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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Scories universelles

« Voyez l’impertinente, de parler de la sorte à un Mamamouchi ! » Molière Dix-huitième semaine de 2007. Que n’inventerait-on pas pour toucher du doigt son rêve le plus fou, le rêve de toute une life ; quelles entourloupes ne multiplierait-on pas ; quels chemins de traverse totalement incongrus, Dieu que le modèle turc est beau, n’emprunterait-on pas ; quelles filouteries constitutionnelles ne cautionnerait-on pas pour essayer d’arracher et de faire sien ce château de Baabda transformé après le départ d’Amine Gemayel en une annexe naphtalinée et sclérosée du palais des Mouhajirine… Cette constance, cette espérance jamais entamée, cette poursuite mono-obsessionnelle et fantasmatique d’une étoilette (morte) ont certes quelque chose d’attendrissant, mais restent finalement très pathétiques. Bien sûr, les Libanais ne pousseront ni le vice ni la naïveté jusqu’à demander, souhaiter même, que leur élection présidentielle, comme celles qui prévalent dans les pays vivants et civilisés, aient un minimum de gueule : on n’imagine ni campagne sur le terrain, ni visites dans des entreprises de pointe, ni meetings monstres, ni programmes détaillés, ni deux (ou trois) visions qui s’entrechoquent et encore moins un débat télévisé. Et le suffrage universel alors ? Il y a quelques années, dans sa longue et minutieuse quête d’une cité idéale, Salah Honein avait proposé qu’un jour, après infinis débats, dialogues et autres confrontations d’idées à même d’imposer une Loi fondamentale enfin pérenne et d’édifier une plate-forme commune entre les différentes composantes libanaises, ce suffrage universel soit adopté pour l’élection du chef de l’État, à condition que l’équilibre communautaire entre les trois présidences soit maintenu. Fasciné par ce bienheureux et défunt bipartisme dont on voit aujourd’hui, bizarrement, les ébauches se redessiner entre ces 14 et 8 Mars transconfessionnels, l’ancien député était uniquement mû par sa volonté de faire primer à la fois l’égalité la plus parfaite entre les communautés libanaises (on voit bien désormais à quel point les prérogatives de chacun des trois présidents se valent) et, surtout, avant toute chose, le sacro-saint principe de la démocratie. Aujourd’hui, Michel Aoun remet sur le tapis cette proposition. En la vidant de toute sa substance. Là, le suffrage universel n’est plus la fin, la somme et le résultat de mille et un règlements, de mille et un amendements, la cerise sur le gâteau d’un long processus de redéfinition constitutionnelle et de résurrection nationale, mais un moyen, conjoncturel, ex abrupto et primairement démagogique d’arriver à une quelconque fin : On ne change pas la Constitution en un clin d’œil, a dit le sage Nasrallah Sfeir. Là, le suffrage universel est clairement et simplement une violation de la Constitution ou, pour éviter une formule aussi galvaudée, un dynamitage de sa philosophie. Là, avec la proposition du chef du CPL, l’essence même de toute démocratie, majoritaire ou consensuelle soit-elle, se retrouve automatiquement flinguée, désincarnée et totalement dénaturée puisque flanquée de cette insensée mention hraouisto-lahoudienne comme on n’en fait plus, Dieu ait l’âme de ce pauvre Ghazi Kanaan, et digne de toute bonne loi martiale qu’un colonel, un général imposeraient avec conviction certes, mais d’abord avec plaisir : pour une fois seulement. Là, le suffrage universel, au lieu de cimenter, de fédérer, finirait par imposer une faille géante et définitive entre les deux Liban et paverait très efficacement la voie à cette guerre civile évoquée par Élie Skaff et son bloc en cette fin de semaine. Que Michel Aoun ait voulu, par cette proposition, renforcer notablement, comme il l’a dit, le poids chrétien au sein de l’équation nationale, ou bien qu’il n’ait trouvé aucun autre moyen pour tenter de s’assurer un fauteuil présidentiel pour lequel le Hezbollah lui-même n’a jamais voulu le désigner ou l’encourager – à peine Trad Hamadé a-t-il murmuré hier qu’il a ses chances –, peu importe. La bombinette politique de ce 1er mai du chef du CPL, son cadeau aux ouvriers aura eu le mérite de rappeler à qui auraient été tentés de l’oublier que, un : il serait inadmissible qu’Émile Lahoud reste une minute de plus à Baabda après le 24 novembre, et, deux : il serait encore plus inadmissible qu’il nomme le moindre cabinet transitoire, cette hérésie constitutionnelle, avant de partir. Il y a trois possibilités : un président qui défende les valeurs du 14 Mars, sa vision du Liban, de son identité, de son avenir ; un président qui défende les valeurs du 8 Mars, sa vision du Liban, de son identité, de son avenir ; un président de consensus. Pour une fois depuis des lustres qu’ils peuvent voter sans être menacés d’apocalypse, que les députés se réunissent tous, sans exception, le 25 septembre ; qu’ils en débattent en toute transparence, chaque camp ayant au préalable choisi un(e) champion(ne) et défini un programme. Parce que sinon, on peut aussi voter la monarchie de droit divin au Liban, installer un roi, une reine, un sultan, un Mamamouchi, peu importe : au point où elle en est, et à l’aune de ce tonitruant suffrage universel pour une fois seulement, personne n’entendrait cette pauvre Constitution émettre le moindre couinement de douleur à ce nouveau, cet énième viol. Ziyad MAKHOUL
« Voyez l’impertinente, de parler de la sorte à un Mamamouchi ! »
Molière

Dix-huitième semaine de 2007.
Que n’inventerait-on pas pour toucher du doigt son rêve le plus fou, le rêve de toute une life ; quelles entourloupes ne multiplierait-on pas ; quels chemins de traverse totalement incongrus, Dieu que le modèle turc est beau, n’emprunterait-on pas ; quelles filouteries constitutionnelles ne cautionnerait-on pas pour essayer d’arracher et de faire sien ce château de Baabda transformé après le départ d’Amine Gemayel en une annexe naphtalinée et sclérosée du palais des Mouhajirine… Cette constance, cette espérance jamais entamée, cette poursuite mono-obsessionnelle et fantasmatique d’une étoilette (morte) ont certes quelque chose d’attendrissant, mais restent finalement très pathétiques.
Bien...