche-Orient, le monde arabo-islamique, pour se concentrer sur cette partie de la planète, en ont la part belle. De l’esclandre de Jérusalem en 1996 à l’adieu officiel à la dépouille de Yasser Arafat en 2004, de la verte réplique à Silvio Berlusconi, qui avait jugé opportun, au lendemain du 11 septembre 2001, de louer la supériorité de la civilisation occidentale sur la civilisation islamique, au « non » retentissant à George W. Bush sur l’Irak, il y avait plus qu’un style, plus qu’une politique. Il y avait une certaine idée du rôle de la France et surtout une vision profonde, subtile, nuancée, des conflits qui secouent aujourd’hui la planète. Dans un monde complexe mais de plus en plus livré, de part et d’autre, aux théories réductrices, simplistes, manichéennes, cet homme a tenté – presque seul – de trouver des réponses adéquates, nécessairement difficiles : ce faisant, il a paru mitigé, ne suivant ni les uns ni les autres. Il a été incompris à l’est, incompris à l’ouest. Même ses pairs européens se sont montrés souvent incapables de mesurer à leur juste valeur ses idées, ses propositions et ses décisions. Fermeté et tolérance. Ces deux mots ont incarné la politique intérieure et extérieure de Jacques Chirac à un tel point qu’ils ont fini chez lui par aller naturellement de pair, ne jamais paraître antinomiques. Quel homme d’État dans le monde peut-il aujourd’hui se prévaloir d’autant ? Ceux qui, au Liban même et dans la région, se réjouissent un peu hâtivement du départ de Jacques Chirac devraient se montrer plus prudents et voir plus loin que le bout de leur nez. Sans lui, l’Occident compte désormais moins de dirigeants capables de comprendre dans une certaine mesure leurs causes, leurs inquiétudes et leur langage. En France même, un Nicolas Sarkozy à l’Élysée et un Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, tous deux bien mieux éduqués à l’école américaine que ne l’était le président sortant, seront enclins à être plus impatients encore à leur égard. On a reproché à Jacques Chirac sa personnalisation à l’extrême du dossier libanais. Mais qui a jamais dit que la diplomatie ne rimait pas avec les liens personnels, l’amitié entre deux hommes d’État ? L’histoire des relations internationales, depuis la nuit des temps, prouve le contraire. Aucune avancée concrète, aucune grande réussite n’a vu le jour sans un minimum de sympathie réciproque entre dirigeants alliés. Laissons à la place qui leur convient, c’est-à-dire au caniveau, les faciles accusations de transactions financières. Chacun se défend comme il peut et les esprits bornés trouvent rarement d’autre arme que celle-là pour expliquer ce qu’ils ne comprennent pas… ou ce qu’ils n’approuvent pas. Les Libanais se souviendront surtout d’une image : celle du chef d’orchestre virtuose de Paris III, dirigeant à la baguette les représentants des grands de ce monde et sermonnant copieusement ceux d’entre eux qui osaient mesurer leur générosité à l’égard du Liban. C’était le 25 janvier dernier, au moment même où, à Beyrouth, certains optaient pour le suicide. Au-delà de tous les clivages, de tous les camps politiques et de toutes les inepties dites ici et là, il faudra un jour aux Libanais admettre ce qui est une réalité fondamentale : la toute première indépendance libanaise, celle de 1920, avait un parrain français, Georges Clemenceau. Celle de 2005 en a un autre : il s’appelle Jacques Chirac. Élie FAYAD
La politique est l’art du possible, disent des esprits limités. Lui pensait (pense) qu’elle est plutôt celui de rendre possible ce qui est souhaitable. Il lui est arrivé quelquefois de réussir ce pari. Et d’abord sur son propre destin.
Tout a été dit sur Jacques Chirac, l’animal politique, l’homme d’État plus à gauche qu’à droite. On a souligné l’absence chez lui de convictions tranchées, l’opportunisme, tout en saluant l’héritier du général de Gaulle, soucieux comme jamais de l’indépendance de la France. Les Guignols ont longtemps cru divertir leur public avec « Super-menteur », dont on a pourtant loué les qualités d’ami fidèle et jovial, l’âme chaleureuse chérissant le contact humain et les bains de foule.
Tout et son contraire… Jacques Chirac est probablement tout cela à la fois....