Il n’y a pas de fumée sans feu, surtout qu’un démenti, ultradiplomatique de surcroît, confirme bien plus qu’autre chose ; pas de fumée sans feu, surtout quand on aurait menacé de multiplier les incendies, d’Ispahan à Casablanca. Le prévoyant Bachar el-Assad a visiblement décidé de garder en réserve le sinistre morceau joué au défunt Rafic Hariri juste avant le vote, dans un Parlement pas encore kidnappé par Nabih Berry, en faveur de la prorogation du mandat Lahoud. Et à en croire des sources diplomatiques bien informées, le président syrien a repassé il y a quelques jours à peine le même air à l’adresse du… secrétaire général de l’ONU. Ban Ki-moon lui-même – pas moins. Bravo pour le disc-jockey : le si tu ne votes pas pour Lahoud, je casse le Liban sur ta gueule a juste été remplacé par le tout aussi élégant si tu continues à me menacer avec ton tribunal international, je te transforme la Caspienne et la Méditerranée en cendres. Pour cela, l’ex-ophtalmo transformé en wannabe grand manipulateur de météos veut bien croire en ses bons génies : la résurrection du tandem Assad-Bush pères, la fin du mandat Chirac, la bienveillance probaassiste des maîtres de Téhéran, la capacité de nuisance toujours intacte des groupuscules palestiniens qu’il finance et télécommande, les bruits et les fureurs intersectaires, ses alliés libanais, tout est et serait bon à prendre, à commencer par la désormais dure comme fer collusion syro-israélienne, meilleure garantie possible contre toute velléité de changement de régime à Damas. Sauf que la question n’est pas, aujourd’hui, d’en finir ou pas avec le régime baassiste ; la question est d’arriver à mettre un terme à cette insensée et surréelle politique des menaces, des chantages, de l’impunité, à cette mortifère logique de nocuité dont use et abuse ce régime-là. Pour cela, il n’y a qu’un moyen (et encore…) : l’adoption au plus vite et sous n’importe quel chapitre du tribunal spécial chargé à la fois de juger les assassins de Rafic Hariri et des autres victimes, et d’asseoir très confortablement la souveraineté libanaise – il était largement temps que Fouad Siniora envoie cette fameuse lettre à Ban Ki-moon au nom du gouvernement libanais.
Malheureusement, le Liban ne peut ni ne veut s’ingérer dans les affaires internes syriennes. Et pourtant : la moyen-âgeuse et dégueulasse incarcération de Michel Kilo, de Mahmoud Issa, de Kamal Labouani, d’Anouar Bounni impose à chaque homme libre, à chaque phobique de l’obscurantisme et de la dictature un devoir d’intervention, quelle que soit la richesse des nappes phréatiques syriennes. Naturellement, les Libanais, qui ont plus d’un chat à fouetter et d’une tente à démonter, n’iront pas sur leurs blancs destriers pour sauver les opposants syriens emprisonnés pour affaiblissement du sentiment national (c’est inouï…), tout comme ils ne s’amuseront pas à aller libérer la Palestine pour les Palestiniens ; il n’en reste pas moins que la mécanique des fluides est bien plus puissante dans un sens (la contamination négative) que dans l’autre (la capillarité salutaire), et les nostalgiques affamés de la tutelle syrienne fantasment de plus en plus fort, de plus en plus haut, de plus en plus loin. En rêvant que le grand manitou ès feux de forêts (re) fasse bien vite, ici avant là-bas, la pluie et le beau temps.
Ziyad MAKHOUL
P.S. – qui n’a rien à voir : Michel Aoun estime que le régime syrien le considère comme un adversaire honorable. À tort ou à raison, c’est son droit le plus strict, sauf que le député-général, pour qui le mot honneur garde sans aucun doute tout son sens, a juste oublié que le régime syrien se soucie du concept d’honneur autant que de la première incarcération qu’il a commandée : il s’en torche. Pour le régime syrien, il n’y a pas d’adversaire honorable ; pour ce régime, et Béchir Gemayel a été le premier à le dire haut et fort, le monde se divise en deux : les collaborateurs ou les adversaires. Étant naturellement de notoriété publique que Michel Aoun est tout sauf un collaborateur, un aamil syrien, il est donc un adversaire. Point.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il n’y a pas de fumée sans feu, surtout qu’un démenti, ultradiplomatique de surcroît, confirme bien plus qu’autre chose ; pas de fumée sans feu, surtout quand on aurait menacé de multiplier les incendies, d’Ispahan à Casablanca. Le prévoyant Bachar el-Assad a visiblement décidé de garder en réserve le sinistre morceau joué au défunt Rafic Hariri juste avant le vote, dans un Parlement pas encore kidnappé par Nabih Berry, en faveur de la prorogation du mandat Lahoud. Et à en croire des sources diplomatiques bien informées, le président syrien a repassé il y a quelques jours à peine le même air à l’adresse du… secrétaire général de l’ONU. Ban Ki-moon lui-même – pas moins. Bravo pour le disc-jockey : le si tu ne votes pas pour Lahoud, je casse le Liban sur ta gueule a juste été remplacé par le...