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Actualités - Opinion

LE POINT L’électrochoc

Un homme s’est endormi hier soir à l’Élysée, dans les appartements présidentiels, à l’issue d’une journée harassante, véritable et émouvant concentré de l’histoire d’un pays, le sien. Fils d’un immigré hongrois, il aura gravi un à un, tout au long des trois décennies passées, les marches menant à la plus haute charge de l’État. Aujourd’hui, en ce premier jour d’un quinquennat annonciateur peut-être, sans doute, de profonds bouleversements dont, pour l’heure, on ignore la nature, la profondeur, tout Français – et avec lui l’Europe, le monde s’interroge, inquiet et malgré tout le cœur empli d’espoir : de quoi demain sera-t-il fait ? Les quatorze années Mitterrand, comme c’est loin ! Et comment s’empêcher de penser que demain, c’est cette même exclamation qu’inspireront les douze années Chirac ? Plus d’un quart de siècle au cours duquel chacun a eu la pénible impression que la planète, comme prise de folie, s’était mise soudain à tourner plus vite, encore plus vite, au point de nous donner le vertige et de nous inspirer un terrible sentiment d’impuissance face à l’événement sur lequel plus aucune prise n’était possible. La France, elle, avait choisi de s’emmitoufler frileusement dans un faux confort qui avait commencé à gangrener le corps, la ramenant dans le gros peloton des petites-moyennes nations, elle qui avait si longtemps caracolé dans le groupe des géants. 46e sur 55 États dans le monde du travail, 42e en matière d’efficacité dans la bonne gouvernance et les affaires, 28e pour ce qui est de la compétitivité… Les Français eux-mêmes, passés les premiers moments d’irritation, n’en finissaient pas de se gausser de cette fameuse « exception » qui plongeait la balance des paiements dans d’insondables abîmes, aggravait chaque jour davantage la dette publique (passée du simple au quintuple depuis 1980) et le taux de chômage, transformait les banlieues en autant de volcans en éruption avec leur bilan presque quotidien de voitures incendiées, désolant reflet d’une fracture sociale que nul ne prenait plus la peine de faire semblant de réduire. C’est à sa morosité qu’en un certain 6 mai, la France a voulu tourner le dos. Cette révolution, car c’en fut une, n’a pas eu besoin pour se faire de pavés qu’on descelle et certainement pas d’une Bastille qu’on abat. Plutôt que de faire tomber des têtes, elle a préféré changer de style et se doter d’un président qui promettait de lui redonner le goût du travail, de la compétence, de l’intérêt général. Énorme, et par là même fou, que ce pari pris par Nicolas Sarkozy. Les semaines à venir permettront de juger si le choix fut bon, s’il fut effectué au moment approprié, si les mesures appelées à être prises auront pour effet de secouer l’apathie et la morosité ambiante. « La France est une nation qui s’ennuie », s’exclamait déjà Lamartine en 1839, à la Chambre des députés. Cette expression, Pierre Viansson-Ponté la reprenait dans un éditorial retentissant du Monde, paru le 15 mars 1968. Deux mois plus tard, les barricades champignonnaient aux abords de la Sorbonne et de Gaulle, affolé, s’en allait chercher réconfort en Allemagne, auprès du général Massu. C’est dire si cela peut devenir dangereux, une société qui s’abandonne à son malaise, guettée par une poignée de galapiats, pyromanes de surcroît et prédateurs. On n’en est pas là aujourd’hui, dites-vous ? Certes, mais peut-on préjuger de l’avenir quand tout autour de vous chancelle ? Tout, c’est-à-dire l’économie, la société, à commencer par son noyau familial, l’ordre et jusqu’aux valeurs les plus nobles, devenues monnaie dépréciée. C’est contre cela que le nouveau président français a annoncé son intention de se battre, quitte à faire une croix – il en était temps – sur l’homéopathie et, avec elle, sur une foule d’idées qui, pour avoir été trop longtemps reçues, avaient fini par être érigées en dogmes sacro-saints auxquels il convenait de ne point toucher, au risque de subir les foudres de la gauche bien-pensante. L’un des mérites du sixième président de la Ve République aura consisté à décomplexer la droite, une entreprise de salubrité publique parfaitement réussie en son temps par la Britannique Margaret Thatcher puis par l’Espagnol José Maria Aznar, pour ne citer que ces deux-là. Une autre tâche attend aujourd’hui l’« l’homme pressé » : initier un changement en profondeur tout en réussissant à opérer l’indispensable rassemblement « dans la tolérance », ainsi qu’il vient de le rappeler à des concitoyens inquiets par les trop nombreuses dérives qui ont parsemé les cahotements de la politique tout au long des années passées et jusqu’aux semaines de la campagne présidentielle qui vient de prendre fin. Nul n’osera prétendre qu’à compter d’aujourd’hui, tout sera aisé, ou même possible. À tout le moins, le nouveau chef de l’État aura tenté d’y parvenir. En promettant beaucoup, fors l’exaltation. Mais celle-ci, on le sait, est contagieuse. Christian MERVILLE
Un homme s’est endormi hier soir à l’Élysée, dans les appartements présidentiels, à l’issue d’une journée harassante, véritable et émouvant concentré de l’histoire d’un pays, le sien. Fils d’un immigré hongrois, il aura gravi un à un, tout au long des trois décennies passées, les marches menant à la plus haute charge de l’État. Aujourd’hui, en ce premier jour d’un quinquennat annonciateur peut-être, sans doute, de profonds bouleversements dont, pour l’heure, on ignore la nature, la profondeur, tout Français – et avec lui l’Europe, le monde s’interroge, inquiet et malgré tout le cœur empli d’espoir : de quoi demain sera-t-il fait ?
Les quatorze années Mitterrand, comme c’est loin ! Et comment s’empêcher de penser que demain, c’est cette même exclamation qu’inspireront les douze...