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Actualités - Opinion

EFFEUILLAGE Un vendredi soir

J’ai fêté aujourd’hui mes trente-sept ans. Voilà donc vingt ans que je vis autrement, mais je vis… Tout a commencé un vendredi soir des plus communs. Avec le recul et à la réflexion, je porte un regard différent sur cet insatiable besoin que nous avions, mes amis et moi, de sautiller frénétiquement en boîte de nuit comme si le temps qui passe vidait ses mitrailleuses sous nos pieds. Mais nous avions à cœur de vivre pleinement notre jeunesse et pour cela, il fallait danser tous les vendredis soir. Julie avait insisté pour me raccompagner. Elle était très belle et très imbibée d’alcool… Mais elle avait dix-huit ans et moi dix-sept ; elle pouvait conduire. Je la revois tourner la clé de contact, le visage brillant de sueur, la tête en arrière, le sourire aux lèvres. C’est la dernière image que je garde d’elle et de cette soirée. Lorsque je me suis réveillé, quelques jours plus tard, à l’hôpital dans une chambre trop blanche, j’avais l’impression que le temps s’était arrêté là. Mes parents m’ont d’ailleurs annoncé la gorge serrée que, pour Julie, le temps s’était bien arrêté là. Me redressant brusquement, le poing sur la poitrine, j’ai alors crié : « Et pourquoi pas moi ? » Je l’avais dit d’un ton étrangement revendicateur ; comme un môme que l’on aurait injustement privé de dessert. Je voyais bien leurs yeux écarquillés et je ne les voyais pas… La croyance populaire affirme que les meilleurs partent les premiers. Pourtant, la mort ne sélectionne pas et accueille en son royaume tous les hommes sans distinction : les voyous et les policiers, les hommes et les femmes, les enfants et les vieillards, les forts et les faibles, les génies et les imbéciles. S’il est vrai que les hommes sont égaux, ils sont égaux devant la mort bien avant le reste. Assis à la place du mort, j’étais vivant. J’ai fêté aujourd’hui mes trente-sept ans. Voilà donc vingt ans que je vis autrement, que je vis mieux … Lamia EL-SAAD

J’ai fêté aujourd’hui mes trente-sept ans. Voilà donc vingt ans que je vis autrement, mais je vis…
Tout a commencé un vendredi soir des plus communs. Avec le recul et à la réflexion, je porte un regard différent sur cet insatiable besoin que nous avions, mes amis et moi, de sautiller frénétiquement en boîte de nuit comme si le temps qui passe vidait ses mitrailleuses sous nos pieds. Mais nous avions à cœur de vivre pleinement notre jeunesse et pour cela, il fallait danser tous les vendredis soir.
Julie avait insisté pour me raccompagner. Elle était très belle et très imbibée d’alcool… Mais elle avait dix-huit ans et moi dix-sept ; elle pouvait conduire. Je la revois tourner la clé de contact, le visage brillant de sueur, la tête en arrière, le sourire aux lèvres. C’est la dernière image que je garde...