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Actualités - Opinion

LE POINT Made in UK

Les sobriquets, il les a collectionnés tout au long de sa vie politique, des plus flatteurs aux plus méchants, et ceux qui le portent aux nues pour sa gestion des affaires publiques sont aussi nombreux que ses virulents critiques, peu enclins à faire dans la dentelle dès lors qu’il s’agit d’une figure aussi contestée. C’est qu’il n’est pas aisé d’être Premier ministre, qui plus est dix ans durant, dans un pays ayant renvoyé à ses chères aquarelles et à ses cigares le vainqueur de la guerre contre la folie nazie. Si Plutarque avait raison de juger que « l’ingratitude envers les grands hommes est la marque des peuples forts », alors les Britanniques sont une race de colosses. À quelques semaines de son départ, Tony Blair vient de faire l’objet d’une enquête d’opinion dans le Daily Telegraph. Pour recourir à l’« understatement » cher au cœur de ses compatriotes, on dira que le résultat n’est guère flatteur. Ils sont 39 pour cent à se dire contents de le voir partir, 34 pour cent à se montrer indifférents, 20 pour cent seulement à parler de leur tristesse. La situation a empiré au cours de la décennie passé, jugent 48 pour cent de ces personnes, quand 54 pour cent affichent leur déception. Effectué quelques jours plus tôt pour le compte du très sérieux The Observer, un autre sondage est encore moins tendre pour le sémillant Premier ministre, accusé par 57 pour cent de ses concitoyens de s’être attardé au 10 Downing Street où il était entré un certain 2 mai 1997. Comme pour compliquer à plaisir la tâche de Gordon Brown, très probable successeur de l’ami d’hier devenu rival au fil des ans, le parti a subi une série de revers à l’occasion des consultations locales et régionales en Écosse, en Angleterre même et au pays de Galles. Un désastre dont le succès, remporté à l’usure en Irlande du Nord, n’a pas réussi à atténuer l’impact. En bref, le tableau n’est pas particulièrement rose à deux (ou trois ans) des prochaines législatives, et ce délai n’est pas de trop pour permettre à l’actuel chancelier de l’Échiquier – doté d’un charisme que lui envierait un bouledogue, a osé écrire un journaliste – d’asseoir son autorité parmi ses collègues du parti. Lesquels ne se cachent pas pour avouer qu’ils lui auraient volontiers préféré le ministre de l’Environnement David Miliband ou même la ministre de la Culture Tessa Jowell. C’est dire que le décor est planté en attendant que « blairites » et « brownites », longtemps divisés, connaissent demain leur Waterloo, avec un écart d’une bonne dizaine de points. Entre-temps, et toutes tendances confondues, les gens n’affichent pas une rassurante confiance dans leur prochain chef de gouvernement : la moitié le juge inapte à tenir les rênes du pouvoir, encore moins à présider aux destinées de l’économie. À y regarder de près, le bilan des années 1997-2007 n’est pas aussi sombre que cherchent à le peindre certains. Il y a, bien sûr, le terrible boulet de la guerre en Irak, une cause dont Blair continuait hier encore à défendre la justesse. Il y a aussi la disparité dans la richesse et cet accablant rapport de l’Unicef classant le Royaume-Uni en dernière position pour le bien-être des enfants. Il y a des jugements à l’emporte-pièce, d’un simplisme digne de son ami George W. Bush – « Pourquoi l’indépendance puisque l’Écosse va bien ? »… Sans parler, dans une société en moins bonne santé qu’il n’y paraît, de multiples tares, dont la principale demeure une immigration intensive ou encore ce suprême dédain affiché à l’encontre de l’Union européenne et l’insolente envolée de la livre. Mais le principal reproche fait à un brillant gestionnaire doublé d’un grand « communicateur » porte sur son impossibilité, dix longues années durant, à imprimer sa marque à une époque, la sienne, pourtant si riche, à travers d’importantes réalisations. Lui qui se réclame volontiers de Margaret Thatcher et aurait tant voulu être un nouvel Asquith, un autre Atlee se voit contester jusqu’au blairisme, une notion que ses « spin doctors » ont cherché à accoler à son nom. Pour le reste, on lui passera son penchant pour les mondanités, ses amitiés avec les millionnaires, son alignement sur Bush, l’affairisme (rapidement contenu) de son épouse Cherie. Il pourrait, dit-on, accepter un poste d’ambassadeur itinérant en Afrique et au Moyen-Orient, se faire comme Al Gore l’apôtre du combat contre le réchauffement planétaire, à moins qu’il ne décide de conserver son siège parlementaire de Sedgefield. Le siège des électeurs, lui, est fait : le Labour est qualifié de « louche », tout comme – quoique dans une moindre proportion – le parti Tory et les libéraux-démocrates. Ce qui ne les empêche pas, les électeurs, de faire savoir que dans trois ans, ils voteront pour… le conservateur David Cameron, qui aura alors 43 ans. L’âge de Tony Blair quand il est entré en politique. D’ici là, on aura tout le temps de vous regretter, « old chap ». Christian MERVILLE
Les sobriquets, il les a collectionnés tout au long de sa vie politique, des plus flatteurs aux plus méchants, et ceux qui le portent aux nues pour sa gestion des affaires publiques sont aussi nombreux que ses virulents critiques, peu enclins à faire dans la dentelle dès lors qu’il s’agit d’une figure aussi contestée. C’est qu’il n’est pas aisé d’être Premier ministre, qui plus est dix ans durant, dans un pays ayant renvoyé à ses chères aquarelles et à ses cigares le vainqueur de la guerre contre la folie nazie. Si Plutarque avait raison de juger que « l’ingratitude envers les grands hommes est la marque des peuples forts », alors les Britanniques sont une race de colosses.
À quelques semaines de son départ, Tony Blair vient de faire l’objet d’une enquête d’opinion dans le Daily Telegraph. Pour...